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Borat, une leçon culturelle
Cela fait quelques années déjà que l?humoriste-fantaisiste Sacha Baron Cohen sévit sur la chaîne de télévision anglaise Channel 4 avec son émission, Da Ali G Show dans laquelle il apparaît à la fois sous les traits d?un faux rappeur et de Borat Sadiyev, faux journaliste du Kazakhstan intervenant avec de faux reportages. Le début de Borat? donne une idée de la teneur de ces faux reportages. Après un générique stalinien, cette petite république d?Asie centrale et autrefois soviétique, est présentée comme un pays du quart monde.
L?inceste, le viol et la bestialité y sont considérés comme des passe-temps acceptables ; il y a un festival pittoresque de ?lâcher de juifs? dans les rues de la capitale ; la prostitution est considérée comme étant la seule activité professionnelle acceptable pour une femme ; dans les coins de rues faisant office de discothèque, on danse uniquement entre hommes et ces derniers ont d?ailleurs beaucoup de contacts intimes entre eux, bien que l?homosexualité soit considérée comme hautement condamnable.
Évidemment, tout cela est faux et le (vrai) gouvernement du Kazakhstan n?a d?ailleurs pas manqué d?exprimer son mécontentement (ce qui entraîna Borat à faire d?autres interventions dans lesquelles, il dénonçait au nom de la glorieuse République du Kazakhstan, les viles calomnies d?un imposteur se faisant passer pour lui). Pourtant, avec un tant soit peu de recul, à défaut d?avoir un sens de l?humour, le gouvernement kazakh se serait aperçu que ce ?moqumentaire? vise non pas le Kazakhstan, mais bien les États-Unis. Sous le faux prétexte d?une mission culturelle ? qui finit par se transformer en une quête pour Pamela Anderson ? ce film nous met en présence de deux individus aux m?urs tellement arriérés qu?il est impossible d?y croire une seconde.
Borat le journaliste et Azamat Bagatov-Ken Davitian, le producteur du reportage ne connaissent pas l?usage des W-C, n?ont jamais vu d?ascenseur, s?imaginent que les juifs sont des êtres maléfiques aux pouvoirs surnaturels (Sacha Baron Cohen, on l?aura deviné, est lui-même juif) et ils confondent mariage et rapt, entre autres charmants travers. Eux sont fictifs, mais les gens qu?ils croisent au pays de George Bush et de Mickey Mouse sont eux, bien réels. Ainsi, le vendeur de voitures qui ne sourcille même pas lorsque Borat lui demande une voiture qui ne subira pas trop de dégâts en percutant des gitans ; et, l?armurier non plus ne semble pas affecté par sa demande d?une arme réellement efficace pour tuer des juifs de manière efficace. On pourrait aussi mentionner le riche texan adepte du lynchage des gays et le dîner chez des notables de province. Non seulement ces personnes ne s?aperçoivent pas de l?imposture mais en plus, leurs réactions les montrent comme étant encore moins évolués que leurs visiteurs ?kazakhs?.
Ce genre de grosse effronterie rappelle les pitreries de Michael Younn, mais en plus audacieux et beaucoup plus amusant, surtout. Car les auteurs de ce canular cinématographique parviennent à repousser à chaque fois les limites de ce qu?on pourrait imaginer comme étant possible. Et, s?il y a des quelques moments de gêne ainsi que des passages à vide, il y a surtout des moments où on s?étrangle de rire. Reste à savoir si ce portrait de l?Amérique profonde est très honnête, car la douzaine de personnages réels que l?on croise durant ces 90 minutes de film ne saurait être qu?une sélection de tous ceux croisés en traversant les États-Unis d?Est en Ouest. En tout cas, Borat? aura finalement été bénéfique au Kazakhstan, le nombre de touristes visitant ce pays étant en nette progression. Peut-être que cela pourrait inspirer la Mauritius Tourism Promotion Authority.
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