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Bollywood la choquante

30 avril 2005, 00:00

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La vague érotique, à l?indienne cela s?entend, déferle sur Bollywood. La liste des films interdits aux moins de 15 et 18 ans ne cesse de s?allonger. Depuis le début de l?année, les salles de cinéma ont projeté six films qui peuvent heurter certaines sensibilités. Fun, Sheesha, Page 3, Zeher, Laila et Khamosh ont choqué de diverses manières, soit par leur contenu soit par leurs affiches provocantes et suggestives.

L?année dernière, il y a eu Murder, Girlfriend, Julie, Tauba Tauba entre autres. Cette année, les amateurs de films indiens ont été choqués par Zeher. Emraan Hashmi l?acteur le plus chaud du moment, n?a pas froid aux yeux et n?hésite pas à se dévêtir face à la caméra. Emraan Hashmi est le premier acteur qui se dévoile autant au cinéma.

Cependant, l?érotisme de Bollywood n?a rien à voir à celui de Hollywood. L?industrie cinématographique indienne s?aventure dans d?autres contrées mais reste toujours très prude et est régie par un comité de censure strict.

«Il fallait du changement à Bollywood. Mais le changement a été fait trop brusquement. D?un seul coup, il y a eu une vague d?érotisme. Les fans de films indiens n?y étaient pas préparés. Bollywood essaye de faire comme Hollywood mais cela reste encore très kitsch. Quand je vais voir un film indien je m?attends à du rêve,» explique Jeanick, une jeune femme qui regarde de temps en temps des films indiens.

Les bandes-annonces des films et leurs affiches mettent souvent l?eau à la bouche à certains, mais l?emballage est loin de refléter ce qu?il y a à l?intérieur.

«J?étais choqué en voyant une des affiches de Khamosh. Ce n?est pourtant pas un film érotique mais l?affiche est provocante. On y voit Shilpa Shetty dans une position plus que suggestive. Je ne comprends pas pourquoi il faut aller si loin pour faire vendre,» se demande Ravin, un habitant de Plaine de Papayes. Laila est un autre exemple d?une tendance qui se dessine à Bollwood. Payal Rohtagi, l?actrice principale de Laila avoue que les acteurs qui tournent ce genre de films, ne le font pas de gaieté de c?ur. Les acteurs s?engagent dans cette voie, car bien souvent, les portes leur sont restées fermées ailleurs.

«Je ne viens pas d?une famille d?acteurs. C?est un gros désavantage à Bollywood. C?est très difficile de maintenir la tête hors de l?eau si on ne se fait pas remarquer très vite. Je me suis rendue compte qu?après quelques films, personne ne faisait appel à moi pour un rôle important. Alors j?ai décidé de me faire remarquer grâce aux films érotiques.»

Les films érotiques indiens sont loin de faire l?unanimité à Maurice. Le public mauricien a des avis partagés sur la question. La chose interdite divise.

«Je n?arrive plus à m?asseoir en famille pour voir un film indien. Les images sont parfois si choquantes que cela me gêne de les voir en famille, en compagnie de mes enfants. Bollywood va trop loin. Souvent même lors d?un bon film, les danses sont si explicites et suggestives qu?on doit demander aux enfants de s?en aller. J?ai désormais peur de voir les films avec mes enfants et cela n?est pas normal,» déclare Mahadev de New Grove.

Les chorégraphies de Sheesha et de Fun sont particulièrement osées. Elles ne laissent place à aucun doute. Les danseuses sont à moitié nues et les réalisateurs engagent souvent des show-girls pour des numéros chauds.

Siven, lui, tient un autre langage. «Bollywood est sur la bonne voie. Il faut qu?ils aillent encore plus loin. Nous sommes habitués à voir de tels films d?Hollywood. Maintenant on attend de voir ce dont Bollywood est capable. Les actrices indiennes demeurent des fantasmes. J?attends avec impatience le moment où elles vont se dévêtir à l?écran,» commente Siven. Bollywood fait le maximum pour se réinventer. L?industrie cinématographique ne fait plus dans la dentelle. Les films à l?eau de rose appartiennent au passé. Bollywood a abordé le thème de l?homosexualité féminine avec Girlfriend, a provoqué un séisme en parlant du sida dans Phir Milenge et a bravé les interdits en mettant en scène l?amour entre deux hommes dans My Brother Nikhil. Jusqu?où donc ira cette industrie? Elle qui nous a habitués pendant des années à des films si purs, si innocents.

De nombreux fans trouvent dommage que Bollywood perde de son innocence. «C?est très bien que Bollywood évolue. De toutes les façons, il faut savoir vivre avec son temps. Les thèmes au cinéma ne peuvent pas être toujours les mêmes. Mais c?est dommage qu?il n?y ait plus cette part de rêve dans les films. Les films indiens sont faits pour ça, pour faire les gens rêver et avec des films comme Murder ou Hawas, où est le rêve ?» s?interroge Christophe, grand cinéphile.

Malheureusement, Bollywood, comme toute autre industrie doit suivre la loi du marché. Il faut faire vendre. La demande a changé et l?offre doit lui emboîter le pas.

Comme le disait si bien Amrita Arora : «There are only two things that sell in Bollywood : sex and Shah Rukh Khan.?

LES SALLES OBSCURES CONNAISSENT UNE FORTE AFFLUENCE

Quel est le point de vue des exploitants ? «On passe depuis un mois à peu près Zeher et depuis récemment Laila. A chaque séance les salles étaient bien remplies. Il y avait de nombreux couples et surtout des femmes,» explique-t-on du côté du cinéma BDC. Certains propriétaires de cinéma tiquent à projeter ce genre de films. «Dans le circuit CNL nous avons projeté Murder et Zeher. Ces deux films ont bien marché. Il y a eu une forte affluence. J?ai refusé de jouer Laila. Les affiches de ce film sont choquantes. Nous devons maintenir un certain niveau et nous pensons que ce genre de film n?est pas adapté pour nos cinémas,» explique Eshan Chady du circuit CNL. Au niveau des autres salles c?est le même son de cloche. Même si les Mauriciens ne le disent pas ouvertement, ils se déplacent en grand nombre pour ce genre de films. Les amateurs de films interdits aux moins de 15 et 18 ans sont légion. Qu?est-ce qui les poussent à voir ces films ? La curiosité sans doute, la frustration sûrement. «La salle est presque comble à chaque séance. Zeher est un des gros succès de l?année. On ne s?attendait pas du tout. Il y a beaucoup de couples, mais aussi de jeunes célibataires dans la salle. Le public est hétéroclite. Mais nous sommes heureux de voir que le film continue de marcher très bien,» confie Rajesh Callicharan du cinéma Novelty.

LES ACTEURS DE BOLLYWOOD SONT PARTAGÉS

Les grands, les ténors de la plus grande industrie cinématographique au monde hésitent beaucoup à se lancer dans un film érotique, quand ils ne le refusent pas catégoriquement. Aishwarya Rai refuse même d?embrasser son partenaire dans un film indien. «Je trouve le fait de se dévoiler devant la caméra dégradant. Je ne comprends pas pourquoi notre industrie cinématographique veut tant imiter l?Occident. En Inde, on a un potentiel énorme. Notre cinéma séduit parce qu?il est différent.

Les gens n?ont pas l?habitude d?être autant émerveillés au cinéma. Certains nouveaux venus, ou devrais-je dire arrivistes, sont en train de tout gâcher. Ils sont prêts à tout pour connaître la gloire, qui malheureusement pour eux ne sera qu?éphémère. Ils sont même prêts à mener Bollywood dans la tombe. Je refuserai de tourner dans un film érotique. Si on ne me propose que cela, alors j?arrêterai ma carrière et je n?aurai aucun regret,» explique Aishwarya Rai.

Shah Rukh Khan, quant à lui, a révélé que ce sont que des acteurs médiocres qui se laissent aller à ce genre de film. «Cette catégorie de films ne nécessite pas un énorme talent. Ce qui compte surtout c?est le physique. Ces acteurs ne feront pas long feu. Ils tomberont bien vite dans l?oubli. Pour demeurer longtemps à Bollywood, il faut avoir du talent et les acteurs des films érotiques n?en n?ont aucun,» déclare franchement la star. Le très respecté Amitabh Bachchan se dit très attristé la tournure des choses. «Je suis dans l?industrie cinématographique depuis des décennies.

J?ai connu des hauts et des hauts. Mais j?ai toujours tenu Bollywood en haute estime. Bollywood est tombée très bas. L?industrie est prête à tout pour faire vendre. Elle n?a plus aucune valeur. Elle ne respecte plus rien. Parfois j?ai honte en voyant ce qu?elle fait. Bollywood est tellement appréciée sur la scène internationale. Mais si on continue à faire des films comme Hawas, Murder ou les autres de la série, on finira par ressembler aux autres. Bollywood perdra cette identité qui lui est propre et alors ce sera la mort certaine,» déclare sans ambages Amitabh Bachchan.

John Abraham qui était récemment en tournage chez nous pour le film Garam Masala est plus évasif sur la question. Il est vrai qu?il a été un des premiers acteurs indiens à tourner des scènes «osées» dans Jism avec Bipasha Basu, sa partenaire de scène et dans la vie. «Je pense qu?un acteur doit pouvoir être à l?aise dans plusieurs domaines. Il faut que l?industrie évolue. Le jeune public a des aspirations différentes de nos aînés. On ne fait pas des films pour nous, mais pour le public. Je pense sincèrement qu?il faut leur donner ce qu?ils demandent,» confie John Abraham.

Mallika Sherawat, l?actrice de Murder,qui a refusé n?a même pas daigné adresser quelques mots à la presse et piren?a même pas voulu lancer un regard à ses quelques fans lors de son passage chez nous, se dit prête à tout. On la comprend, elle se contente des restes. «S?il faut que je me déshabille dans un film, je le ferai. Moi j?ai du courage et de l?audace. Etre actrice, c?est pouvoir tout faire,» déclare Mallika Sherawat. Elle est même prête à tomber dans la boue.

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