Publicité
Bodha critique un ?budget qui a oublié l?être humain?
Par
Partager cet article
Bodha critique un ?budget qui a oublié l?être humain?
Le leader de l?opposition Nando Bodha s?est voulu résolument socialiste dans son approche. Pendant plus de deux heures à l?Assemblée nationale, hier, il a non seulement accusé Rama Sithanen d?être à la solde du secteur privé, d?avoir volé les idées du précédent régime, mais aussi d?avoir exprimé la volte-face du gouvernement sur la question sociale dans le budget 2006-2007, présenté vendredi dernier.
L?intervention fut plutôt provocatrice et cela n?a pas manqué d?animer l?hémicycle. Très tièdes au début de ce discours, les partenaires d?hier, c?est-à-dire les députés du Mouvement militant mauricien (MMM), ont montré leur adhésion au discours du leader de l?opposition en frappant sur leurs pupitres à la fin de ce discours.
?Le budget propose de vendre Maurice aux enchères aux étrangers. Il prône un libéralisme effréné et qui a totalement omis la dimension humaine?, s?emporte Nando Bodha. Ce dernier est totalement d?accord pour faire venir les compétences étrangères, pour travailler dans les secteurs où le pays manque de spécialistes comme dans l?informatique. Toutefois, il met le gouvernement en garde contre ?une ouverture totale des vannes, qui engendra des problèmes sociaux?. Pour Nando Bodha, la question de l?immigration est très complexe et ne doit surtout pas être prise à la légère.
Dans un souci d?attirer des étrangers à Maurice, Rama Sithanen oublie de mettre en place des chiens de garde, estime Bodha. ?En trois jours, ils pourront créer des entreprises et cela dans n?importe quel secteur au risque de concurrencer des Mauriciens. Dans un monde global où il y a le terrorisme, le blanchiment d?argent et la prostitution internationale, aurons-nous le temps de voir qui vient ici en l?espace de seulement trois jours?, se demande-t-il.
?Tapis rouge pour le secteur privé?
La situation ?catastrophique? des finances du pays, dépeinte par Rama Sithanen et le Premier ministre Navin Ramgoolam, est une grave exagération de la réalité, pire, un faux argument, estime le leader de l?opposition. Les filets de protection ne couvraient que le sucre et le textile, soit 20 % de la valeur ajoutée à notre économie. Il explique aussi que le pays est très performant dans des secteurs qui sont pourtant compétitifs, tels le tourisme, l?offshore, les services financiers et les TIC.
Il accuse également le gouvernement d?être incohérent dans son approche. D?un côté, le gouvernement a introduit le transport gratuit au coût de Rs 1 milliard, ?pour montrer que Navin Ramgoolam peut tenir une promesse au moins?, mais de l?autre, il enlève les subsides sur le riz ration et la farine, ce qui, prévoit-il, occasionnera une cascade de hausses de prix. ?L?on ne peut mettre la farine et le riz ration au même niveau. Il y avait d?autres solutions que de retirer les subsides sur les deux denrées.?
L?âge de la pension qui sera porté à 65 ans est également critiqué. ?Aujourd?hui ils disent que l?ancien régime n?avait pas le courage de réformer la pension, mais lorsque nous y avons apporté des changements, quelle campagne ont-ils mené contre nous ? Quelques mois plus tard, ils ont remis la pension universelle en disant qu?ils put people first. Voyez ce qu?ils font aujourd?hui?, souligne Nando Bodha sous les approbations de l?opposition et les protestations de la majorité. ?D?ailleurs?, ajoute-t-il, ?il faudra voir si le fait de porter l?âge de la pension à 65 ans est constitutionnel?. A cet instant, sans l?intervention du speaker Kailash Purryag, Nando Bodha aurait été totalement inaudible, tant les députés s?énervaient de part et d?autre. ?Nous sommes les socialistes, les vrais militants?, lance le chef de l?opposition encore, histoire de mettre de l?huile sur le feu.
S?il se dit d?accord pour couper les dépenses superflues et pour alléger la bureaucratie, Nando Bodha s?en prend sévèrement au ?tapis rouge déployé par ce régime au secteur privé?. Un secteur privé qui manque, en plus de tonus, dit-il. Enumérant les faiblesses du secteur privé, Nando Bodha juge qu?il opère dans l?opacité, qu?il a une attitude attentiste et qu?il aime évoluer dans un cadre de monopole et qu?il ?n?aime pas ouvrir ses salles de conseil d?administration aux autres?.
?Bizin ankor sanzman?
En somme, le secteur privé mauricien est, pour Nando Bodha, ?incapable d?innover?. ?Restructurer le secteur public ne suffit pas pour relancer l?investissement. Il doit y avoir un changement d?attitude du privé?, estime Nando Bodha. ?Yes?, approuve Rama Sithanen en faisant de grands hochements de la tête. ?Je ne crois pas que nous construirons une nouvelle île Maurice avec eux. Nous avons besoin de changement?, clame le leader de l?opposition. ?Come and join us?, lance Rama Sithanen.
Ce dernier est également accusé de n?avoir apporté aucune nouvelle idée. Les nouvelles technologies, l?ouverture de l?accès aérien, les concepts d?île hors taxes, de seafood hub et d?Integrated Resorts Scheme, ?c?était nous?, dit Bodha. La majorité laisse entendre bruyamment son mécontentement. Lorsque le leader de l?opposition parle de la cybercité, le chief whip Lormesh Bundhoo crie : ?Dire merci à Ramgoolam?.
Taquin, le leader de l?opposition rétorque : ?C?était le rêve du Dr Ramgoolam, mais nous l?avons traduit en réalité. Nous avons fait de ce que vous qualifiez d?éléphant blanc un succès.?
Les changements proposés au niveau des lois du travail sont également sujets à critique. ?Aprè lev paké allé, zot envi fer tou travaye allé. Ils sont en train d?enlever les garde-fous des travailleurs. Nous voulions amender l?Industrial Relations Act dans le consensus. Le souci majeur du secteur privé est la profitabilité, mais qui souffrira si ce n?est la classe des travailleurs ??
La National Property Tax est pour sa part qualifiée de taxe rurale déguisée. Une fois de plus, la campagne qu?avait menée le Parti travailliste lorsque le régime MSM-MMM voulait introduire la taxe rurale est ramenée sur le tapis par le leader de l?opposition. ?Que les slogans put people first et bizin sanzman étaient fatals à l?ancien régime lorsqu?on leur donnait une tournure raciste.? A ce moment le député travailliste Parmessur Ramloll perd l?occasion de se taire en lançant un tonitruant ?bizin enkor sanzman?. L?opposition éclate de rire, la majorité proteste.
Alors que Rama Sithanen s?est concentré sur l?aspect économique lors de la présentation de son budget, Nando Bodha déclare : ?L?être humain a été oublié?. ?Pas un mot sur la sécurité et la paix sociale. La famille et les valeurs morales disparaissent. Nous devons être à leur chevet?, conclut Nando Bodha.
Nita Deerpalsing : ?Créons notre avenir?
?Le leader de l?opposition n?est non seulement pas sérieux mais il n?est pas crédible. Il vient dire que le problème du sucre n?est pas grave mais il oublie que nous étions à Bruxelles ensemble et ce n?était pas le language qu?il a tenu là-bas. Je me souviens de l?avoir entendu supplier nos homologues européens en disant que nous allions mourir sans le Protocole sucre. Vous étiez là Monsieur le Président, vous l?aviez entendu à Bruxelles !? s?écrie Nita Deerpalsing au milieu d?un brouhaha en faisant rire ses collègues de la majorité et en s?attirant les foudres de l?opposition tout au long de son excellent discours.
C?est la députée rouge qui a en effet donné la réplique au leader de l?opposition Nando Bodha, hier, au Parlement au cours des débats sur le discours du budget. Nita Deerpalsing a tenu à souligner le ?refus de l?opposition de comprendre que le budget est la suite logique de notre manifeste électoral? et qu?il fallait un budget ?qui nous oriente bravement vers de nouvelles perspectives, vers la résilience et l?agilité.?
Qualifiant les propos de Bodha de ?velléitaires? et de ?passéistes?, Nita Deerpalsing a argué qu?il fallait, comme disait Sri Aurobindo, regarder vers ?the noons of the future and not the dawns of the past?. C?est ce futur justement, d?après Nita Deerpalsing, qui fait que Maurice doit réaliser qu?elle fait désormais partie d?un monde où règne un ?hybrid world order? où les choses se mélangent, se chevauchent et coexistent. ?Les catégorisations du passé sont désormais simplistes et réductrices?, ajoute Deerpalsing faisant sans doute référence à l?appellation ?ultra-libérale? qu?utilise l?opposition pour qualifier le budget du gouvernement.
?Voyez la Chine. Comment catégoriser ce pays ? Dira-t-on que c?est un pays marxiste, socialiste, capitaliste ? Et quid de l?Inde ? Dira-t-on qu?elle est moderne ou traditionnelle ?? se demande-t-elle en insistant que Maurice ne pouvait plus se cantonner à une ?boîte idéologique.?
L?exemple le plus flagrant que cite Nita Deerpalsing pour symboliser le ?changement? dans le monde, est un rapport de la Banque mondiale de 2006. ?Si quelqu?un m?avait dit que j?allais un jour lire dans un rapport de la Banque mondiale, alors que je manifestais contre eux dans le froid au Canada, qu?elle allait parler d?équité et de développement dans une seule phrase, j?aurais pensé que la personne qui l?avait rédigé était sous l?influence des substances qui font illusionner !? dit-elle en riant. Elle rappelle que c?est ce que fait l?Alliance sociale en mettant ?le citoyen au centre du développement?, en démocratisant l?économie et en mettant la justice sociale au centre de toutes les considérations du gouvernement.
?Hoping Buddhi will prevail?
Elle estime que le gouvernement n?a d?autre choix que de se tourner vers l?avenir. Et Nita Deerpalsing de citer aussi Grace Hopper. ?A ship in port is safe but this is not what ships are built for?. Maurice, dit-elle était comme un bateau dans le port pendant 30 ans, avec ses traitements préférentiels. ?Mais les pays ne sont pas faits pour rester dans le port et nous nous devons de prendre conscience de cela.? C?est la raison pour laquelle, a ajouté la députée, le gouvernement a décidé de faire sien le dicton qu?il ?n?y a pas de meilleure façon d?assurer le futur que de créer ce futur?.
Le discours de Nita Deerpalsing s?est déroulé dans le désordre le plus total. Alors que Showkutally Soodhun s?amusait à faire semblant de lire un journal pour démontrer qu?il n?écoutait pas le discours de la députée ? mais tout en faisant des commentaires déplacés sur le ?cabas? de Deerpalsing ? la députée MSM Sheila Grenade, pas du tout intéressée à écouter les débats, s?est prise au jeu de lancer des invectives tout au long du discours de Deerpalsing.
Cette dernière amusée par la réaction de l?opposition et soutenue par ses collègues, a souhaité que ?Buddhi will prevail so that we have shared understanding, a shared sense of purpose and a share sense of patriotism?, expliquant au préalable que ?buddhi? équivaut au sens de l?action et de discernement.
Publicité
Publicité
Les plus récents