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A blessing in disguise...!

23 février 2004, 20:00

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Quatre vingt dix athlètes bénéficient actuellement de la bourse de haut niveau du ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS). L?aide varie de Rs 1 000 à Rs 10 000 dépendant du niveau de l?athlète et représente un investissement de Rs 6 millions annuellement.

Les bourses non versées aux athlètes, les retards répétés dans le paiement de l?allocation, le gel des allocations en l?absence d?un technicien supérieur ou encore les rapports défavorables de certains entraîneurs en raison des conflits de personnalité avec certains athlètes, ce sont là des problèmes qui ont souvent fait la une de l?actualité sportive, depuis les derniers Jeux des îles de l?océan Indien (JIOI).

Suite à une enquête menée auprès de certains bénéficiaires de la bourse de haut niveau, la plupart considère cette aide de l?Etat comme un salaire. Ils sont plusieurs qui en dépendent pour faire vivre leurs familles. Il n?est, d?ailleurs, un secret pour personne que la plupart des athlètes sont issus de milieux sociaux défavorisés, à l?instar des deux boxeurs, Bruno Julie et Giovani Frontin, qui avaient refusé de se rendre au Maroc, pour les championnats d?Afrique en raison du retard accumulé dans le paiement de leurs bourses. Ils s?étaient justifiés par la suite en expliquant qu?ils avaient pris un surplus de poids étant donné qu?ils avaient dû travailler pour joindre les deux bouts.

?L?allocation est versée avec beaucoup de retard. Vu que nous sommes pères de familles et que nous avons à payer le loyer, l?eau et l?électricité et que nous avons des dettes auprès de certains magasins, il nous a fallu chercher du travail?, avaient déclaré les deux boxeurs au lendemain de leur refus de se rendre au Maroc.

<B>Bourse ou salaire ?</B>

Depuis cet incident, la bourse de Giovani Frontin et de Bruno Julie ? ils percevaient Rs 6 000 chacun ? a été suspendue en attendant que le verdict soit rendu en ce qui concerne leur sort.

Idem pour les deux haltérophiles, Dolly Dardenne et Jessica Dalou, qui bénéficient d?une bourse de Rs 3 000 mensuellement. ?Etant donné que nous ne travaillons pas, nous considérons cet argent comme un salaire?, font-elles resssortir tout en avouant qu?elles doivent également faire de petits boulots pour arrondir leurs fins de mois.

Et pourtant, selon le Principal Assistant Secretary (PAS), Muburak Boodhun, l?objectif de la bourse de haut niveau est d?aider les athlètes sur le plan de l?alimentation, du transport et de l?achat des équipements. ?Ce n?est en aucun cas un salaire mais une indemnité?, précise le PAS qui définit le salaire comme ?une somme fixe qu?on perçoit à chaque fin de mois?. Or, ajoute-t-il : ?La liste des bénéficiaires est réactualisée tous les trois mois et l?indemnité est révisée soit à la baisse soit à la hausse, dépendant de la performance et du classement mondial de l?athlète.?

Il est évident qu?il y a un manque de communication dans les deux sens. Les fédérations qui devaient servir de médiateur entre les athlètes et le MJS n?ont peut-être pas joué leur rôle comme il se doit.

Toutefois, si la démarche du MJS de soutenir financièrement les athlètes est louable, elle ne les aide en aucun cas. En l?absence d?objectifs précis, les athlètes continuent à percevoir de l?argent même s?il n?y a pas de résultats. L?ancien ministre des Sports, Michael Glover, actuellement président du Trust Fund for Excellence in Sports, n?hésite pas à qualifier les actuels bénéficiaires de? fonctionnaires.

Si l?on suit la logique du MJS, le système a pris en otage certains athlètes de haut niveau, dépendant de la spécificité des disciplines, qui ne peuvent travailler et s?entraîner en même temps. Nombreux sont ceux qui ont opté pour le sport sans pour autant songer à leur retraite sportive.

Quant à la méritocratie, elle ne semble pas être le maître-mot dans toutes les disciplines. Le MJS a accordé les pleins pouvoirs à l?entraîneur et à la fédération dans le choix des athlètes et des recommandations mensuelles. Or, le contexte mauricien est tel que dans certains cas, le facteur de préférence est privilégié aux dépens de la méritocratie. Il suffit qu?un athlète ne soit pas dans les bons papiers de l?entraîneur pour qu?il soit rayé du registre.

Cependant, le PAS rassure que le MJS veille à ce qu?il n?y ait pas d?injustice à l?égard des athlètes. ?Nous veillons toujours à ce que le droit de l?athlète soit respecté?, laisse-t-il entendre en précisant : ?Dans certains cas nous avons même pris sur nous pour payer les athlètes.?

<B>Objectifs définis</B>

Muburak Boodhun a fait mention d?un cas unique, où un entraîneur d?haltérophilie a rendu les rapports du mois de janvier vierges et accompagnés d?une lettre dont le contenu serait grotesque, cela suite à un différend qui l?opposait à ses protégés. La High Level Sports Unit a, néanmoins, pris sur lui pour payer les haltérophiles pour le mois de janvier.

Quant aux retards répétés enregistrés dans le paiement des bourses, le MJS tient les fédérations pour responsables (voir hors-texte).

Par ailleurs, un autre point important a surgi au cours de notre enquête. La plupart des bénéficiaires, en particulier ceux touchant entre Rs 1 000 et Rs 2 000, estiment que cet argent est insuffisant. C?est le cas pour la judokate Dolly Namasivayen qui perçoit Rs 2 000. Pour elle, difficile de puiser dans cet argent, qu?elle considère comme un salaire, pour les frais de transport quand elle se rend aux entraînements.

Le président du Trust Fund for Excellence in Sports pense également que cette somme est dérisoire par rapport au coût de la vie. Il propose que le montant soit revu tout comme pour les salaires des fonctionnaires qui sont augmentés au 1er juillet de chaque année.

D?autres failles ont été notées au cours de notre enquête (voir dossier).

L?aide du ministère doit être une motivation pour l?athlète et non pas un salaire, au cas contraire, c?est la qualité qui en souffrira. Il faudrait des objectifs précis afin que les athlètes comprennent que la bourse n?est pas acquise pour la vie. Ce faisant, le MJS aidera l?athlète à prendre conscience de son avenir et ainsi ne pas se retrouver sur le pavé à la fin de sa carrière.

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