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Bizlall répond à Duval sur Litra
Syndicaliste et militant gauchiste convaincu, Jack Bizlall n?entend pas, en juillet 1983, laisser sans réponse les diatribes de Gaëtan Duval, se prétendant LE meilleur ami des travailleurs. Nous l?écoutons.
Depuis le 16 mai 1983, 71 travailleurs gèrent l?entreprise métallurgique Litra. Leur objectif est de sauvegarder leur gagne-pain. Depuis cette date, Duval n?a de cesse de décrédibiliser Litra, allègue Bizlall. Duval défend, par exemple, un ouvrier n?ayant pas conservé son emploi à Litra. Bizlall explique que, comme tous les anciens employés de Cassis Ltd, il avait le choix entre recevoir son indemnité (Rs 45 672) et s?en aller ou verser celle-ci dans le capital de Litra et conserver son emploi. Pas question pour lui de manger la banane par les deux bouts. Cinq cadres seulement sur douze adhèrent à Litra. Les sept autres ont préféré conserver leur place dans le groupe IBL. Quatre d?entre eux ne se sont jamais intéressés au projet Litra. Bizlall croit savoir que ces sept cadres ont reçu leur feuille de route.
Duval accuse Bizlall et consorts d?avoir manipulé des travailleurs pour qu?ils achètent, en guise d?équipements, de la vieille ferraille, datant de 15 ans. Cassis Ltd est transféré à la Plaine Lauzun en 1973. Ses machines sont postérieures à ce transfert. Elles ont donc tout au plus dix ans. Même des Sud-Africains s?intéressent à acheter cette « vieille ferraille ». Les travailleurs de Litra connaissent leurs équipements et en sont satisfaits. Ils n?ont que faire de l?opinion de Duval qui peut difficilement se prétendre un expert en mécanique, lui dont les mains n?ont possiblement jamais tenu un outil.
Le terrain, sur lequel se trouve le bâtiment de Cassis Ltd, appartient à l?Etat. Le bâtiment appartient à Cassis Ltd. Litra ne peut l?acheter directement à Cassis Ltd ou plus exactement à IBL. La procédure veut que IBL le vende à l?Etat qui, à son tour, peut le mettre à la disposition de Litra. Celle-ci ne pouvait attendre la fin de toutes ces procédures, pour reprendre sa production. Quel que soit le résultat du scrutin du 22 août 1983, Bizlall est convaincu que, soit Bérenger, soit Jugnauth/Bhayat, feront l?impossible pour venir en aide aux travailleurs propriétaires de Litra. Bizlall concède toutefois que Jugnauth et Bhayat auront moins les coudées franches si Gaëtan Duval et Satcam Boolell sont élus. Si ces derniers mettent les bâtons dans les roues de Litra, cela prouvera seulement qu?ils sont davantage des adversaires de la classe ouvrière que leur ami No 1. (N.B. : La vérité est que Duval et Boolell adoptent plus aisément une démarche paternaliste et bourgeoise qu?un Bizlall ne saurait tolérer car elle cadre mal avec la légitime revendication de la dignité ouvrière).
Un conseil d?administration de douze directeurs, tous des travailleurs de Litra, dirige cette entreprise. Depuis le 16 mai 1983, les travailleurs se réunissent, chaque semaine, en assemblée générale pour discuter de la gestion de l?entreprise. Deux cadres du gouvernement les aident, tout comme K. Sadien (au niveau du marketing) et R. Chevreau (sur le plan technique et administratif). Bizlall fait fonction de secrétaire de ce conseil de direction.
G. Duval se base sur un rapport de M. Manraj pour alléguer la non viabilité du projet Litra. Il oublie seulement de dire que ce rapport se fonde sur des chiffres fournis par IBL. M. Manraj a, depuis, rédigé un autre rapport. En juin 1983, Litra a exécuté des travaux pour une valeur de Rs 405 000. Elle peut joindre les deux bouts avec seulement Rs 300 000 de contrats par mois. La valeur des négociations en cours s?élève à Rs 2,5 millions. Sans boycott, Litra peut donc tenir.
Bizlall conteste, bien sûr, l?accusation duvalienne selon laquelle il utiliserait des travailleurs comme cobayes idéologiques. Il accuse Duval politicien de droite, d?être partisan donc de l?exploitation de l?homme travailleur par les capitalistes et autres impérialistes, de la vente d?une nation au plus offrant, de la négation des droits et de la dignité de la classe ouvrière.
En revanche, les syndicalistes de gauche consacrent chaque jour de leur vie à se battre contre l?ogre capitaliste et contre les ennemis de la classe ouvrière. Leur vie est un combat perpétuel. Ils n?ont jamais voté des lois scélérates comme l?IRA et le POA (mais les ont longtemps maintenues en vigueur). Il n?y a pas de cobaye dans... l?expérience d?autogestion de Litra. Ils n?oublient pas de quelle façon Duval a traité des employés municipaux de P-Louis et de BBRH, en 1971. Duval est un danger permanent pour la classe ouvrière, allègue Bizlall. Il n?hésite pas à profiter du Best Loser System ou à en faire bénéficier les siens. Bizlall n?accepte pas qu?un Anerood Jugnauth puisse préférer un Gaëtan Duval à un Serge Clair (révoqué par Jugnauth en tant que ministre de Rodrigues). Bizlall ne tolère pas que la haine anti-Bérenger de Jugnauth puisse l?inciter à accepter de s?associer avec un Gaëtan Duval. Quand les éléphants (Duval, Ramgoolam, Boolell, Jugnauth, Bérenger) se disputent, c?est la classe ouvrière mauricienne qui est piétinée, conclut Bizlall.
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