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Bijoux : le trophée des femmes bien épousées aux Comores
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Bijoux : le trophée des femmes bien épousées aux Comores
Leurs vitrines opulentes ont pignon sur rue, où ils exposent juste quelques grammes d’or ajouré au détour d’une ruelle. Ils veillent au sommet d’une hiérarchie d’apprentis, où travaillent seuls dans un recoin sombre de médina, un apprentis de tôle…
Prospères ou modestes, les bijoutiers comoriens cultivent, enrichissent et mettent au goût du jour “une longue tradition ouverte aux influences orientales, arabes, indiennes et africaines”, comme l’écrit la chercheuse Masséande Chami-Allaoui.
Si les fouilles archéologiques n’ont pas révélé de vestiges de l’orfèvrerie, des ornements anciens sont exposés au musée de Moroni.
<B>La tournée des villes</B>
La tradition des bijoutiers est d’autant plus solide qu’elle s’appuie sur celle, toute aussi vivace, du mariage. Les orfèvres ont en effet la lourde tâche de confectionner l’un des éléments les plus symboliques du Grand Mariage : l’ipamkono, l’assortiment de bijoux offert par le marié à sa nouvelle épouse.
Composée de nombreuses pièces – deux colliers de tailles différentes, diadèmes, bracelets, peignes ornés d’or, bijoux de nez… – cette collection qui deviendra une pièce essentielle de la garde-robe de la femme associe couramment importations et bijoux fabriqués localement.
A Ngazidja où la tradition du Grand Mariage est la plus forte, mais aussi dans certaines régions des autres îles, “ces bijoux fixés sur un ou deux coussins (mitao) font le tour de la ville et sont exposés à l’admiration des visiteurs pendant une semaine dans la maison de la mariée”, décrit Sultan Chouzour dans Le pouvoir de l’honneur.
Souvent, le jour où l’époux rejoint la demeure conjugale, le panneau noir orné de bijoux est brandi tel une pancarte en tête du cortège. Autrefois la démonstration était plus discrète : “Il y a une vingtaine d’années, une femme porteuse du précieux ipamkono passait de maison en maison pour le faire admirer”, rapporte également Sultan Chouzour.
La première fonction de ce déferlement d’or est purement symbolique, à tel point que les familles qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts du mariage se font prêter une partie de la parure, ou vendent après leur exposition quelques bijoux pour financer les coûteuses cérémonies.
C’est aussi grâce à ses bijoux que la jeune épouse pourra par la suite tenir son rang de femme mariée et se parer richement dans les grandes occasions.
Si autrefois il existait “une classification de bijoux pour pauvres et pour riches, pour citadins et pour ruraux”, celle-ci est “difficile à établir aujourd’hui”, observe Masséande Chami-Allaoui. L’or travaillé en filigrane s’est démocratisé et habille les cheveux, les mains ou les oreilles des vendeuses du marché aussi bien que ceux des femmes de la bourgeoisie.
Influence de Djedda</B>
Bagues et colliers constitueront enfin pour le nouveau couple un capital qui pourra être gagé en cas de besoin. Si les Comoriennes ne portent plus aujourd’hui que de l’or – hormis les babioles bon marché des jeunes filles et les perles colorées dans les milieux populaires – il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes de statut social élevé portaient autrefois des colliers en ambre, et l’argent, “considéré comme une fantaisie, était il y a moins d’un siècle un métal de valeur”, écrit Masséande Chami Allaoui.
Installés traditionnellement dans les villes anciennes – Moroni à Ngazidja, Mutsamudu à Ndzuani, Sada à Maore, Nyumashua à Mwali – les bijoutiers sont au carrefour du commerce et des cultures.
Selon Masséande Chami-Allaoui, ils étaient souvent formés à Zanzibar et Madagascar, avant que l’archipel ne compte suffisamment de maîtres pour assurer leur succession. Les Indiens ont également initié sur place de nombreux Comoriens. “Les noms des bijoux et des pierres précieuses indiquent une domination du réseau d’échanges arabes, orientaux et swahilis”, écrit-elle également.
Djedda, en Arabie Saoudite, a d’après elle fortement influencé le style des artisans comoriens. La plupart d’entre eux, surtout dans les îles de l’Union, travaillent à partir de la refonte de bijoux et de la fusion de monnaies étrangères.
Ce serait l’une des raisons pour laquelle les bijoux importés d’Europe sont peu appréciés : “Ils ne peuvent pas être refondus.” Offertes, gagées, fondues et refondues, les parures d’or dépassent leur valeur esthétique : c’est tout un cycle social et économique qui passe entre les mains des artisans bijoutiers.
<B>Kashkazi</B>
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