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Bhayat : Bérenger allergique à Jugnauth en tant que PM

15 mai 2008, 00:00

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Au tour de Kader Bhayat de confier à notre presse écrite sa version du bouillonnement de la marmite politique, depuis le 11 juin 1982. Pour lui, rien d?imprévu ne survient. Au lendemain même de l?éclatante victoire électorale des 60-0, il constate, avec chagrin, que tout le monde, au sein du nouveau gouvernement MMM?PSM, que tous les ministres, ne jouent pas le jeu correctement. Certains cherchent à aligner un bloc contre un autre, une tendance contre une autre. En fait, la cible visée est l?arbitre, autrement dit le Premier ministre, Anerood Jugnauth. Des magouilleurs patentés sont à l?affût des premières frictions pour susciter un chamboulement général.

La première crise majeure éclate en octobre 1982 et la seconde le 22 mars 1983. Mais dès le mois d?août 1982, Kader Bhayat fait part, à Jayen Cuttaree, de ses inquiétudes. Il se plaint que Bérenger ne respecte pas ses collègues ministres. Il confie au ministre du Travail son aversion à se retrouver avec Bérenger sur une même liste de candidats, aux prochaines législatives.

Il accuse Bérenger d?abuser de son ascendant sur certains dirigeants militants. Il sait prendre avantage des frustrations individuelles. Il fait croire aux mécontents que la situation devient malsaine, sinon intolérable, au sein du premier gouvernement Jugnauth. Dans tout gouvernement au monde, il finit inévitablement par y avoir des tiraillements. Ses membres parviennent pourtant à les surmonter s?ils ont l?esprit consensuel et s?ils s?efforcent de privilégier ce qui les rassemble plutôt que ce qui pourrait les opposer et les diviser. Cela est encore plus vrai dans un pays aussi pluriel que Maurice. Il est du devoir de tout dirigeant politique de se situer au-dessus des querelles mesquines et de privilégier, en toutes choses, les intérêts supérieurs de la population. Avec davantage de patience et d?esprit de dialogue et de consensus, on aurait pu épargner «au peuple admirable» le choc émotif des crises gouvernementales d?octobre 1982 et du 22 mars 1983.

Bhayat n?hésite pas à comparer les manières de gouverner de Seewoosagur Ramgoolam et de Paul Bérenger. L?art de gouverner, rappelle-t-il, est celui de savoir faire des compromis pour trouver des solutions consensuelles. Le gouvernement MMM?PSM n?est pas plus disparate que celui PTr?PMSD de 1976-81. Mais avec une majorité parlementaire parfois virtuelle, Ramgoolam tient le coup pendant cinq ans et demi et dans des conditions économiques guère meilleures, tandis que le gouvernement MMM?PSM s?écroule, au bout de seulement neuf mois, avec pourtant une majorité de 60 à 0.

Il accuse Bérenger d?avoir voulu tout simplement l?exclure du gouvernement, en octobre 1982. Il le connaît depuis 1970. Ils ont longtemps divergé au sujet de la fonction de Premier ministre et du rôle exact d?Anerood Jugnauth, au sein d?un éventuel gouvernement MMM. Il rappelle que, au plus fort du conflit avec l?aile gauche de Jack Bizlall, Bérenger voulait remplacer Anerood Jugnauth, à la présidence du parti, par... Rajiv Servansingh, afin de ne pas couper complètement les relations avec cette tendance progressiste. Bhayat est de ceux qui ont, alors, mis en avant l?engagement pris par le MMM auprès d?Anerood Jugnauth et de la masse des sympathisants. Bérenger ne peut nier que, lors de chaque discussion, Bhayat a toujours pris la défense de Jugnauth, quitte à se brouiller avec lui.

En octobre 1982, Bérenger a vainement porté ses attaques contre Bhayat. Voyant que cela ne le mène nulle part, il rectifie le tir et s?en prend au PSM qui constitue une cible plus facile car plus vulnérable, du moins au sein du MMM. Bhayat n?est pas présent au moment où le MMM vote l?expulsion du PSM. Aurait-il été présent qu?il aurait combattu une telle motion.

La question n?est plus de savoir si le MMM pouvait seul gagner les législatives du 11 juin 1982. Le fait même qu?il conclut une alliance avec le parti d?Harish Boodhoo, au grand dam d?ailleurs d?Anerood Jugnauth, prouve qu?il veut mettre toutes les chances de son côté. Ayant conclu cette alliance préélectorale, le MMM ne peut plus, sans déchoir, se débarrasser de son allié, sans raison valable et sans pouvoir lui faire le moindre reproche.

Bhayat rappelle, à ce propos, que, dès janvier 1981, le MMM s?efforce d?éloigner le PSM du PTr. Du même coup, il sécurise une partie de l?électorat, pouvant donner des signes d?indécision jusqu?au moment du vote. Bhayat rappelle que le MMM condamne Seewoosagur Ramgoolam quand il exclut l?IFB de Sookdeo Bissoondoyal de la coalition PTr-PMSD de 1970. Si Ramgoolam a tort d?exclure l?IFB, le MMM est également coupable quand il veut se débarrasser du PSM d?Harish Boodhoo.

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