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Besoin d?imagination

2 septembre 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La situation est grave. Le contexte difficile. Les statistiques alarmantes. Et des secteurs menacés. Dans un tel décor, on se serait attendu à une intervention chirurgicale plutôt qu?à une thérapie légère. Mais il faudrait croire qu?une certaine structuration de la pensée sociale mauricienne nous condamne à la pusillanimité. La situation se complique lorsqu?on sait que, malgré l?identification des maux, les solutions, elles, se font toujours attendre. Où est donc le problème sinon dans un manque flagrant d?imagination? C?est aussi paradoxalement dans un tel environnement délétère que l?Etat a choisi de jouer à la nounou et à geler les projets de modernisation des superstructures sociales et économiques.

Pour les plus conservateurs, il n?y a pas lieu de s?alarmer. Les vieilles recettes ont fait leur preuve et ont contribué au développement du pays. L?objectif occulte est de prévenir toute révolution des mentalités. On aime bien ce pays qui porte en bandoulière ses préjugés et ses fantasmes. C?est cette conception de la société qui pérennise une certaine latéralité de notre mode de fonctionnement.

Il ne faut pas, par conséquent, s?étonner que le monde carcéral reproduise ses dysfonctionnements, que les choix d?orientation économique tergiversent entre le libéralisme et le tout-Etat, que l?éducation tende irrésistiblement vers l?élitisme malgré les réformes, que la répression semble être la seule solution pour combattre certains fléaux sociaux, que? Nous sommes définitivement en situation bloquée. Et le gouvernement a tout intérêt à agir rapidement. Il est encore tôt pour porter un jugement sur sa capacité d?action.

Depuis son retour au pouvoir, Navin Ramgoolam s?est efforcé de se débarrasser de l?image de dilettante. Il veut aussi convaincre par un activisme soutenu. Toutefois, sa manière de traiter le ?South Eastern Highway Project? démontre la difficulté intrinsèque à la gestion du pouvoir. Ce sont les mêmes implicites qui ont révélé un Rama Sithanen plutôt velléitaire.

Nos décideurs auront tout à gagner à enclencher les transformations en profondeur de la société s?ils ne veulent pas être la cause d?un désenchantement. A ce titre, l?alarmisme n?est pas forcément le ton à recommander. C?est pourtant ce qui transpire dans les discours de nos dirigeants. Le réalisme n?équivaut pas à faire litière d?un grand dessein national. Ce qui rendrait également compte des grandes ambitions que nourrit aujourd?hui le Mauricien.

Ces ambitions participent d?une représentation que le citoyen moyen se fait de lui-même. Il n?est plus disposé à accepter l?approximation et l?amateurisme des services publics. Il n?est plus dans la fatalité des investissements de toute une vie pour pouvoir s?offrir une maison ou une voiture. Il y a une exigence d?un rehaussement généralisé du niveau de vie. Il n?est plus seulement question de quelques gâteries que l?Etat daignerait lui accorder avec condescendance.

Le gouvernement devrait donc logiquement et rapidement identifier un projet de réforme qui interroge notre système de valeurs et de références traditionnel. Ce n?est qu?à ce titre que les efforts de modernisation économique auront un sens, que le Mauricien sentira une amélioration effective de sa vie au quotidien. C?est l?enjeu principal. C?est la mission qui a été assignée au gouvernement. Pour la remplir, il faudra agir vite avant d?être rattrapé par la contagieuse léthargie propre à l?administration et si éloignée de la conviction profonde de pouvoir changer la vie des Mauriciens que l?Alliance sociale avait démontrée pendant la période de campagne électorale. C?est cette fraîcheur là qui permet des politiques imaginatives et des actions d?envergure.

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