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Bernard Desmarais, brasseur d?or

21 août 2003, 20:00

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La natation, c?était toute sa vie. Il l?a délaissée en 1996 pour passer à autre chose. Il n?avait alors que 26 ans et encore de belles années devant lui. Mais Bernard Desmarais voulait à tout prix devenir architecte et fonder une famille. Sans doute aussi qu?il ne se plaisait plus dans le bassin du stade nautique Serge Alfred, la faute au nouveau concept du sport de haut niveau introduit par le Parti travailliste. De ses années de gloire, le ?dinosaure des brasses? n?a conservé que des souvenirs, tous, il est vrai, précieux.

?Dans la vie, il faut savoir tourner la page au bon moment. Quand l?envie n?y est plus, il ne sert à rien d?insister, explique l?ancien sociétaire du Club Aquatique de Maurice. Je suis parti plus tôt que prévu, certes, mais j?ai aujourd?hui la satisfaction d?avoir tout donné pour mon pays, pour ma discipline?.

La carrière de Bernard Desmarais comprend trois faits marquants : ses deux médailles d?or aux Jeux des îles de 1990 à Madagascar, son record d?Afrique sur 100 mètres brasse un an plus tard au Caire et ses soixante titres de champion de Maurice étalés sur dix ans. L?épopée d?Antananarivo avait marqué bien des esprits. ?Cela d?autant plus qu?on ne m?attendait pas au tournant?, explique Bernard Desmarais.?Certes, j?avais dominé Jimmy Verbard quelques semaines plus tôt aux championnats de la Réunion, mais il était prévu que le champion d?Europe Franck Schott soit aligné dans les épreuves de brasse. Il n?en fut rien, ce qui me permit de dominer par deux fois Verbard.?

Le brasseur mauricien regrette toutefois de ne pas avoir eu l?occasion de défier Schott. ?Je ne dis pas que je l?aurais battu. C?était quand même à l?époque une star mondiale. Mais, si je l?avais fait, ça aurait donné une dimension supplémentaire à ma carrière. À l?époque, on avait tous les deux à peu près le même temps?, se souvient l?ancien chef de file de la sélection mauricienne de natation.

Recordman d?Afrique

Un an plus tard, au Caire, en Egypte, à l?occasion des Jeux d?Afrique, Bernard Desmarais ajouta une ligne de plus à son palmarès en décrochant la médaille de bronze du 100 m brasse. ?Un podium africain, c?est forcément gratifiant. Mais je crois sincèrement que je valais mieux que le bronze. Quelques jours plus tôt, aux championnats nationaux, j?avais battu le record d?Afrique de la distance pour le porter à 1?09?45, soit 35 centièmes de mieux que l?ancienne marque?, relate notre interlocuteur.

Que s?est-il passé ? Pourquoi a-t-il échoué ? ?Je n?en sais rien. J?avais la course bien en main quand, à 25 mètres de l?arrivée, j?ai craqué. L?or était revenu à un Algérien, l?argent à un Nigérien. Je crois que l?expérience m?a fait défaut?.

Si c?était à refaire, Bernard Desmarais n?aurait cette fois pas laissé passer sa chance, il en est convaincu : ?J?avais trop de pression sur les épaules. Tout le monde s?attendait à ce que je sois champion d?Afrique. Je n?ai pas su gérer. J?aurais dû m?être préparé plus sereinement, avec détachement.?

De 1986 à 1996, ses années de gloire, Bernard Desmarais a placé la barre très haut. En dix ans, ce brasseur formé à la dure école du regretté Georges Grace, s?est donné les moyens de décrocher pas moins de soixante titres de champion de Maurice, une longévité suffisamment rare pour être souligné . ?Pas la peine de sortir les calculettes, c?est vraiment très simple, ironise l?ancien élève du collège du Saint-Esprit. En dix ans, je n?ai pas perdu une seule course aux championnats de Maurice, ceux d?été comme d?hiver. Que ce soit sur 50, 100 ou 200 mètres brasse, je ne laissais rien passer. A l?arrivée, les comptes sont bons : ça fait soixante titres.?

L?héritier de Beeharry

Etre seul au monde, ça n?a jamais vraiment dérangé l?ancien élève du collège du Saint-Esprit. ?Moi, je ne me battais pas contre les autres, mais contre la montre. Je n?avais de cesse d?essayer de repousser mes limites, de battre mes records. Je nageais pour ça?, confie-t-il.

Des records, Bernard Desmarais en a accumulé des tonnes. Dix-sept ans après ses timides débuts à la piscine Serge Alfred, à l?ombre du légendaire Sultan Beeharry, son premier adversaire, l?ancien nageur du CAMO détient toujours deux prestigieux records de Maurice. Sur 100 m brasse, son chrono référence est de 1?06?37. Il l?avait réussi aux Jeux d?Afrique d?Harare en 1995. Sur 200 m brasse, il a nagé en 2?31?53?. C?était aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992.

Depuis, personne ne s?est approché de ces chronos, ce qui n?est pas pour plaire à Bernard Desmarais. ?Les records sont faits pour être battus et pas pour s?inscrire dans la durée. Garry Lee Fong, qui a pris ma relève, tourne dans les 1?12 sur 100 m brasse. Il est à près de six secondes de ma marque, ce qui est énorme?, regrette celui qui avait eu la lourde tâche, en son temps, de succéder à Sultan Beeharry, médaillé d?or des Jeux des îles 1985 sur la distance.

La passation de pouvoir entre Beeharry et Desmarais eut lieu en avril 1987, six mois après les débuts de ce dernier. C?était à l?occasion des time trials pour les Jeux d?Afrique de Nairobi. Quelques mois plus tard, en décembre, aux championnats de Maurice, Desmarais confirma tout le bien que l?on pensait de lui en s?appropriant tous les records de brasse. Une nouvelle étoile était née.

?C?était aussi soudain qu?inattendu. Sultan, c?était un mythe. Il était, pour moi, un repère important. Le battre m?a fait prendre conscience de mon potentiel?, raconte-t-il. Marié à Caroline, père d?un petit Samuel de deux ans dont on ne sait pour l?heure s?il sera brasseur lui aussi, l?architecte Bernard Desmarais ne voit pas passer le temps. Il est d?ailleurs DJ à ses temps perdus, ce qui lui vaut parfois de très longs week-ends.

Mais, à quelques jours de l?ouverture des Jeux des îles, il regrette un peu d?avoir coupé les ponts avec la natation, ?C?est vrai que j?aurais pu être de la fête moi aussi. A 32 ans, on peut être très compétitif. Mais ce qui est fait, est fait?, enchaîne Bernard Desmarais.

A-t-il un message pour la grande famille de la natation mauricienne ? ?Je demande à nos nageurs de donner tout ce qu?ils ont dans le ventre, de ne plus se poser de questions et surtout de ne pas oublier que le public mauricien les attends au tournant? Pour le reste, allez Maurice !?

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