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Bernadette Songor, au service des morts

29 octobre 2006, 00:00

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S?occuper des morts, voilà une activité peu commune et qui fait froid dans le dos. Mais il existe ceux qui les côtoient chaque jour, qui leur prodiguent des soins pour que leurs derniers moments sur terre se passent dans la dignité. « Ce n?est pas parce qu?ils sont morts qu?ils doivent êtrenégligés », déclare Bernadette Songor.

Les rouages du business familial Elie & Sons n?ont plus de secrets pour elle. Créé il y a 76 ans, ce bureau de deuil est connu à Maurice pour ses services proposés pour les enterrements. Derrière tout le travail qui doit être effectué pour assurer la veillée et l?enterrement du défunt, il y a aussi ceux qui bossent dans l?ombre.

Parmi, Bernadette Songor, présente depuis 24 ans au bureau de deuil et qui a assisté au développement de l?entreprise. Finies les vieilles pratiques et les moyens du bord qui rendaient cette pratique plutôt macabre. Pour cette dame de 64 ans, « nos morts sont maintenant traités avec respect. Je me souviens que dans mon enfance on démontait une porte qu?on installait sur deux chaises pour y mettre le corps. Le mort était vêtu des plus vieux habits. Les choses ont bien changé et préparer un enterrement avec soin apporte un certain réconfort à la famille aussi. »

Et voir le réconfort qu?elle apporte aux familles endeuillées rend son travail d?autant plus gratifiant. « J?aime aider les gens et faire quelque chose pour les morts est un moyen de les aider. Et lorsqu?on s?occupe d?un mort, on a une grâce. Je vois beaucoup de choses que Dieu fait pour moi », confie Bernadette.

C?est en 1981 qu?elle arrive pour la première fois dans la famille Elie. Par le biais d?une de ses nièces, elle fait la rencontre de madame Elie qui recherchait une gouvernante. Après un mois de service à domicile, elle se met à travailler également au bureau de deuil. Comme elle ne connaît rien dans ce domaine, Bernadette aura à tout apprendre de A à Z. Aujourd?hui, elle maîtrise tout sur le bout des doigts et assure un service de qualité aux clients.

À côté des draps, couvertures et taies d?oreillers indispensables qu?elle doit coudre, elle apprend sur le tas comment confectionner le capitonnage d?un cercueil. « Avant, c?était vraiment difficile. On achetait de vieux matelas dont on enlevait la paille de coco pour faire le capitonnage », raconte-t-elle. Mais aujourd?hui, elle travaille dans un petit atelier et penchée sur sa machine à coudre, c?est le polyester qu?elle transforme en capitonnage.

« J?avais peur des morts »

Mais coudre n?est pas la seule activité de Bernadette. Au fil des années, elle a pris une place de plus en plus importante au sein de l?entreprise familiale. Et dire qu?elle avait la frousse des morts? « Auparavant, j?avais vraiment peur des morts, même d?un simple cercueil. Mais ma mère me disait toujours : Il ne faut pas avoir peur des morts. Il faut plutôt avoir peur des vivants. »

Et un jour, cette frayeur s?est envolée lorsqu?elle a touché un cercueil. « J?ai réalisé que ce n?était que du bois. C?est comme un meuble que l?on a acheté au magasin », confie Bernadette. Ses fonctions se diversifient alors, et un an après son arrivée, la voilà partie pour donner un bain à un mort. Mais cette expérience n?est pourtant pas la plus marquante. « La première fois que j?ai béni un corps, j?ai dû rester seule dans une pièce avec le mort durant la veillée mortuaire. Au départ, j?avais une sorte de frayeur. Mais dès que j?ai touché le corps de cette dame, toute ma peur s?est envolée. En fait, c?était exactement comme si je touchais un être vivant. »

Avec le temps, la routine s?installe et désormais laver, toucher ou rester seule avec un mort est devenu chose normale pour Bernadette. Et elle se rend au domicile du défunt munie de sa trousse et se penche sur le corps, pinceau et rouge à lèvres en main, pour maquiller le corps. « Maquiller un mort, c?est comme maquiller un être vivant. Et de nos jours nous les parfumons également. Il a droit à un service de qualité et à quitter cette terre dans la dignité », ajoute Bernadette.

Toutefois, Bernadette n?a pas eu le courage de prendre soin de sa propre mère décédée en début d?année. « Lorsque la mère de monsieur Elie est morte, c?est moi qui me suis occupée d?elle. Mais quand il a fallu se charger de ma propre mère, j?en étais incapable », avoue-t-elle, les larmes aux yeux.

Après plus de 20 ans au service de la famille Elie, Bernadette ne cesse d?être témoin des changements que l?entreprise propose à sa clientèle. Avec elle, d?autres femmes viennent aussi se joindre au bureau de deuil. Et désormais ces femmes qu?on appelle les White Ladies, transporteront les cercueils.

Mais Bernadette ne sera jamais une employée comme les autres. Elle habite chez les Elie depuis sa séparation avec son époux, et elle fait donc partie intégrante de cette famille. D?autant plus qu?elle a élevé et vu grandir les deux enfants. « Je resterai avec la famille Elie jusqu?à ma mort. »

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