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Belle-famille un cadeau ou un fardeau ?
Quand on épouse une personne, c?est aussi à sa famille qu?on s?unit. Si certains gendres ou brus tombent sur des beaux-parents accueillants et tolérants ? ce qui facilite l?intégration dans la nouvelle famille ? pour d?autres, c?est le début de la galère !
L?admission au sein du clan est alors quasi-impossible et toute cohabitation devient encore plus pénible, surtout si la belle-famille se montre envahissante ou surprotectrice. Combien d?entre nous ont du mal à supporter une belle-mère qui débarque à l?improviste, critique sans arrêt notre façon de cuisiner ou d?éduquer les enfants, une belle-s?ur qui nous rabâche les oreilles avec ses commérages, un beau-frère trop présent ? Autant de situations qui provoquent des conflits! Ben Stiller, héros du film Mon beau-père et moi, en sait certainement quelque chose.
De tout temps, la relation entre la bru ou le gendre et la belle-famille a été compliquée. Dans certaines civilisations asiatiques, on qualifiait la belle-mère de marâtre. L?archétype de la belle-mère monstrueuse existe également dans la littérature, sous la plume de François Mauriac avec Genitrix. Elle va jusqu?à tuer sa belle-fille, avec l?accord de son fils, pour s?en débarrasser enfin ! Dans l?imaginaire, la situation inverse existe aussi. Des légendes orientales veulent que des femmes âgées (donc des belles-mères) étaient jadis abandonnées dans la montagne à l?instigation de leurs belles-filles.
Qu?est-ce qui provoque ces conflits ?
« Dans ce genre de conflit, qui implique davantage les belles-filles et les belles-mères, ces dernières ressentent une certaine jalousie. Aux yeux de la belle-famille, la belle-fille est une étrangère que l?on regarde avec suspicion. Psychologiquement, la belle-mère a l?impression que la bru lui a volé son fils, elle a le sentiment d?avoir été dépossédée de l?attachement de son enfant. Il règne alors un esprit de compétition où elle essaie de s?accaparer son fils ou de donner des ordres à la belle-fille », explique Michael Joson, sociologue et Ressource Person au ministère des Droits de la femme.
De son côté, la belle-fille se montre tolérante vis-à-vis de sa belle-famille au départ, pour faire bonne impression. Mais au fur et à mesure, cela bouillonne intérieurement jusqu?à exploser un jour surtout quand cette dernière fourre son nez dans les affaires du couple.
Une autre source de conflit demeure l?attachement excessif de l?enfant pour sa mère. En Italie, on qualifie cette relation liant les deux parties de Mammismo.
« Pour beaucoup d?hommes, l?amour pour leur mère passe avant celui de l?épouse. Cela peut provoquer des disputes. D?autant plus que le couple doit construire sa vie ensemble. Le fait qu?une troisième personne ? membre de la belle-famille ? s?infiltre au sein de cette vie, envenime les relations », assure Danielle Sauvage, de l?Action familiale. La pression et l?autorité qu?exercent certaines belles-familles sont aussi vecteurs de conflits. « Quand par exemple, un des partenaires souffre d?infertilité et que la belle-famille insiste pour la naissance d?un héritier, cela peut entraîner des disputes. Dans d?autres cas, les conjoints subissent la maltraitance de la belle-famille », affirme Sangeet Joosery, Executive Director de la Mauritius Family Planning Association (MFPA).
Résoudre les conflits de generations
La façon d?élever son enfant, les choix, les valeurs, l?éducation de la « pièce rapportée » constituent d?autres raisons qui poussent au conflit avec la belle-famille. Parfois, le fardeau devient tellement lourd à porter que certains couples craquent et ne trouvent d?autre solution que de se séparer. Une étude récemment effectuée en Italie révèle qu?environ 40 % des divorces sont attribuables aux mauvaises relations entretenues par les brus avec leurs belles-mères.
À Maurice, on dénombre une hausse des divorces qui sont passés de 792 en 1996, à 1 190 en 2003. Selon les avocats, les trois principales raisons invoquées sont la violence conjugale, l?infidélité et les relations conflictuelles avec la belle-famille.
Évidemment, toutes les belles-mères ne conduiront pas forcément au divorce. Comment vivre en harmonie avec sa belle-famille ? Le sociologue Paul Zobs disait que « si la famille est source de conflit, elle donne aussi la possibilité de les surmonter ». Si les deux partis font des efforts, on peut atteindre un compromis et éviter les conflits. Par exemple, les deux con-joints doivent apprendre à gérer leurs conflits à l?intérieur du couple au lieu de se servir de la belle-famille comme bouc - émissaire. Cette dernière peut aussi résister à l?envie de dicter la vie du couple.
« La belle-mère doit se demander ce qui est plus important pour elle. Est-ce le fait qu?elle n?aime pas sa bru ou le bonheur de son enfant qui prime avant tout ? », commente Jacque-line Leblanc, responsable de l?Action familiale. Cette association, qui dispense des cours de formation sur l?équilibre familial aux couples pendant cinq mois, consacre d?ailleurs un volet sur le savoir-vivre avec les beaux-parents. Selon le programme, sept principes sont à mettre en place : vivre séparément des beaux-parents, ne jamais se plaindre à ses parents de son conjoint, accorder une priorité absolue à la vie conjugale sans permettre aux parents de décider pour le couple, ne pas critiquer les beaux-parents.
Sangeet Joosery favorise, quant à lui, les thérapies familiales pour résoudre les conflits qu?il qualifie d?intergénérationnels : « Il faut que les conjoints comprennent que les beaux-parents sont âgés et ne peuvent pas toujours comprendre les choses. Je crois qu?il y a des ressources que l?on n?utilise pas assez au sein de la famille. Par exemple, les beaux-parents, les oncles et autres proches peuvent aider à renforcer les valeurs. Il faut adopter une approche préventive de ces conflits grâce à une bonne communication ». Et Michael Joson d?ajouter : «Il faut se mettre à la place de l?autre et s?adapter en fonction des situations. Lorsqu?un conjoint n?aime pas quelque chose, il doit le faire savoir d?une façon diplomatique ».
Pour éviter les conflits avec sa belle-famille, il faut établir les paramètres pour préserver l?intimité du couple et maintenir une certaine distance. «À Maurice, souvent les familles vivent en communauté ou très proches les unes des autres, et cela ne facilite pas cette prise de distance. Je tiens beaucoup à cette notion de distance et à celle du respect du rôle et de la place de chacun, car il me semble que ce sont des clés importantes dans les relations qui unissent les familles. Avoir une grande famille est une chance, mais les bonnes relations et l?entente ne se font pas toutes seules. Chacun doit y mettre du sien, chacun doit dire le rôle qu?il veut avoir dans cette ?organisation?, et chacun doit entendre le désir de l?autre. Les belles-mères ont eu bon dos ces dernières années! Mais je reste persuadée qu?elles sont un atout pour le couple si les choses et les liens sont clairement définis », assure la psychologue Sarah Dieazanacque.
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