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Beggar John : moulins, paroles et musique

4 septembre 2004, 20:00

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Beggar John a deux points en commun avec les ZZ Top : ils sont trois et jouent de la musique américaine. Pour le reste, le groupe est avant tout une histoire de famille. Et n?allez pas croire que cela nuit à leur professionnalisme. Au contraire, chacun sait ce qu?il doit faire : André Béga, le senior du band, joue de la guitare (six et douze cordes) et de la mandoline. Meunier à la ville, directeur technique aux Moulins de la Concorde, il est auteur compositeur.

Son cousin, Enrico Béga, travaille aussi au moulin, mais celui d?Union Saint-Aubain. Ce pro de l?automatisation et de l?informatique prête ses talents de super technicien à l?enregistrement « maison ». Il est aussi percussionniste et joue de l?harmonica. John Talbot enfin, est le beau-frère d?André. Bassiste et guitariste, le benjamin de la formation est passionné de mixage et compose. Deux Béga et un John, voilà une triplette qui fait une manchette?

L?album Brace for the Storm, sorti en juin de la « presse » familiale, est le résultat d?une longue maturation. Les douze titres, dont Agaléga, qu?ils ont joué l?année dernière au concours « Rêve de star », ne constituent qu?une maigre sélection de leur répertoire.

Le style est définitivement celui de l?Amérique des années 70, c?est-à-dire ni plus ni moins le classique Rock and Folk. Les inspirations sont évidentes : Neil Young, Joni Mitchell, Emmylou Harris, James Taylor? ces standards de la période post-marketing, qui est loin d?être has been puisqu?elle resurgit régulièrement sous des formes diverses avec les Ben Harper et autres Norah Jones.

Principalement acoustique, la musi-que de Beggar John est sophistiquée, et en quête d?harmonie. Un tantinet « doucereuse », elle est parfaitement relaxante et fait penser à une longue balade sur les rives d?un fleuve Yankee. Tous les textes sont en anglais, langue natale de cette famille revenue d?Afrique du Sud à la fin des années 1980. Un plus pour ce style qui supporterait moins bien le français ou le créole. On peut cependant regretter, dans ce CD en tout cas, le manque de couleur Country, qui ne demande qu?à s?exprimer et qui pourrait, en plus de nous détendre, nous faire danser aussi. Beggar John doit pouvoir s?encanailler un peu et glisser du côté de The Band, The Doors, voire de Bob Dylan, tout en gardant son authenticité et son plaisant décalage.

Certes, Maurice, partagée entre le séga populaire, le ragga créole et les DJ électroniques, ne constitue pas la scène idéale pour ces héritiers de Crosby, Still, Nash & Young. Mais en restant proches d?une culture musicale riche et roots, ils peuvent toucher toutes les générations, et notamment les plus jeunes, qui pensent parfois découvrir un style avec les Sheryl Crow et autres amazones modernes, alors que la recette originale date de 35 ans.

Plus qu?un décalage, c?est donc un trait d?union que tirent les trois troubadours. Un lien historique entre ceux qui ont révolutionné la musique de papa et ceux qui écoutent aujourd?hui du R & B sans connaître les princes et les reines du Rythm & Blues.

Les membres du groupe ne comptent d?ailleurs pas se limiter à la frontière insulaire. Des contacts pris aux États-Unis à Nashville, temple mondial folk, leur permettent même de rêver, non pas forcément à une carrière, mais à un rayonnement international.

« Lors d?un voyage professionnel à Dubaï, j?ai rencontré un ami dont le neveu est ingénieur du son à Nashville. Richard Pimsner a travaillé notamment avec James Taylor, Linda Rondstad, Emmylou Harris? Après avoir écouté le CD, il nous a proposé de venir à Maurice pour travailler sur un album? Il nous a aussi demandés si nous voulions qu?il trouve des musiciens pour jouer notre musique, là-bas, où si nous désirions enregistrer nous-même? »

Nous voilà en plein rêve d?enfant. John se voit bien sûr la route de Memphis, un concert après l?autre, vivant pour et de sa musique. Le cousin et le beau-frère ne le contredisent pas. Brigitte, l?épouse d?André, ne dit rien, mais écoute avec attention le trio infernal nager dans ce bonheur utopique.

Car si Enrico et John sont célibataires, André et Brigitte ont cinq enfants et une vie bien réglée à Tamarin. Elle sait bien qu?il y a peu de chance de les voir partir à l?aventure, mais tout de même, la femme du meunier veille au grain? D?autant que les paroles de son mari son explicites : « Have you ever stopped to think what it?s like ? To live your life in a cage, over age, in a rage, when the only thing you want to do is run and scream at the moon. There?s no room, it?s not soon? »

Un « collector » à demander au disquaire

Le CD est doux à écouter, comme un vin chaud à base de crû californien, avec une pointe de sirop de canne et très peu d?épices. Il est beau à regarder. John « Blue » Talbot et ses compères ont tenu à respecter la tradition des grands albums folk avec un pamphlet de huit pages en papier couché mat. Toute la famille s?y est mise pour les photos, le montage, jusqu?à l?étiquetage et à la mise en boîte. Et pourtant, on le croirait sorti des bacs de Virgin Megastore. Franchement, c?est un collector, demandez-le à votre disquaire !

Beggar John n?hésite jamais à faire appel à d?autres musiciens pour donner de l?épaisseur à sa musique. Au dos du CD, on peut voir le groupe à Port-Louis avec Clike Armoogum, un bassiste de grand talent qui joue souvent avec Menwar.

Ils ont aussi travaillé avec James Adolphe aux percussions et Gilbert Cuppusami à la basse électrique. Il ne s?agit que d?une « démo », mais elle est déjà bien moulue. Le groupe a joué deux ou trois fois en public, à Maurice. Leur prochain rêve serait d?offrir un concert à l?auditorium François Mitterrand, l?une des rares salles où l?acoustique? est acoustique.

That?s all, folks !

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