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Baston derrière les barreaux
«To va arret raconté? » Cette phrase reste gravée dans la mémoire de Ricardo L?Olive, 25 ans, un détenu de la prison de Beau-Bassin condamné en l?an 2000 à cinq ans de prison. C?est ce que lui auraient lancé les membres de la Prison Security Squad (PSS), mardi dernier, avant de le passer à tabac sous les yeux des autres détenus. C?est du moins ce que le prisonnier a raconté à sa famille sur son lit d?hôpital jeudi dernier.
Les pieds enchaînés à son lit, le visage portant des traces de coups, les paupières gonflées, c?est la dernière image que laisse Ricardo L?Olive à son épouse Sandra, qui s?est rendue à son chevet. Admis dans la salle réservée aux prisonniers à l?hôpital Jawaharlal Nehru de Rose-Belle mardi dernier, Ricardo L?Olive avait l?air en bien piteux état, selon sa famille. « Li ti pé plégné, li dir li gaign boucou douler dans la tête », affirme sa s?ur aînée.
Une remarque en travers de la gorge
« Li paret bien mais feb, so la tête ine enflé », soutient son épouse Sandra. Le blessé lui aurait confié ses craintes au sujet de sa santé. « Pas conné ki pou arrive moi », lui a-t-il dit. La famille du détenu n?est nullement rassurée après cette visite. « Nous pas fine gaign konfirmasion avec dokter ki so lasanté korek vraimem. Ki dir nou ki li pane gaign kou endan ? », demande un de ses proches.
Ricardo L?Olive leur a raconté le fil des événements de mardi dernier. Selon ses dires, ce sont les plaintes qu?il aurait formulées contre les conditions de détention qui lui ont valu ce séjour forcé à l?hôpital. Mardi après-midi, il se plaint de la situation à un haut gradé de la prison de Beau-Bassin. « Li finn dir missié là ki so matla en mové l?éta, ki li pa kapav dormi », raconte sa s?ur aînée.
Mécontent, le haut gradé se serait alors renseigné sur la situation auprès des membres de la PSS. Selon Ricardo L?Olive, ils auraient pris la mouche quand le haut gradé leur aurait sommé d?apporter les changements nécessaires aux conditions de vie du prisonnier. Cette remarque leur est restée en travers de la gorge, et c?est alors qu?ils ont décidé de laver cet affront.
« Il nous a raconté comment il a été battu. Il a ajouté qu?il pourrait identifier ses agresseurs », confie sa s?ur. Les membres de la PSS auraient entraîné Ricardo jusqu?au parloir pour le passer à tabac. « Zot ine bat li kout pié partou lor so lékor. Mais la plipar bann kout line gaigné lor so latet. » Après cette bastonnade alléguée, le prisonnier perd connaissance. Sa famille affirme qu?il a fallu que le médecin de la prison intervienne pour que l?infortuné soit transporté à l?hôpital de Rose-Belle.
Mais là, nouveau problème. Pour lui rendre visite, c?est un véritable casse-tête. « Mercredi j?ai attendu toute la journée à l?hôpital pour voir mon mari. Mais on n?a pas voulu me laisser entrer », confie Sandra, l?épouse de Ricardo. Elle raconte qu?elle a dû obtenir une autorisation du Commissaire des prisons pour pouvoir le rencontrer.
Après les soins reçus à l?hôpital, Ricardo L?Olive a été transféré à la prison de haute sécurité de Phoenix, connue sous le nom de « La Bastille », mercredi après-midi? au grand dam de sa femme. « Les responsables disent que c?est pour sa sécurité », dit-elle sceptique.
De plus, Sandra L?Olive déplore le manque de communication des autorités à la suite de cet incident. « J?ai appris la nouvelle dans les médias. Je ne comprends pas comment on peut laisser une famille dans le noir après un incident aussi grave », souligne-t-elle.
Sandra L?Olive ne compte pas en rester là. Elle envisage des poursuites contre l?administration pénitentiaire pour connaître la vérité sur l?agression dont son époux a été victime et réclamer des dommages.
Une toute autre version à la prison
Mais à la prison de Beau-Bassin, c?est une toute autre version que les gardiens et les membres de la PSS racontent. « Le prisonnier allègue qu?il a été battu, mais c?est complètement faux. Il n?y aucune trace de coups sur son corps et il n?y a jamais eu de désordre, comme certains l?ont laissé croire », explique un policier délégué par le gouvernement.
« Sé ki fer nou enkoler, séki bann média pran tou séki L?Olive pé dire pou larzan kontan », s?insurge un membre de la PSS.
« En fait, un des responsables de la prison l?a convoqué pour lui donner un avertissement. Comme Ricardo est considéré comme un élément perturbateur, il a été placé sous une surveillance constante. Il est indiscipliné, et c?est une forte tête qui incite ses camarades à la violence », déclare, quant à lui, un autre officier de la PSS.
Selon des témoignages recueillis à la prison, le détenu L?Olive se serait jeté par terre juste après sa convocation.
Il s?est plaint d?avoir été tabassé, d?où l?attroupement des prisonniers. C?est alors qu?il a été emmené à l?hôpital Nehru pour recevoir des soins.
Seule une enquête indépendante permettra de dire si L?Olive a fait de fausses accusations contre les gardiens de la prison centrale. En attendant, il est parti rejoindre une autre victime alléguée de la brutalité des officiers de la PSS, Wendy Lafleur, à La Bastille?
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