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Barack Obama, par-delà les clivages
Une chose est sûre, Barack Obama a le vent en poupe. Il a même pu s?imposer dans des États conservateurs où il a su conquérir les c?urs. Un phénomène nouveau.Le très charismatique sénateur démocrate de l?Illinois Barack Obama a largement remporté, le 11 mars, les primaires du Mississippi. Si le résultat ne constitue pas une surprise, il révèle néanmoins une tendance de fond concernant le comportement des électeurs vis-à-vis de la candidature de M. Obama. Dans cet État ultraconservateur du Sud profond des États-Unis où 37 % de la population est africaine-américaine, soit le taux le plus élevé du pays, le « vote racial », comme on l?appelle ici, a été déterminant.
À l?image de l?Alabama voisin et de la Caroline du Sud, tous deux également remportés par le candidat, les électeurs africains-américains du Mississippi, mobilisés en masse et représentant près des deux tiers des démocrates inscrits dans l?État, ont plébiscité M. Obama.
Il consolide même la tendance en obtenant près de 91 % de leurs suffrages.
Une vive polémique
« Barack est un candidat transracial, affirme Susan Glisson, directrice du département chargé des questions racia-les à l?université du Mississippi. Il capte indéniablement le vote noir tout en créant avec sa puissance d?attraction des brèches chez les électeurs démocrates blancs et même conservateurs. » D?après de nombreux experts, ce « vote noir » semble avoir irrésistiblement basculé en faveur du candidat Obama à la suite des propos de l?ancien président Bill Clinton tenus peu après les primaires de la Caroline du Sud. M. Clinton avait insinué que la victoire du sénateur de l?Illinois était due à la couleur de sa peau.
Des propos qui avaient déclenché une vive polémique. Celle-ci vient de rebondir avec Geraldine Ferraro, une proche de Mme Clinton, qui a affirmé mardi, jour de vote, que « si Obama était un homme blanc, il ne serait pas là où il est maintenant ».
La question est de savoir si Barack Obama est en mesure d?amplifier sur son nom le vote blanc lors des élections générales de novembre en cas d?investiture par le parti démocrate. Pour le seul Mississippi, il suffirait de 31,5 % de l?électorat blanc pour que l?État bascule dans le camp démocrate, selon des études du corps électoral. En 2004, près de 85 % de ces électeurs blancs avaient porté leurs suffrages au président sortant, George W. Bush.
Des gages au changement
« Une victoire paraît donc possible même si elle s?annonce difficile, souligne Donna Ladd, responsable du Jackson Free Press, hebdomadaire indépendant soutenant la candidature d?Obama. Avec lui, le potentiel est là. Les lignes politiques sont en train de se modifier dans cet État qui vote républicain depuis le milieu des années 1970. » Un maire noir élu à Hattiesburg, ville majoritairement blanche du sud ; un ex-membre du Ku Klux Klan incarcéré cet été ; un musée des droits civiques en projet : le Mississippi semble donner des gages au changement.
« Autrefois, dans les années 1960 et 1970, je n?aurais jamais eu l?idée de venir ici pour faire une campagne électorale, admet Rose, 65 ans, venue d?Atlanta et supportrice de Barack Obama. À l?époque, le Mississippi faisait peur. »
Lors d?un déplacement, mardi matin, à Greenville, petite ville située dans le Delta du Mississippi, la partie la plus pauvre de l?État, Barack Obama a décla-ré n?avoir « pas eu assez d?opportunités pour venir dans cette région aussi souvent que nous l?aurions souhaité ».
Et cette mise en garde, comme si elle lui était destinée : « Un des défis, je pense, du prochain président sera de s?assurer que nous aidions toutes les communautés et non pas une seule. »
@ 2 008 Le Monde ? Nicolas BOURCIER ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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