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Avec le temps, tout s?en va?

28 juin 2004, 20:00

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A Circonstance, Saint-Pierre, même les enfants savent où habite Ton Celo. C?est le gentil vieil homme qui répare tout ce qu?on lui apporte : accessoires de véhicules, machines à coudre, clochettes, meubles, cocottes-minute, bouilloires, ustensiles de cuisine? Il a exercé différents métiers : il a été tour à tour mécanicien, soudeur, ébéniste, charpentier, ferblantier et tailleur de pierre.

Ton Celo, de son vrai nom Marcel Elysée François, vit seul depuis la mort de son épouse, Maude, il y a onze mois. Il souffre terriblement de la solitude, surtout le soir quand il n?y a personne avec qui faire la conversation. ?Depuis qu?elle est partie, j?ai perdu le goût de vivre. Nous avons partagé 53 ans de vie commune. Aujourd?hui, je n?attends plus que la mort pour aller la rejoindre?, confie-t-il, en laissant échapper une larme.

Tôt le matin, dans le petit atelier construit en dur, devant sa maison, il est déjà au travail. Il arrive à retrouver ses repères au milieu d?une montagne de vieille ferraille. Ici, il y a une machine à coudre à réparer à côté d?un réchaud de camping (Primus) et d?une bouilloire. Là, il y a un radiateur, au milieu d?un tas de pièces de rechange pour les voitures.

De temps à autre, des gens de la région viennent le voir, telle cette vieille dame qui lui remet une clochette en cuivre à réparer ou ce jeune homme qui vient lui emprunter une pelle. ?J?aime bien quand les gens viennent me voir.?

La nature a doué Ton Celo d?une mémoire d?éléphant. Il se souvient de différentes dates, des menus détails qui ont marqué sa vie et les noms de nombreuses personnes avec lesquelles il a travaillé. Un sujet idéal de biographie.

Rencontre avec sa future épouse

A 14 ans, Marcel découvre le monde du travail. Il apprend, comme son père, le métier de mécanicien, à l?usine sucrière de Mon-Désert-Alma. ?C?est le chef mécanicien Williers Davy qui m?a formé. A l?époque, je gagnais 90 sous par semaine.?

La mort de son père, trois ans après, change le cours de son destin. Marcel et une de ses quatre s?urs, qu?il appelle affectueusement Mamy, doivent quitter la maison familiale à L?Agrément pour aller vivre chez leur marraine.

Le jeune Marcel doit abandonner son métier de mécanicien. Il apprend ensuite l?ébénisterie de son oncle Robert Augustin. ?Je fabrique toutes sortes de meubles : tables, chaises, lits, armoires.?

  1. Après le passage d?un cyclone dévastateur, on lui conseille de se convertir en charpentier. ?Il y avait beaucoup de maisons en bois à réparer ou à construire. Je suis allé alors travailler avec le ?contracteur? Maurice Sirdor. Nous avons réparé la maison de Mme Louis Leclézio, à Bocage? La toiture était en bardeaux? Ensuite, j?ai travaillé au campement des Leclézio à Trou-D?eau-Douce.?

Marcel cite les noms de plusieurs amis qui ont travaillé à ses côtés à différentes dates. Il se souvient aussi, comme si c?était hier, de sa rencontre avec sa future épouse, Maude, en 1946. ? Je l?ai vue pour la première fois alors que je me trouvais chez mon oncle, Charles Ramalinga, à l?Avenir. J?étais malade et mon oncle m?a demandé de rester chez lui. Elle a été l?amour de ma vie.?

En 1947, le gouvernement d?alors recrute un grand nombre d?ébénistes et de charpentiers pour la construction et la réparation des bâtiments publics. Etant donné sa grande expérience, Marcel est embauché sur le champ par le ministère des Travaux.

Son nouvel emploi est très dur. Il doit se lever tous les jours à cinq heures du matin pour se rendre, à bicyclette, sur son lieu de travail. Les nombreux transferts dans des régions les plus éloignées n?arrangent pas pour autant les choses. Il rentre souvent chez lui épuisé, après deux heures de bicyclette.

Marcel doit travailler sur des chantiers de construction ou de réparation se trouvant à Phoenix, Forest-Side, Pailles, Dubreuil, Moka, Quartier-Militaire, Mapou, Flacq, Rose-Hill, Beau-Bassin et au château du Réduit. Il se souvient avoir acheté une bicyclette neuve après son transfert à Mapou. De l?Avenir, où il habite, il passe par La Nicolière, Mount et Piton avant d?arriver à Mapou. ?J?ai fait ce trajet de plus de deux heures pendant quatre mois avant mon transfert à Flacq.Quand je travaillais à Flacq, je devais me rendre à cinq heures du matin à Saint-Pierre pour avoir un ? lift? avec le camion d?Union-Flacq. Je donnais 20 sous au chauffeur.?

Le 16 janvier 1950, c?est le plus beau jour de sa vie. Marcel scelle son amour pour Maude par les liens du mariage. Ils auront six enfants, quatre garçons et deux filles. Mais quelques années plus tard, le malheur frappe à la porte du couple. Le cadet de leurs enfants, Jacques Désiré Laval, meurt à l?âge de cinq ans des suites d?une maladie. ?Cela a été un grand choc. Je ne m?en suis jamais remis. Aujourd?hui, j?y pense encore?. En février 1977, Marcel prend sa retraite comme charpentier du ministère des Travaux, après trente années de service. ?J?avais tout juste 52 ans et on m?avait demandé de continuer. Mais j?ai refusé parce que je n?en pouvais plus. Le métier était trop dur.?.

Avec sa lump sum de Rs 45 000, il fera construire une nouvelle maison à Circonstance et achètera une Minor, immatriculée 9872, à Rs 4 500, de Herbert Desveaux, à Pailles. ?Je suis le troisième propriétaire du véhicule. Le premier se trouvait à Vacoas.?

Aujourd?hui encore, il garde précieusement cette voiture couleur ivoire, qui est toujours en bon état de marche. ?Ma voiture a 58 ans. Dans deux ans, elle pourra prendre sa retraite. Un collectionneur a proposé de me l?acheter, mais j?ai refusé?, dit-il avec un brin d?humour. La retraite ne met pas fin à ses activités. Marcel fait construire un atelier devant sa maison. Il se lance d?abord dans la fabrication de meubles, puis de cercueils, avec l?aide de Serge Moura. Quatre ans plus tard, il décide d?abandonner l?ébénisterie.

Marcel se recycle alors en mécanicien-soudeur. Il commence d?abord avec les radiateurs, mais très vite sa nature de bricoleur le pousse à faire également autre chose, dont le métier de ferblantier Il fabrique toutes sortes d?objets utiles en fer-blanc. ?Après avoir vu travailler Gérard, un tailleur de pierre, j?ai moi aussi essayé de faire comme lui?, affirme-t-il en montrant un oiseau et une boule en pierre qu?il a taillés.

Un grand chasseur

Aujourd?hui, le septuagénaire voue un grand amour aux oiseaux. Il a fabriqué une auge en fer-blanc dans laquelle il déverse chaque jour du riz pour ces volatiles. ?Tou les mois, mo donn zot mange environ enn bal diriz. Serins, cardinals, bengalis, moineaux vinn manze. Quand mo ti piti, mo ti kontan maille zoizeaux. Enn jour enn grand dimoun finne trouve moi mette enn serin dan lacaz, li finn dire moi si mo tia kontan enn jour ki ferm moi dans enn lacaz. Depi sa mo finn arret met zoizeau dans lacaz.?

Marcel aime la chasse et détient un permis de port d?arme en bonne et due forme. Il possède un fusil de calibre 16 qu?il a acheté d?Alfonse Ravaton, dit Ti-Frer, en 1977, pour la somme de Rs 1 500. ?J?ai fabriqué une nouvelle crosse en bois pour le fusil. Pour rien au monde, je ne me séparerai de cette arme.?

Malgré son âgeMarcel se sent encore assez fort pour participer à des parties de chasse de lièvres dans les champs avec des planteurs de la région. ?Pour le moment, je n?ai pas de chiens. Dès que je les aurais, je pourrais aller chasser.?

Marcel garde de bons souvenirs de la chasse. Il a fait empailler la tête du premier cerf qu?il a abattu et différents types de volatiles, dont une perdrix, une chauve-souris, une poule d?eau, un corbeau, une bécasse et un pigeon ramier.

L?horticulture est une autre passion. Dans sa cour, il cultive des légumes, des fruits et des fleurs. En nous faisant visiter sa maison, Marcel confie qu?il se sent très seul en voyant des chambres vides. ?Deux de mes enfants sont en France alors que les trois autres sont à Maurice. J?aurais aimé qu?un de mes enfants vienne vivre ici?. Le vieil homme ne sort plus. Il n?a plus aucun contact avec l?association du troisième âge qui organise souvent des sorties. ?Avant, j?emmenais Maude avec moi pour des virées dans ma voiture. Aujourd?hui, je n?ai plus envie de sortir.?

Comme dit la chanson : ?Avec le temps, tout s?en va??

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