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Aux rayons X

20 décembre 2007, 00:00

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Il sort d?une répétition avec Menwar et Eric Triton. Sans traces d?effort. Comme tombé du lit. Rêveur éveillé. Les cheveux ébouriffés par de longues mains fines qui y passent souvent. Les pieds qui viennent à notre rencontre sont nus. Marchant au feeling.

Christophe Rey au naturel. Un chanteur qui avance. Il le mesure au fait d?avoir sorti un album pratiquement tous les ans depuis qu?il est rentré de ses études en Afrique du Sud en 2003.

Il y a deux ans, Eric Triton l?avait invité à faire sa première partie. A l?époque, Christophe Rey en était à se emander : «Pourquoi moi ?» Signe des temps. C?est maintenant lui qui invite ces deux noms installés à venir le rejoindre sur scène pour reprendre une de ses chansons. Lui, l?abonné aux angoisses a presque fini d?écouter Menwar et son «aret kass latet».

Pour monter à nouveau sur scène. Le concert est prévu pour demain soir à la Ferme Mon Choisy. Histoire de présenter le double album qui vient de sortir : No problem.

Drôle d?endroit pour un concert. Car totalement inconnu. «C?est Henri qui a voulu.» C?est clair, lui, aurait préféré un pub tranquille. Au lieu d?une scène couverte sous un multipliant centenaire. Mais voilà, s?il a toujours des doutes, il s?est laissé convaincre par Henri Koenig, ingénieur du son, ami, moteur, conscience. Eminence pas grise du tout.

«Rencontrer Christophe Rey dans son salon vacoassien, c?est avoir en prime Henri qui prend place en expliquant candidement qu?il n?est là que comme spectateur. Et laisser parler Christophe Rey c?est avoir Henri Koenig qui répond le premier.»

Rencontrer Christophe Rey dans son salon vacoassien, c?est avoir en prime Henri qui prend place en expliquant, candidement, qu?il n?est là «que» comme spectateur. Et laisser parler Christophe Rey c?est avoir Henri Koenig qui répond le premier.

Ils se connaissent depuis qu?ils sont «comme ça» une main pratiquement au ras du sol. «Christophe était un ami de mon père avant.»

«Un avant qui leur a laissé cette façon de se parler en anglais.» C?est la première langue que j?ai apprise», explique Christophe Rey qui est né, puis a passé la majeure partie de son enfance en Afrique du Sud.

Des heures de route ensemble, qui permettent à Henri de décrire Christophe Rey comme «capricieux parfois», «bordélique parfois», «talentueux», «chiant c?est sûr». Avant de lancer dans un éclat de rire : «La même chose s?applique à moi.»

Et voilà deux parcours croisés pour le prix d?un. Des souvenirs du temps où l?un fut le sujet de devoir de l?autre. Un itinéraire à deux voies où Henri serait la forte tête, et Chris­tophe le fort en choeurs. Dire que c?est une fleur bleue serait comme ne s?attarder qu?aux yeux verts qui éclairent le visage régulier et un peu marqué. Dire que c?est un anxieux serait ne s?arrêter qu?aux malaises qui accompagnent la création.

Certes, Christophe Rey lui-même le dit qu?il est «très angoissé, un peu dépressif». Il ne cache rien de son mal-être, de comment il a été «malheureux comme une pierre» à cause d?une «espèce d?inquiétude», d?abord au collège St.Joseph, qu?il quitta avant son Higher School Certificate. Puis pendant sa première année à l?école des Beaux-Arts de l?université de Cape Town. Inadaptation répétée l?année suivante au South Africa College of Music, où il a été admis sans savoir lire la musique. Et où il a tenu quatre ans, avant de rentrer sans diplôme en 2003.

Et s?il donne l?impression d?être dirigé, justement, ce n?est qu?une impression. Lui, vit dans un monde où la mu­sique d?aujourd?hui «ne le prend pas». Pour que cela le branche, «faut que cela sonne comme si cela avait été enregistré dans les années 60». C?est-à-dire avec de «vrais» musiciens. Sans programmation, sans effets électroniques. «Il ne faut pas que cela soit trop poli, trop produit, trop propre.» Des goûts qui en deux ans ont «évolués» de John Coltrane à Modern Times, le dernier Bob Dylan qu?il a trouvé «génial» .

Alors, avec Henri, cela fait un an qu?ils travaillent. Pour passer des ambiances jazzy du premier album vers le velours pop rock du présent opus. Avec les engueulades que cela implique. «On s?épuise souvent en discussions.» On les croit sur parole quand on voit les deux fois, 11 titres du double album et le résultat d?un , «On arrivait plus à s?entendre sur le choix des morceaux.» Fruit aussi d?une pulsion «maladive» de Christophe Rey, une sacro-sainte horreur de retourner en arrière, d?en garder un peu pour plus tard. «Dans six mois, je n?aurai plus envie d?écouter ce que je fais maintenant.»

Orgueilleux un double album ? Surtout pour un artiste qui est à son deuxième album (sans compter les deux petit albums de Noël et la participation sur la compilation French Kiss). Un chanteur qui reconnaît ne pas faire partie du mainstream. La parade pour s?en sortir est déjà toute trouvée. L?ami Henri y a pensé. Tout de suite après le concert ( lundi pour être plus exact), il va passer un mois à Londres pour tenter de décrocher un contrat de licensing auprès d?une maison de disques.

Les jambes repliées dans son fauteuil en rotin, Christophe Rey hoche la tête. Compte mentalement ses bons points : comment il est sorti de ses années galère en ayant appris à composer. Et maintenant qu?il a imbibé de quoi «pouvoir comprendre le langage», son plan de carrière c?est : continuer. Et qui sait, apprendre à jouer d?un instrument rythmique, type batterie. Ne souriez pas en regardant l?épaisseur des bras. Christophe Rey, c?est avant tout de la volonté.

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