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Au royaume de l?eau
par Aline GROËME
Des plaines d?eau. Loin du vrombissement des réacteurs. Loin des révolutions des moteurs, la source rugit, glisse, coule et apaise. À perte de vue, de l?eau.
Verte comme le feuillage qui l?entoure, l?enserre et lui dicte ses limites. Transparente comme la brume et la pluie qui à tout moment menace de tomber.
Blanche comme l?écume née de la vitesse. Fraîche. Rafraîchissante en cette matinée d?été où chaque pas fait venir une eau salée sur le front, dans le cou et sous les aisselles.
A Le Val Nature Park, impossible de se tromper, nous sommes bien au royaume de l?eau. Elle est partout. Occupant plus de place que les sentiers, que les plaines elles-mêmes. Elle est là dans chaque pli de l?herbe à l?exubérance de la chlorophylle. Elle est dans la rainure des feuilles de cocotiers. Elle est dans le goémon qui squatte les troncs d?arbres. éponge verte au départ qui à force de bronzer au soleil est devenue jaune. On dirait presque que tous les arbres à l?entrée de Le Val ont été roulés dans du safran.
Autant d?eau ne peut que relaxer. On se sent devenir liquide. Les muscles se relâchent. On prend le temps de respirer, de s?arrêter. De regarder pour de vrai la cuvette montagneuse où nous sommes abrités.
Première étape de la visite, guidée par Dayanand Callachand : le bassin de carpes. Allongeant le pas, il nous abandonne quelques instants pour revenir avec une baguette de pain. D?un geste souple du poignet, il en casse la moitié, qu?il émiette avec soin avec de balancer la poignée de farine cuite dans l?eau. Effet garanti.
Deux anguilles de cinq pieds
Bouillonnement immédiat de la surface tout à l?heure encore toute lisse. Des dos orange et noirs se disputent ce pain pour le plaisir de nos sens. Le petit manège recommencera deux fois.
Voisines de ces frétillants poissons, deux anguilles de cinq pieds au moins. Sans crainte, Dayanand plonge ses pieds nus dans le bassin où ces deux ténébreuses créatures sont tapies au milieu des water lilies.
Avec son filet, il tentera de sortir cette impressionnante musculature hors de l?eau. Peine perdue. L?expression : «glissant comme une anguille» se vérifiera à chaque fois.
Notre guide nous initiera tour à tour aux joies de la cressonnière, de la serre d?anthuriums rouges et blancs. Avant de nous présenter aux quatre singes emprisonnés derrière des grillages. Comme nous préférons contempler l?eau, nous nous excuserons rapidement.
Transformation profonde
«Plus qu?une rénovation, c?est une transformation que nous envisageons», affirme Bissoon Mungroo, managing director de Le Val Nature Park. Jugez plutôt. Les travaux en deux phases devraient inclure ? si les négociations aboutissent ? un téléphérique qui irait «jusqu?à la montagne Laselle».
Le parc doit fermer ses portes d?ici la fin du mois de mars pour des travaux d?embellissement qui devraient durer jusqu?à la fin de l?année. «L?objectif est de terminer la première phase des travaux d?ici là. Nous allons faire des investissements de l?ordre de Rs 800 millions à Rs 1 milliard, ce qui va générer 450 à 500 emplois.» La main-d??uvre actuelle du parc tourne autour de 100, en majorité des laboureurs et des artisans.
L?esprit de la transformation est de faire de Le Val Nature Park un «duty-free point», où l?on trouvera tout, «de l?or aux chemises» affirme Bissoon Mungroo. «Comme nous ne sommes pas très loin de l?aéroport, le passager en transit qui, par exemple, a trois heures à tuer, peut venir manger et faire du shopping.»
Il pourra également faire le tour du musée d?histoire « des années 1900 à nos jours» qui ouvrira ses portes après la transformation. « Nous travaillons en collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture et des forces vives pour cela», affirme Bissoon Mungroo. Il explique que Le Val sera aussi doté d?un espace shopping, avec magasin de souvenirs et d?artisanat, dont des maquettes de bateaux et des produits textiles «pour montrer aux touristes qu?il n?y a pas que des chemises à Rs 1 000».
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