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Au nom de tous les miens

9 mai 2005, 00:00

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par Aline Groëme

?What?s in a name?? Shakespeare lui, avait déjà tout compris. Visiblement, il a encore quelques leçons à nous donner. Certes, dans l?affaire des Bhojpuri Boys, les autorités policières mènent l?enquête. Les artistes se révoltent et réclament de grandes man?uvres tout de suite.

Au-delà de ce fait qui, espérons-le, ne sera pas ?simplement divers?, restent des constatations dérangeantes. Une implacable loi des faits. Plus qu?un nom, l?usurpation, si elle est avérée, s?apparente à du piratage. En d?autres mots, c?est vendre ce qui ne nous appartient pas.

Un exemple surgit du passé pour nous rappeler l?implacable réalité du terrain. En décembre dernier, le ségatier, Jean Alain Résidu, se faisait agresser au cutter pour avoir oser s?élever contre des revendeurs des rues. Plusieurs points de suture plus tard, la blessure elle, n?est toujours pas cicatrisée. En son temps, Jean Claude Gaspard ? après avoir ?reve (li) lor souval? ? avait été désarçonné au Champ-de-Mars en cherchant lui aussi à empêcher des vendeurs de CD piratés de ?gagn la vi lor so nom.? Défendre sa propriété serait-ce donc mettre sa vie en péril ?

La situation est urgente. Les artistes ne se lassent jamais de le rappeler. Et quand la fatigue de la répétition finit tout de même par les gagner, ils vont jusqu?à envisager de stopper net les machines. Souvenez-vous. Il y a environ deux ans de cela. Las d?orchestrer des marches pacifiques jusqu?à l?hôtel du gouvernement, las de vendre eux-mêmes leurs CD originaux au jardin de la Compagnie, une consigne prenait forme parmi ces créateurs révoltés.

L?idée ?géniale? : ne plus faire d?album pendant deux ans. Laisser les pirates ? et leur réseau mafieux ? crever la bouche ouverte, faute d?avoir de la nouveauté à se mettre sous la dent.

Et puis un. Deux. Dix. Les albums fleurirent tout de même, malgré l?élan de solidarité animant pour une fois ce monde réputé divisé. Une réputation méritée, à force de s?organiser en cliques. De donner l?impression au public que ce sont toujours les mêmes qui passent sur certains podiums en dépit du bon sens qui veut que l?on fasse appel aux plus populaires. Savoir si les plus populaires sont toujours les mêmes, est un autre débat.

S?il appartient au public d?assumer ses goûts, force est d?admettre sa relative complaisance face au piratage. Sur un plan strictement financier, comment lui reprocher de trouver son compte à Rs 100 voire Rs 50 ? Pourtant, les slogans de campagne anti-piratage ne manquent pas. ?Pa trike, aste orizinal.? Direct mais ?sans impact réel.

En cinq minutes, on brade à tout va des ?uvres qui ont parfois mis toute une vie à voir le jour. Le bouillonnant Gérard Louis l?a dit : ?On est en train de nous voler avec la complicité du public !? Les techniques de vente semblent d?ailleurs bien connues de nombre de nos concitoyens. Quel est ce voyageur transitant par la gare Victoria à Port-Louis, et se dirigeant vers la rue John Kennedy, qui n?a pas entendu au moins une fois : ?CD séga, CD séga? ? Ce voyageur pressé vous dira peut-être alors qu?il n?a pas eu le temps de se retourner, que la voix appartenant à un petit jeune homme sans visage fondait déjà dans la foule des heures de pointe.

En attendant, le ?Strategic Plan? promit par Leela Devi Dookun- Luchoomun en décembre, est encore au stade d?ébauche. La période électorale, celle qui fait appel aux artistes pour rallier les foules, est à nos portes. Servira-t-elle à une véritable réflexion sur cette gangrène de la création ?

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