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Au jeu des différences
Il a suffi d?un atelier, celui du Media Watch, pour qu?on s?en rende compte. Il a suffi qu?opposition et gouvernement soient coude à coude pour que l?on voie la différence. L?un a de l?assurance ; l?autre est agité, a le regard fuyant, quand il n?est pas absent. Bien sûr, beaucoup plus sollicitée, fatiguée, pressée par le mandat à boucler, l?équipe qui gouverne est moins attentive à soigner son image. À l?approche des hostilités, elle est moins avenante face à l?électorat. Mais l?électeur a beau faire la part des choses, voir au-delà des apparences, il reste sensible aux différences.
La première aura été l?effort de présence de l?opposition, présence perçue forcément comme le signe certain de l?intérêt porté à la question de sous-représentation des femmes en politique, ainsi que son évidente préparation. Une certaine fatalité dans les propos certes est de fort mauvais augure quand on sait que le problème relève essentiellement de la volonté des leaders de parti. Celui du PMXD semble prôner la résignation quand il évoque, dans sa longue liste des obstacles, une habitude locale de vote à laquelle les chefs de parti se soumettent ou quand il choisit de citer l?exemple du plus mauvais élève, les États-Unis, qui dépassent à peine les 15 % de femmes politiques, pour inciter à la patience. Au-delà de cette mauvaise foi, l?opposition aura eu à son avantage sourire et humour.
Dans l?autre camp : des absences, celles des deux leaders, qui auraient été tout à fait excusables s?ils s?étaient fait convenablement excuser et si les présents, leurs délégués, n?étaient pas aussi maladroits. Quand le ministre de la Femme gardant constamment le regard baissé, entame son discours en accusant la presse d?être coupable d?aider l?élection de certains candidats, c?est une grave maladresse. En plus d?être diffamatoire, cet argument n?a rien à voir avec le débat. Quand Nando Bodha fait de la discrimination sans le savoir en s?interrogeant sur la capacité de la femme à être « commited » en raison des fonctions multiples qu?elle est amenée à jouer, c?en est une autre. S?il était chef d?entreprise, le ministre aurait été passible d?un procès en vertu d?une loi votée par ce gouvernement qui interdit toute distinction sur la base du sexe.
Leur gaucherie n?aurait pas dérangé s?il n?y avait eu encore du « kafouyaz ». Voilà une ministre qui annonce qu?en l?absence de son leader, elle va lire? sa propre allocution, faisant ainsi ressortir que le Premier ministre n?a aucun message particulier pour cette audience sur la question. La ministre aggrave encore son image en y ajoutant de l?arrogance. Ces grandes dames du gouvernement, qui décident de priver le débat de leur présence sur une plaisanterie du leader de l?opposition, montrent un sens très limité des priorités. Elles insultent d?ailleurs l?intelligence de cette audience en estimant que celle-ci peut être influencée dans son jugement politique par cet appel à voter Parti travailliste. Mme Navarre-Marie se compromet un peu plus encore quand elle accuse le leader de l?opposition d?avoir bloqué la réforme électorale en s?y opposant, alors même que celui-ci dit la réclamer.
Il n?y a pas mille lectures de ces images contrastées qu?offrent les deux blocs. Bien installée dans sa logique de campagne, l?opposition travaille sa communication et y parvient. Et comment ne pas voir dans son assurance une certaine confiance que le vent pourrait bien lui être favorable ? L?irritabilité des membres du gouvernement, en revanche, serait-elle un aveu de fragilité ? Pas encore gagnés par cette logique, ils ne tentent en tout cas rien pour combler la distance qui s?est creusée petit à petit entre lui et la population.
Il reste froid. Il a tort. Car nous sommes dans une phase transitoire où le peuple hésite. Les signes que les uns et les autres envoient risquent d?être beaucoup plus déterminants que les manifestes électoraux à venir à convaincre les indécis que l?on sait majoritaires.
Or, le gouvernement ne s?amende pas, lui qui vient de se faire amocher par la débandade au MSM et la gaffe du Premier ministre.
L?autre lecture est que les représentants du gouvernement auront été sur la défensive à ce débat craignant de se retrouver, comme devant un tribunal, à devoir rendre des comptes sur le principal échec du mandat : la non-réforme électorale. Les membres du gouvernement auraient eu raison de craindre des propos fulminants sur ce dossier, lors d?un tel forum.
Car il est scandaleux qu?au bout d?un parcours où nous avons eu les meilleurs conseils qui soient, les partenaires du gouvernement n?arrivent pas à s?entendre pour faire prévaloir les intérêts du pays ; elles sont déprimantes ces rumeurs, pourtant démenties hier par le Premier ministre, qu?une autre proposition serait discutée. Mais les récriminations furent timides.
Le « party list system », moyen d?excellence pour rétablir l?équilibre des genres au Parlement, n?a pas mobilisé les femmes. Elles auraient pu constituer un lobby suffisamment fort pour cette réforme. Mais où sont-elles ? Depuis trois ans que ce débat dure, s?il y en avait de suffisamment intéressées par la politique pour comprendre que c?était là la chance d?en faire, elles se seraient fait entendre. Celles qui se déclarent sont souvent des féministes qui ne voient pas plus loin que les symboles et qui n?ont pas compris l?enjeu des changements du système. Mais les nouveaux talents, jeunes avocats ou professionnels capables d?administrer le pays ? L?occasion ratée de cette réforme, les femmes devraient peut-être aussi en porter une part de responsabilité.
Dans cette guerre des images qui démarre, les femmes seront un enjeu. Mais pas de la manière qu?on aurait souhaité. Les blocs risquent de se disputer le rôle de celui qui en aura présenté le plus. On sera alors loin de l?objectif de rééquilibrer la composition de la Chambre par respect pour la « dignité » des femmes. Juste avant d?inviter l?assistance à « voter PTr », le leader de l?opposition dressait ses comptes. C?était là l?indécence.
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