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Au-delà du quota

10 mars 2004, 20:00

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Nous allons un peu vite en besogne. On ne peut pas discuter de l?efficacité d?un quota pour les femmes en politique en faisant l?impasse sur les obstacles qui les en tiennent éloignées. Il faut sans doute, en premier lieu, cerner ces écueils. L?exercice permettrait de comprendre que les ?anti-quota? ne laissent pas parler uniquement leur orgueil blessé ou leur idée d?une justice sans discrimination sur le sexe. Derrière leur résistance ? qu?il convient dans un deuxième temps d?abattre ? se cache un sentiment tout à fait fondé : qu?il ne suffit pas d?une loi pour amener l?égalité hommes-femmes en politique. Qu?il faut autre chose qui aille avec.

On peut résumer de la manière suivante les raisons qui gardent les femmes loin de la politique. Dans leur grande majorité, elles ne sont pas élevées avec la perspective, délibérée ou pas, qu?elles peuvent participer à l?administration de la vie de leurs concitoyens, mais avec celle d?être épouse et mère, subordonnées. Deuxièmement, l?univers partisan du politique est marqué par une agressivité qui répugne à bien des femmes. Troisièmement, les femmes doivent gérer les contraintes familiales qui en général ne font pas obstacle aux hommes. L?organisation de la vie politique, fortement ?masculine? avec ses meetings nocturnes et ses réunions, exige une présence que les femmes contraintes à combiner deux métiers en une journée, ont du mal à tenir.

Ce sont là autant de raisons qui n?ont qu?un fil conducteur : une certaine mentalité féodale, sous bien des aspects, persiste. Cela étant, essayons de comprendre comment un système de quota cohabiterait avec un tel état d?esprit et quel serait son succès. Imaginons ce qui se passerait si un tel quota était imposé sans qu?un changement ne s?opère parallèlement dans la mentalité.

Lorsque Sheila Bappoo prenait la parole, dit-elle, ses collègues députés allaient prendre le thé. Si une militante entrée par la grande porte de la politique fait ainsi l?objet de dédain, à quoi peut donc s?attendre une femme entrée ?par la petite porte? ? Ne trouvera-t-on pas toujours, dans l?opinion publique et au sein même des partis, des gens pour penser que ces femmes sont en politique davantage en raison de leur sexe qu?en raison de leurs compétences. Et les abaisser ?

On peut encore craindre que les partis, pour se donner bonne conscience, respectent la loi mais pas l?esprit de la loi. Si elle leur fait obligation de présenter des candidates, elle ne les force pas de les mettre aux instances de décision. En France, où a été votée en 2000 une loi sur la parité, les ?femmes quotas? ont été placées dans des circonscriptions perdues d?avance ou après les hommes sur les listes, quand les élues ne se sont pas vu refuser les postes clés. Nos dirigeants politiques qui n?ont jamais donné aux rares femmes de leur parti que le ministère de la Femme, comment peuvent-ils garantir aujourd?hui qu?ils sont sincèrement convaincus que la femme a une contribution à apporter ?

Les risques existent que le quota ne permette pas véritablement une meilleure représentation de la femme au Parlement, qualitativement et quantitativement, dans la mesure où l?on ne se sera pas attaqué au mal à la racine, la perception même de son rôle social. Mais s?il peut ne pas faire le bien que l?on souhaite, le quota ne peut pas faire de tort, au stade dramatique où nous sommes. Nécessité en ce qu?il s?agit de mettre à profit toutes les compétences, c?est un moindre mal, une potion que l?on devra avaler même si elle ne promet pas de guérir. Connaissant les risques de dérive, on peut en somme tenter de les prévenir.

L?exemple de l?Inde peut nous inspirer. Elle réserve depuis 1992, 33 % des sièges des ?village councils? aux femmes. Du fait qu?on y traite de problèmes proches de la vie des femmes ? santé, éducation, agriculture ? et qu?elles n?ont pas la pression de la vie politique à proprement parler, elles sont aujourd?hui près d?un million à en avoir fait partie. Elles ont fait leurs armes et réclament maintenant une formation politique pour pouvoir prétendre aller plus loin, au Parlement. Le nouvel intérêt que représente l?administration régionale autonome est une belle occasion pour la Mauricienne d?apprivoiser l?arène politique qui mérite si bien son nom.

Il faut enfin garder espoir que c?est par le quota que viendra le changement souhaité dans la perception du rôle social de la femme. Les adolescentes auraient des modèles. Tout comme cela a pris des années pour que l?on reconnaisse la valeur et le caractère indispensable de la femme dans le monde du travail, il faut croire qu?il en sera de même pour la politicienne. Elle peut changer les règles. ?With one third women around, I am sure Parliament will be more civilized, more orderly, more decent and more honest,? s?exclamait un ancien ministre indien de la Justice Ram Jethmalani. Le Parlement et même, qui sait, la société.

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