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Attraction fatale un coup de théâtre bien agencé
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Attraction fatale un coup de théâtre bien agencé
?...Un baiser (?) c?est un point rose que l?on met sur l??i? du verbe aimer?. Cette citation d?Edmond Rostand aurait pu expliquer le titre original de ce thriller romantique : Dot The ?i?. La phrase en anglais pourrait, avec un minimum d?application, à la fois comporter un ?i? et être intéressante. Comme il s?agit d?une production anglo-espagnole avec un réalisateur anglais, on pourra aussi se demander à titre de curiosité, quel a été le titre choisi pour ce film dans sa version espagnole et si les dialogues y font allusion à un quelconque moment. Toujours est-il que les distributeurs français lui ont choisi un titre des plus ineptes : Attraction Fatale, évoquant ces histoires maintes fois ressassées de triangles amoureux, histoires fadasses copieusement arrosées de ketchup hollywoodien et destinées à un public encore immature. Ce qui n?est pas du tout le cas de ce film de Matthew Parkhill, qui signe son premier long métrage et qui, de plus, serait poète de par sa vocation.
Pourtant, dans sa première partie, Attraction Fatale ressemble à s?y méprendre à une énième histoire de triangle amoureux. Il y a deux jeunes gens presque mariés. Barnaby (James D?Arcy), anglais riche et oisif, vivant de ses rentes. Autrement, c?est un jeune homme sans histoire, en dehors du fait qu?il aimerait faire un film. On ne pourrait dire la même chose de Carmen (Natalia Verbeke), sa compagne. C?est une jeune danseuse de flamenco originaire de Madrid avec, derrière elle, une terrible histoire d?amour qui lui a laissé de profondes cicatrices dans son âme comme dans sa chair.
Lorsque Barnaby demande à Carmen de l?épouser, celle-ci accepte, beaucoup plus pour la sécurité émotionnelle qu?il lui offre que par amour véritable. Seulement, le soir où elle enterre sa vie de jeune fille, Carmen doit embrasser un garçon ? n?importe lequel ? dans le restaurant où elle fait la fête avec ses amies. Son choix se porte sur Kit (Gael Garcia Bernal), un jeune brésilien qui a toujours une caméra vidéo avec lui, et naturellement, c?est le coup de foudre mutuel.
Évidemment, ils se revoient après, bien que la jeune fille ait des réticences et que le lien amoureux qui les unit dès le tout premier moment s?affirme et se renforce à chacune de leurs rencontres, même s?ils ne couchent pas tout de suite ensemble. Cette histoire aurait pu donner un drame romantique léger (tout comme une comédie romantique peut être légère) plus qu?honorable. Mari-femme-amant; la ville de Londres; une poursuite amoureuse; des moments de comédie ; un mariage à empêcher à tout prix, comme dans Le Lauréat, etc. ; tout cela est crédible, dans l?ensemble. Matthew Parkhill, auteur du scénario, a su bien poser ses personnages et raconter son histoire.
<B>Doublage exécrable</B>
Carmen est une jeune femme blessée venue se réfugier dans la capitale britannique pour échapper à un drame. On sait vaguement de quoi il s?agit, le film ne s?égare pas à nous l?expliquer, puisque ce drame n?aura aucune incidence sur le récit. Il donne cependant au personnage de Carmen une aura tragique qui (en plus de la beauté et de la grâce de Natalia Verbeke) non seulement augmente son capital sympathie auprès du spectateur, mais vient aussi justifier la présence de Barnaby. Ce dernier est surtout pour elle une présence sécurisante et un moyen de tirer un trait sur son passé.
Le film nous montre un vrai personnage de brave type, pas stupide ni moche non plus, mais un personnage sans aucun charme, cependant. Ce qui rend crédible cet interminable baiser entre Carmen et Kit, lors de leur toute première rencontre. Il n?y a pas grand-chose à dire à propos du personnage de Kit, sinon qu?il a énormément de charme, comme un jeune labrador, et qu?on est heureux que la jeune fille l?ait choisi plutôt qu?un autre.
Matthew Parkhill a su bien choisir ses acteurs : Gael Garcia Bernal, révélé dans deux films mexicains, Les Amours Chiennes et Y Tu Mama Tambien (diffusés sur C+) sera probablement le prochain Tom Cruise. Contrairement aux deux autres, son personnage dans ce film n?a pas de passé ou de présent tragique ou sombre, il se justifie rien que par la magie de l?acteur sur l?écran.
Natalia Verbeke et James D?Arcy sont bons, eux aussi. Du moins, ils donnent l?impression d?être bons, à en juger par leurs gestes et leurs expressions. Ils ont malheureusement été doublés de façon si médiocre qu?il est difficile de se faire une réelle opinion de leur expression vocale. On ne sait pas si le réalisateur a aussi su choisir son endroit : Londres. Les images de la ville ne sont pas comme celles que l?on voit dans Notting Hill ou dans Love Actually. Certains endroits ont l?air assez menaçants, sortis tout droits de films de gangsters anglais, mais tous les endroits montrés dans ce film ne sont pas nécessairement glauques, non plus ; certains ont même l?air assez bohèmes. Cependant, si cela n?était pas mentionné dans le film, il aurait été impossible de dire si cette histoire se déroule à Londres ou dans une autre ville anglaise.
En tout cas, à Londres ou ailleurs, Matthew Parkhill a certainement su nous mener en bateau. Dans sa dernière partie, Attraction Fatale se révèle ne pas être le film qu?on croyait et la surprise réservée au spectateur est d?une nature telle qu?il a bien fallu donner quelques fausses informations (juste une ou deux) dans cet article afin de ne pas la gâcher pour les spectateurs. Elle vient expliquer bien des choses, justifier bien des comportements qui, autrement, ne seraient pas dans la logique de certains personnages.
Ce n?est pas tout : cette surprise viendra elle-même créer les conditions pour un autre coup de théâtre qui créera une surprise encore plus grosse. ?Ça fimm-là enn tas zess !? s?indignait un spectateur dans les toilettes du cinéma (après tout, les cinémas chez nous n?ont pas de bar dans leurs foyers et les toilettes sont des lieux d?aisance en ce sens qu?il s?agit d?endroits propices aux évacuations; donc?).
Il est dommage qu?on ne puisse pas en parler, mais ce double coup de théâtre est bien dans l?air du temps, bien imaginé et bien agencé, surtout. Mais on peut d?un autre côté comprendre l?indignation de ce spectateur, car à ce moment crucial, Attraction Fatale devient un film terriblement bavard là où des images auraient été plus efficaces? et, un peu moins crédible aussi, pour quiconque ne serait pas dans la bonne disposition. Car pour apprécier ce film original, il y a une condition : accepter de jouer le jeu, c?est-à-dire accepter d?être mené en bateau, afin de mieux savourer la surprise par la suite.
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