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Attention, médecins sous pression
Le sort des médecins de l?hôpital du Nord est peu reluisant. Selon leurs dires, par manque de personnel, ils doivent multiplier les gardes dans des conditions déplorables. Épuisés et démotivés, ils envisagent d?alerter la Commission des droits de l?homme.
Les yeux cernés, mal rasé, Ramesh (nom fictif), médecin généraliste, a l?air plus mal en point que le patient qu?il ausculte au département des urgences. Après deux soirées de garde cette semaine, il est lessivé. Encore quelques patients à voir, et il pourra souffler un peu dans la salle de repos. Cette idée est pourtant loin de l?enchanter.
Et pour cause, cet espace n?est rien d?autre qu?une salle de conférences convertie en dortoir. Le soir venu, les chaises sont poussées dans un coin et quelques matelas jetés à même le sol font office de lit. « Nous avons déjà attiré l?attention des responsables sur cet état de choses. C?est comme si on parlait à un mur », lance un médecin dépité. « Céki nou cozé péna valeur », affirme son collègue désabusé. Il énumère les conditions de travail peu reluisantes : une salle de bains pour 14 médecins, deux toilettes pour tout le personnel et une salle à manger exiguë.
Une semaine de 86 heures de travail
La liste des griefs ne s?arrête pas là. Les hommes en blanc doivent exercer une garde tous les trois jours, vu le manque de personnel dans les services comme les urgences ou la pédiatrie.
« On commence le service à 9 heures pour terminer à 16 heures le lendemain. Et le jour suivant, on reprend le travail à 9 heures? » Par semaine, un médecin peut ainsi faire 86 heures de travail !
Fatigués, stressés, démotivés, ils n?en peuvent plus. « Nous n?en avons peut-être pas l?air, mais nous sommes vidés. » Travailler près de trente heures d?affilée sans vraiment avoir de répit commence à leur peser. « Je n?ai jamais vu cela ailleurs. J?en connais qui tomberaient en syncope », commente un médecin étranger. Épuisés mentalement et physiquement, incapables de se concentrer, irritables, ils craignent le pire. « À ce rythme, on se retrouvera un jour avec un gros problème. »
Mais ils ne comptent pas en rester là, car ils envisagent d?alerter la Commission des droits de l?homme sur leurs conditions de travail. Un haut responsable du ministère de la Santé admet que le système de garde aurait pu être plus confortable avec un tour tous les quatre jours. « Mais par manque de médecins, il y a une garde tous les trois jours. Ceci dit, je ne pense pas que le rythme est insoutenable. »
Mais d?autres au sein du ministère ne sont pas sur la même longueur d?onde. Dans un communiqué émis vendredi, le service de presse affirme que « dans de rares cas ils peuvent être de garde après trois jours » et d?ajouter que « des lits étant disponibles dans chaque unité, c?est faux de dire qu?ils dorment sur des matelas ». Le haut responsable affirme pourtant le contraire. « Nous n?allons pas les laisser comme ça. Dans le Master Plan, il est prévu d?aménager de nouveaux dortoirs. En attendant les anciens quartiers des médecins seront rénovés au plus vite. »
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