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Attention, dauphins stressés !
Samedi. Les équipes de la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS) et de Reef Conservation Mauritius (RCM) sont au rendez-vous pour cette journée. Ce ne sera pas une croisière. Loin de là. Ces associations ont lancé le Dolphin Watching Project le mois dernier pour protéger les dauphins et guider les plaisanciers à adopter une certaine ligne de conduite. Elles sont besoins d?images sous-marines et de photos pour soutenir ce projet.
Dame nature est généreuse ce jour-là. Point de vent. Mais un soleil radieux. Olivier Tyack, le directeur de la MMCS et plongeur en titre fait les présentations. Marc Boullé, le cameraman et réalisateur ajuste son appareil. Son épouse Jennifer l?accompagne. Il y a aussi Virginie, celle qui nage comme un? dauphin, nous dit-on, Emilie, la représentante de RCM, Marie-Laurence, l?étudiante belge et stagiaire. Il y a aussi Jacqueline Sauzier, présidente de la MMCS. Et il ne faut pas oublier Alain, le skipper et son assistant, Joé. Adèle Cadinouche est le project manager du groupe.
Le canot pneumatique, propulsé par deux moteurs de 115 cheveux, semble voler sur le plan d?eau. Le skipper a un ?il de lynx, de surcroît il connaît mieux que quiconque cette mer. Après quelques appels téléphoniques avec les pêcheurs qui ont pris la mer à l?aube, il met le cap au large de La Gaulette.
L?eau limpide laisse voir les grands fonds où dansent des reflets bleutés. Et on passe les récifs sans même s?en apercevoir. Tout le monde scrute le large. Un exocet (poisson volant) nous salue par un vol plané. Il ne nous intéresse pas. L?équipe est à la recherche des cétacés. L?attente n?est pas longue. Un groupe de dauphins à long bec accueille la barque par un ballet aquatique dans un ensemble parfait. Difficile de dire combien ils sont. C?est le branle-bas sur le canot. Marc et Olivier prendront bien des clichés. Il n?est pas question de foncer sur la bande de dauphins. Les deux plongeurs les attendront un peu plus loin.
Les dauphins, avec leurs formes fuselées sont doués pour la vitesse. Ils peuvent atteindre jusqu?à 50 km/h. Pauvres plongeurs. Ils n?arrivent pas à rivaliser avec eux, même avec leur équipement de James Bond. Un long bec ose même leur faire un pied de nez par une pirouette magistrale.
Les touristes en force
Soudain, deux dauphins surgissent du fond pour respirer avant de disparaître à nouveau. Rien d?étonnant, diriez-vous, alors que l?endroit est envahi par ces céphalées. Mais c?est deux-là sont différents des autres. Ils sont plus foncés et beaucoup plus gros. Ce sont deux dauphins souffleurs.
Notre canot n?est pas la seule embarcation. Des touristes sur un hors-bord savourent le spectacle. Mais c?est là où le? mât blesse. L?un d?eux semble avoir plus à c?ur de satisfaire ses clients que de respecter ces mammifères. Il est carrément sur leurs dos. Et une douzaine de touristes se jettent à l?eau et tentent, à coups de brasses bruyantes et de palmes, de nager parmi les cétacés qui disparaissent dans les grand bleu. Le skipper semble complètement ignorer que ces animaux sont très sensibles au bruit. Sait-il qu?il joue avec son gagne-pain ? Que fera-t-il si les dauphins désertent cette côte pour un endroit plus paisible?
Entre-temps, à bord du canot pneumatique, les membres de l?association tenteront une énième plongée. Olivier reste à bord. Marc sera accompagné par des filles. Et les femmes attirent du monde. C?est connu. Les dauphins ne font pas exception. Ils nagent à quelques mètres des plongeurs, à la satisfaction de tout le monde, tout en continuant leur route vers le sud. Quelques femelles, accompagnant probablement leurs bébés, montrent des signes de nervosité en tapant leur queue sur la surface de l?eau.
Adèle est visiblement émue, comme tout le monde d?ailleurs. A peine montée sur le bateau, elle ne pense qu?à redescendre. Ce sera pour plus tard. Il faut essayer de retracer les deux souffleurs qui ont pris la haute mer. Effectivement, ils sont bien au large surfant sur de grosses vagues. Il y a là toute une communauté. Alain remarquera la présence de Quasimodo, un dauphin ainsi nommé à cause d?une anomalie au dos. Les souffleurs sont des espèces sympathiques. Ils se laissent volontiers filmer. Ils tournent autour d?Olivier et de Marie-Laurence. La scène est digne d?un film d?aventure. Fatigué, le couple abandonne avec regret cette communion avec ces amis des marins.
L?aventure continue. Il est temps de localiser deux baleines à bosse que les pêcheurs ont croisées plus tôt au large de Flic-en-Flac. Le skipper propose de naviguer jusqu?au large de Le Morne pour remonter vers l?ouest. Une main à la barre, ses yeux perçants fixent l?horizon. Soudain, il pointe du doigt un endroit où il a cru voir un souffle puissant qui a projeté l?eau à plusieurs mètres au-dessus de la mer. ?C?est très loin?, dit-il simplement.
Une bosse sur la tête
Faut-il le croire ? En tout cas le trajet est long, la mer houleuse. Une nouvelle exclamation du skipper et tout le monde regarde ce qu?il montre du doigt. Un mastodonte fait une apparition éphémère avant de disparaître. C?est un cachalot de plusieurs tonnes. Il ne refera pas surface. Il est retourné dans les abysses.
Tant pis. Les deux baleines chassant à l?ouest deviennent alors la priorité. Tantôt on croit voir un jet d?eau ou une grande masse à l?horizon, mais ce n?est que le fruit de notre imagination. Il n?y a que des oiseaux de mer exécutant des rase-mottes ou des bancs de poissons pour rendre le plan d?eau moins désert. Bercé par les vagues et caressé par un vent agréable, le groupe sombre peu à peu dans un état de semi-somnolence.
Point de baleines, même au large de Tamarin. ?La-bas !? C?est la voix du skipper. Il a repéré quelques formes à l?horizon. Les ailerons dorsaux apparaissent peu à peu. Une chose est sure, ce ne sont pas des baleines. Des requins-blancs mangeurs d?hommes ? Le constat de Jacqueline rassure. Ce sont des dauphins, mais beaucoup plus gros que les autres. Ils font environ cinq mètres de long. Des dauphins globicéphales, avec la bosse sur le bec. Ils nagent avec grâce. Sur le bateau, on est tous silencieux. On n?entend que le souffle puissant de ces mammifères. Le canot est encerclé. Alain coupe le moteur pour éviter tout accident. Où regarder ? Ils sont sous le bateau, à babord et à tribord. Et dans un mouvement parfait, ils s?immergent pour s?éloigner, de véritables torpilles.
INFORMATION ET FORMATION
La vie des cétacés
■ Le projet ?Formation et sensibilisation en vue d?une gestion durable du ?Dolphin Watching? à Tamarin a été mis sur pied par la MMCS en collaboration avec le RCM et financé majoritairement par l?UNPD GEF/Small Grants Program, et les opérateurs de la région ouest. La MMCS estime que l?activité du ?Dolphin-watching? génère un revenu d?environ Rs 54 m annuellement. Mais elle a constaté que cette activité en pleine expansion fait qu?on ne respecte plus les cétacés : les skippers fonçant droit sur eux avec leur bateau ou encore les encerclant. Cet état de choses stresse ces animaux qui sont venus chercher le calme de la côte ouest pour se reposer le matin, après avoir passé une nuit à chasser au large. Si rien n?est fait, cette activité trop gênante modifiera leur comportement de façon négative. Les opérateurs se retrouveront au chômage et le pays et la communauté locale perdront énormément. Donc le but de MMCS est de sensibiliser toute la population sur le respect pour ces cétacés, pour les protéger et expliquer aux plaisanciers comment faire pour admirer les dauphins et les baleines pour le bien de l?industrie touristique, mais aussi pour le respect de l?environnement marin et pour une gestion durable de cette activité. Cette association les aidera à respecter le code de conduite établi par la Tourism Authority en juillet 2006 et, avec l?aide de tous les partenaires concernés, aider à conserver la biodiversité marine. Ce projet, qui s?étendra sur une période d?environ deux ans, comprendra des sessions de travail et de formation avec les opérateurs de la région, dans les écoles aussi afin de sensibililer les générations futures. Des brochures, de larges panneaux d?information sur la vie des cétacés du littoral et la réalisation d?un film sont prévus. Adèle Cadinouche a été recrutée en tant que responsable du projet.
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