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Attention aux contrats signés sous pression

31 mars 2004, 20:00

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LE DÉCOR : le salon d?une modeste maison d?un quartier de la périphérie de la ville de Curepipe. Kentish, jeune démarcheur vient de terminer sa ?réclame? pour le jeu de casseroles qu?il est venu vendre. A voir l?expression sur le visage des dames présentes, il a été très convaincant. Arrive le moment des questions. Celles, au début, classiques à ce genre d?exercice, portent sur les modes de cuisson.

Puis, inévitable, la question des prix. A laquelle notre démarcheur ne répond pas tout de suite. Après quelques détours ? il parle des ventes qu?il vient de réaliser, revient aux nombreux avantages du produit, en mettant l?accent sur les bienfaits pour la santé de l?utilisateur, brandit les divers récipients offerts en prime, marque une hésitation, parle de versements, de mensualités puis lâche enfin le chiffre : Rs 42 000. ?Oui mais tout ça pour Rs 42 000.? L?étonnement se lit sur les visages. Une des dames présentes explique qu?elle a assisté, il y a à peine deux semaines de cela, à une démonstration-vente du même produit et que le prix était de Rs 32 000.

Au pied du mur, Kentish explique qu?il ne connaît pas l?agence importatrice de la marchandise. Ce qu?il ne sait pas, c?est qu?il n?est qu?un maillon d?une longue chaîne de vendeurs-agents recruteurs qui perçoivent aussi des commissions sur les ventes qu?il a réalisées. En d?autres termes, une compagnie recrute des agents pour écouler ses produits par le biais du porte-à-porte. Ces agents recrutent leurs vendeurs et perçoivent naturellement des commissions sur les ventes de ces derniers. C?est le principe même de la vente pyramidale. Pour ce qui est du coût à la fin de la chaîne, il dépasse largement le prix de vente normal du produit.

Ce ne sont pas les seules batteries de cuisine qui font l?objet de ce type de vente. A en juger par le nombre de démarcheurs qui frappent à nos portes ces jours-ci, on peut déduire que la vente porte à porte va bien. On peut ainsi trouver de tout : encyclopédies, DVD, jeux vidéo, accessoires pour salle de bains ou pour le jardin, outils, produits de beauté ou de mise en forme, presque tout ce qu?on peut trouver dans un magasin et qui peut être facilement transporté.

Ce qui frappe, en premier lieu, ce sont les prix exagérés. Un aspirateur, d?origine indienne, vendu selon cette méthode de vente est proposé Rs 4 400, alors qu?en magasin, un modèle identique d?une marque reconnue et fabriqué en Europe est disponible à Rs 3 150. Face à cet argument, très peu de démarcheurs arrivent à expliquer la différence de prix.

Les importateurs des divers produits sont en effet peu loquaces. Ils sont tous injoignables ou refusent de répondre. Mais selon les démarcheurs, l?explication se trouve au niveau de la perception des commissions. En effet, chacun des démarcheurs recrutés perçoit des commissions sur les ventes qu?il réalise, mais fait aussi bénéficier des commissions à son ?parrain?, et ainsi de suite? Et à mesure que le réseau se développe, l?incidence sur le prix de vente se fait sentir.

Délai de réflexion

Il y un autre élément qui influe sur le prix final des produits vendus : il s?agit de l?emploi de collecteurs de dettes, désignés comme des Customer Support Officers pour ramener à l?ordre les retardataires. Ils ont pour tâche de collecter les mensualités, mais leurs méthodes s?apparentent dans certains cas au harcèlement, cela dans le but de faire grossir les commissions qui leur reviendront?

Car il faut savoir qu?aucune loi ne protège le consommateur? Les compagnies engagées dans la vente pyramidale n?ont aucun contrôle sur tous les vendeurs recrutés par leurs agents. En effet, malgré que certains principes de travail et de conduite sont imposés aux agents, la plupart des revendeurs n?ont aucune référence et se débrouillent comme ils peuvent? et comme ils veulent.

Tout cela se fait au nez et à la barbe des autorités. Au ministère du Commerce, on nous explique qu?il n?y a aucune loi pour réguler la vente pyramidale. Seule la partie ?vente à crédit? est régie par le Hire Purchase Act. Mais une bonne partie des opérateurs de ce secteur ne font pas grand cas de cette loi. Ainsi, par exemple, il n?y aucune mention du délai de réflexion pour se désengager. Rien non plus au sujet de l?emploi de debt collectors ou de l?interdiction de saisies.

L?Institute for Consumer Protection ne cesse de recevoir des doléances de consommateurs abusés. Certains n?arrivent pas à se désengager de contrats signés sous pression. Alors que d?autres se plaignent des prix exagérés. L?association de consommateurs a ainsi adressé une lettre au ministère du Commerce cette semaine, demandant aux autorités de se pencher sur la question. L?institution d?un cadre légal pour réglementer ce type de vente est devenu une nécessité face aux pièges tendus par certains vendeurs persuasifs. En attendant, le consommateur devra faire preuve vigilance pour éviter de réaliser trop tard qu?il a acheté un produit dont il n?avait pas vraiment besoin?

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