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Atteinte du chikungunya son bébé meurt in utero

30 avril 2006, 00:00

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Six heures viennent de s?écouler ce mardi depuis que le ministre de la Santé, Satish Faugoo, s?est exprimé à l?Assemblée nationale sur l?évolution du chikungunya à Maurice et à Rodrigues. À la Private Notice Question du leader de l?opposition, Nando Bodha, il égrène les chiffres.

Ainsi, 9 042 cas ont été confirmés à Maurice et Rodrigues entre le 23 décem-bre 2005 et le 24 avril 2006, sur un total de 11 477 patients présentant les symptômes, dit-il, face aux protestations de l?opposition. Mais aucun décès directement lié à la maladie n?a été signalé, assure-t-il.

Pourtant, à quelques kilomètres de là, assise dans son minuscule salon, à la route Bassin, Quatre-Bornes, Priscilla, 25 ans, ne sait plus trop quoi penser. Elle se remet lentement de la maladie et de la perte de son fils, qu?elle ne prendra jamais dans ses bras, et qu?elle a porté dans son sein pendant trente-six semaines.

Des douleurs atroces

Le 9 avril dernier, comme elle avait une fièvre frôlant 39 °C et qu?elle avait les chevilles enflées, son mari, Kaumaren, 32 ans, l?accompagne immédiatement à l?hôpital de Candos. Comme d?autres membres de sa belle-famille déjà touchés par le chikungunya, il ne fait pas de doute pour Priscilla qu?elle a contracté le virus malgré toutes les précautions prises.

Admise vers minuit, un premier examen révèle que le c?ur de son enfant bat la chamade. C?est son premier bébé. Son mari et elle-même, après deux ans et demie de vie commune, se font une joie d?accueillir Yashven. Tout est fin prêt pour la venue au monde du petit.

Mais dans les heures qui suivent, Kaumaren s?angoisse. On ne sait jamais avec le chikungunya, après tout ce qu?il a entendu sur les complications survenues chez les nouveau-nés à la Réunion.

Kaumaren tente alors de prendre contact avec le médecin traitant de Priscilla, qui est en vacances, pour le convaincre de lui faire une césarienne. La fièvre est trop forte et les effets de la maladie sur un nouveau-né peuvent être fatals.

Il essuiera un cinglant « pa mo problem sa ». Un autre médecin lui rétorquera : « Pa mo travay sa. » Kaumaren est perdu. Il n?y a aucun praticien qui veuille prendre de décision.

La peur s?installe lorsque Priscilla se rend compte, en feuilletant son dossier médical laissé sur le lit, qu?elle est effectivement atteinte de chikungunya.

Lundi soir, c?est carrément la panique. De douleurs atroces et persistantes l?assaillent. Le lendemain, le personnel soignant se rend à l?évidence : le c?ur de son fils a cessé de battre. Le beau rêve de Priscilla s?est envolé.

Testée positive au virus

« Pu nu, zot finn fer neglizans. Zot ti bizin fer sezarienn pu tir baba la », tempête Seetamah, la belle-mère de Priscilla. Kaumaren acquiesce, prend son mal en patience et attend les résultats des échantillons sanguins prélevés sur le cordon ombilical de leur bébé pour décider de la marche à suivre.

Mais déjà, de sources proches du ministère de la Santé, on explique que la mère a été testée positive au virus et qu?il faudra attendre encore plusieurs jours pour savoir si son bébé y a succombé.

Toutefois, médecins et gynécologues sont d?accord sur un point : la mère était si fiévreuse que l?hôpital aurait dû envisager une césarienne. On sait que toute fièvre peut être tératogène ? cause de malformation ? pendant le premier trimestre de la grossesse, et qu?elle provoque des contractions utérines, ce qui peut provoquer un accouchement prématuré lors des 2e et 3e trimestres de grossesse. Au 3e trimestre, le bébé peut également succomber à une encéphalite ou une asphyxie cérébrale.

Une enquête est donc en cours au ministère de la Santé pour situer les responsabilités dans ce décès troublant.

Alors qu?on est dans le flou sur les morts liées au virus à Maurice, des cas de décès in utero au cours du premier trimestre de la grossesse ont été enregistrés à la Réunion. Quand aura-t-on droit à une étude sérieuse sur les effets du virus sur le taux de mortalité dans l?île ?

Rs 42 millions pour des moustiques

La bagatelle de Rs 42 millions a été engagée par l?État pour lutter contre le chikungunya. La plus grosse partie, soit Rs 14,3 millions a été nécessaire pour acquérir 490 fogging machines. Rs 14,2 millions ont servi à l?achat de 38 400 litres d?insecticide, Rs 2,7 millions pour 1 170 kits de protection, et Rs 1,4 million pour des vaporisateurs. Le battage médiatique, avec des spots à la télé, à la radio, des campagnes de publicité dans les journaux et la distribution de 1,1 million de tracts autour de la maladie a, quant à lui, coûté Rs 7,1 millions.

Polémique autour d?un recensement

On s?interroge sérieusement sur la façon dont la Santé comptabilise les personnes atteintes du virus. Aujour- d?hui, chacun de nous connaît au moins un ami ou un proche qui a contracté la maladie. Voilà pourquoi les chiffres avancés par le ministère font sourciller. Depuis le début de l?année, 10 969 cas de chikungunya sont à déplorer à Maurice. Ce qui est loin des 248 000 cas recensés à la Réunion depuis mars 2005. Alors qu?aucun décès lié au virus n?a été signalé chez nous, 207 certificats de décès mentionnant le chikungunya, comme cause initiale (121) ou associée (86) ont été recensés à l?île s?ur. Nos voisins ont aussi eu à faire face à 57 infections materno-néonatales (survenues entre 0 à 9 jours) et qui ont provoqué au moins un décès, selon la Cellule interrégionale d?épidémiologie (Cire) de la Réunion et de Mayotte. Au Parlement, Satish Faugoo n?a pas non plus réussi à répondre à l?interpellation de la députée Leela Devi Dookun-Luchoomun sur le taux de mortalité entre décembre 2004 et mars 2005 et durant la période allant de décembre 2005 à mars 2006. En revanche, à l?île S?ur, l?Institut de veille sanitaire (INVS) fait état d?un « excès de mortalité » cette année. Ainsi, pour le mois de janvier, la hausse est de 7,1 %, ce qui équivaut à 25 décès en plus. En février, le pourcentage était de 34,4 % avec 100 décès en plus, et 25,2 % en mars, avec 76 décès, note le magazine français Le Nouvel Observateur.

Ce qui démontre bien que ces morts sont liées au virus. De son côté, l?Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) souligne que plus de deux décès sur trois concernent des personnes âgées de plus de 65 ans et un quart se trouve dans la tranche des personnes de plus de 85 ans. Pour l?institut français, le virus apparaît « plus souvent dans les certificats mentionnant des causes de décès en rapport avec des maladies endocriniennes et hépatiques », et souligne que 125 certificats de décès faisaient mention du chikungunya pour janvier et février à la Réunion.

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