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Atomisation de l’UDM
Le terme peut paraître méprisant pour des sommes de dévouement, de sacrifices et de consécrations à la “ res publica”. Mais il traduit bien une triste réalité que nous rencontrons fréquemment au fond de notre marmite politique. Atomisation : action d’atomiser, autrement dit, réduire en particules très ténues, en fines gouttelettes, se diviser en infimes fractions, ce qui n’exclut pas, pour autant, certaines énergies atomiques mais aussi de désintégration nucléaire.
L’UDM s’atomise en mai 1981, tournant le dos à la force centripète de l’action politique favorisant le rassemblement de différentes forces, partageant, sinon quelques idées, du moins quelques adversaires communs même temporaires. Que se passe-t-il au juste ? La période post-contestation à l’intérieur du PTr est fertile en fiançailles politiques tous azimuts. Harish Boodhoo est courtisé de toutes parts, y compris au sein du PTr, merci Satcam, mais le duo Jagatsingh-David surveille jalousement l’escalier menant aux instances décisionnaires du parti, à savoir les méninges de SSR qui, ne l’oublions pas, dort 300 jours par an, l’Inde dixit, et répété par le fidèle ami Gaëtan (cf. la légende des deux remorqueurs).
L’entrée en lice de Progrès et Liberté précipite les choses, modifiant du même coup les donnes. L’UDM courtise le PSM et perd Karl Offmann dans l’affaire, rendant le leader, Guy Ollivry, encore plus allergique à toute dilution de son parti au sein d’un rassemblement supérieur, dont il ne deviendra qu’un des rouages.
L’UDM naît du refus des purs du PMSD de suivre Gaëtan Duval, d’abord sur les chemins de la coalition de 1969-70, ensuite sur ceux de l’imposition du POA et de l’état d’urgence, du boycott d’un quotidien, de l’exil forcé d’André Masson, de la censure de la presse, sans oublier les stigmates indélébiles de l’annulation antidémocratique des élections législatives de 1972. Ces dénis de démocratie justifient-ils pour autant l’absence de négociations dans le but d’essayer de reconstituer la grande famille bleue, celle des 44% d’août 1967, après que l’ami Ramgoolam eut bouté hors de son gouvernement et des “muni si sales” (en attendant de devenir des “muni si pâles”) ce qu’il reste du PMSD, autrement dit un parti peut-être sans cerveau ni conscience, si ceux-ci passent dans le camp de l’UDM ?
Ne nous méprenons pas. Le rassemblement et son rassembleur charismatique sont des slogans, ayant quelque utilité, lorsqu’on est perché sur une caisse de savon et qu’on peut brailler son soûl devant un microphone. Ils ont pourtant des limites et ce n’est pas Xavier Duval qui nous contredira, lui qui voit peut-être d’un mauvais oeil l’arrivée du PMSD au sein de l’Alliance sociale, arrivée pourtant prometteuse d’une majorité parlementaire des deux tiers. Il n’est pas dit qu’un rapprochement, en 1981, entre l’UDM et le PTr, de nouveau en coalition avec le PMSD de Gaëtan Duval, en dépit d’une promesse de consommation malodorante en cas de récidive, aurait fait plaisir au leader des Bleus, curieux adepte de forces centrifuges. Il est d’ailleurs aux prises avec une contestation “intra muros”, menée par le tandem Eliézer François - Paul Chong Leung, d’où le meeting du PMSD (Parti Mauricien sans Duval) du 1er Mai, à la place Victoria, tandis que le clan duvalien pérore à Rodrigues.
Guy Ollivry tue dans l’œuf les premières appétences udémistes favorables à un rapprochement UDM-PTr. Au début de mai 1981 donc, une importante scission déchire un peu plus son parti. Son exécutif désavoue la proposition d’une stratégie de dialogue avec le parti de la Clef. Raymond Rivet répète que la stratégie de la 3e voie ne mène nulle part (et les faits lui donneront plus d’une fois raison). Guy Ollivry lui répond, non sans superbe : “L’UDM n’acceptera pas un « lift » dans un corbillard, même travailliste”.
Le résultat de cette scission est triste : triple démission du vice-président, Raymond Rivet, du secrétaire général, John Clifford, et de Max Ramart, membre de l’exécutif. La crise prend son origine dans une interview donnée à la fin d’avril par John Clifford, alors jeune enseignant de 34 ans, candidat battu en 1976, et successeur de Germain Comarmond (devenu depuis membre actif de Progrès et Liberté) comme secrétaire général de l’UDM. L’interview fait grand bruit dans le landerneau politique. Il qualifie, pour commencer, la troisième voie davantage comme une force de l’esprit entre PTr-PMSD et MMM plutôt que comme une force politique distincte de ces deux blocs. Il révèle que le PTr contacte déjà l’UDM et que Raymond Rivet explore les éléments et les conséquences d’un tel rapprochement. A ce stade exploratoire, aucune décision n’est prise dans un sens ou dans l’autre. L’interview indigne cependant les partisans d’une 3e force, dirigée par l’UDM et son leader. Réunion houleuse de l’exécutif. Clifford se rebiffe et menace d’interpréter comme un vote de blâme toute désapprobation udémiste de ses propos. Rivet et Ramart le soutiennent. Rivet propose le renvoi du litige à un congrès spécial. Ollivry insiste sur la démonétisation travailliste aux yeux des masses. Sa position l’emporte à l’heure du vote. Clifford refuse le désaveu. Ramart rédige sa lettre de démission. Rivet annonce son retrait de la politique active. Ollivry rêve toujours d’un UDM devenant l’alternative à l’instauration d’un régime, peut-être antidémocratique, du MMM-PSM.
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