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Atoll géostratégique

21 mai 2006, 00:00

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Le petit poucet chagossien contre deux géants de la planète. C?est ainsi qu?on pourrait résumer le combat que mène Olivier Bancoult contre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Mais bien au-delà de l?incontestable dimension humaine, l?action juridique des Chagossiens soulève d?importantes questions d?ordre géostratégique.

Il y a en effet différentes façons de voir l?archipel des Chagos. Mais occulter sa location géopolitique, c?est se priver de la compréhension des multiples enjeux stratégiques. Et passer à côté des énormes intérêts entourant le combat chagossien contre les deux superpuissances.

L?archipel, démembré de notre territoire par les Britanniques, baigne au c?ur de l?océan Indien, au milieu d?un espace maritime de 75 millions de kilomètres carrés, où doivent inévitablement passer les pétroliers du Golfe.

Cette mer, qui n?est pas close, et où l?Europe rencontre à la fois l?Afrique et l?Asie, est bordée de 36 Etats. Et parmi il y a des puissances émergentes comme l?Inde, l?Afrique du Sud et l?Australie. Le géant chinois, présent via le couloir de la mer de Chine, a aussi depuis longtemps des vues sur la région.

C?est justement dans ce berceau des civilisations africaine, indienne, arabe et chinoise que les Etats-Unis, au début de la guerre froide, ont voulu implanter une base militaire et ce, avec le soutien indéfectible de la Grande-Bretagne, son alliée transatlantique. Les Britanniques, qui louent Diego Garcia aux Etats-Unis, ont tout fait ? et vont continuer à le faire ? pour protéger les intérêts américains dans la zone.

L?atoll, vidé de ses habitants, repeuplé de 4 000 militaires, est aujourd?hui un véritable pivot des forces aéronavales pour toute intervention vers le Moyen-Orient et l?Asie centrale. Il sert également de centre de surveillance des communications et de l?espace de cette partie cruciale du monde.

En l?an 2000, au lendemain du procès de Londres, le gouvernement de Tony Blair avait promis de financer une visite symbolique de l?archipel et avait lancé de longues études de faisabilité pour une éventuelle réinstallation.

Mais les attentats du 11 septembre, à New York et à Washington, sont venus briser l?espoir chagossien. Et ont renvoyé aux calendes grecques un hypothétique retour.

Tirant prétexte de l?utilisation de Diego Garcia pour les bombardements de l?Afghanistan, les Britanniques ont d?abord annulé le premier voyage symbolique et ont finalement utilisé des décrets royaux, contournant le jugement, pour interdire tout séjour, même humanitaire, sur l?archipel.

Aujourd?hui après l?invalidation de ces déloyaux « Orders in Council », les Britanniques sont à la recherche d?autres « delaying tactics », pour ne pas froisser les Américains.

« This is a strategic position and it will be used for the defense of the West », ont souvent répété plus d?un dirigeant conservateur britannique de Harold Wilson à Margaret Thatcher. L?arrivée du New Labour de Tony Blair n?a pas bougé d?un iota cette position souhaitée par Washington.

Entre-temps, depuis les attentats terroristes, « Rebuilding America?s Defense » est l?un des documents clés de l?administration Bush. Et il se résume ainsi : moderniser les armées et les infrastructures militaires ? ce dont d?ailleurs les Chagossiens ont pu constater, les yeux ahuris devant tant de chantiers, lors de leur escale d?avril à Diego Garcia.

Avec les Etats-Unis qui tentent d?endiguer la prolifération nucléaire au Moyen-Orient, l?une des zones géopolitiques les plus instables de la planète, et qui sont conscients qu?ils ont ouvert en Irak un espace de révolte susceptible de menacer tout l?Occident, le combat d?Olivier Bancoult risque de durer encore longtemps.

À moins qu?un terrain d?entente commun ne soit trouvé, loin de Port-Louis, pour désamorcer la petite bombe chagossienne?

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