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Atmosphère de fin de règne

10 octobre 2003, 20:00

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Le premier ministre palestinien, Ahmad Qoreï, «conserve la confiance de Yasser Arafat» en dépit de leurs divergences, a affirmé le principal conseiller du dirigeant palestinien, à la suite d'informations sur la démission du premier ministre. Il a minimisé les divergences apparues, quand M. Qoreï a présenté sa démission, en indiquant qu'«il s'agit de problèmes intérieurs normaux». Un autre proche de M. Arafat a déclaré qu'«un arrangement sera probablement trouvé dans les vingt-quatre heures à propos de ces divergences». Les rumeurs sur l'état de santé de Yasser Arafat ont repris hier avec la publication par Time Magazine d'un article évoquant un cancer de l'estomac. L'hebdomadaire s'appuie sur une source au quartier général palestinien de Ramallah.

«Nous n'avons plus d'institutions, soupire le député Kadoura Farès. Quelle image donnons-nous au monde ?» Le président adjoint du Parlement palestinien vient de reporter sine die le vote sur un gouvernement d'urgence de huit membres, en deux phrases attristées : «Il semble que chacun ait son propre scénario, donc nous avons besoin d'un peu plus de temps. Nous sommes désolés de vous avoir dérangés.»

Au premier étage de l'un des derniers bâtiments encore debout dans le complexe de bureaux de Yasser Arafat, une crise aux conséquences incalculables pour les Palestiniens vient de commencer. Les diplomates et les journalistes, entassés avec les députés sur des chaises en plastique dans une salle minuscule et surchauffées, rangent leurs écouteurs de traduction et leurs carnets de note. Ils attendaient depuis plus d'une heure l'intronisation par le Parlement du gouvernement d'urgence crée officiellement mardi par Yasser Arafat. Ils étaient aussi venus scruter le visage du président, dont la santé fait l'objet de toutes les rumeurs depuis dimanche.

Ils n'ont rien vu. Ni débat, ni président, ni gouvernement. Ni premier ministre. Une demi-heure, on apprend que le président du parlement Ahmed Qoreï, dit Abou Alaa, désigné par Yasser Arafat comme premier ministre, aurait demandé au président de «le relever de ses fonctions». Si la démission d'Abou Alaa est confirmée, les Palestiniens se retrouveraient sans gouvernement, avec à leur tête un président invisible, apparu pour la dernière fois en public mardi dernier, le visage creusé et amaigri.

La démission d'Ahmed Qoreï n'était encore qu'une menace hier en fin d'après-midi, et l'on s'interrogeait sur ses véritables raisons.

AFFRONTEMENT AU PARLEMENT PALESTINIEN

Selon des sources palestiniennes, la faute en incomberait à Arafat. Le président serait revenu au dernier moment sur la nomination du général Nasser Youssef, le ministre de l'Intérieur proposé par son premier ministre. Le raïs aurait reculé devant le transfert des pouvoirs sur les services de sécurité à Nasser Youssef. Une des conditions posées par Israël et des Etats-Unis, qui demandent que les différentes polices palestiniennes soient unifiées et entreprennent de lutter contre le terrorisme.

Pourtant, quelques minutes auparavant, le conseiller sécuritaire de Yasser Arafat, Djibril Rajoub, répétait à qui voulait l'entendre : «Toutes les forces de sécurité ont été placées sous les ordres de Nasser Youssef.»

La crise avait culminé mardi avec l'absence du général Youssef à la prestation de serment du gouvernement d'urgence devant Yasser Arafat. Si le différend persiste, Ahmed Qoreï se trouverait impliqué dans un affrontement singulier rappelant celui de son prédécesseur Mahmoud Abbas, qui avait démissionné le 6 septembre au bout de quatre mois de querelle avec Yasser Arafat.

Ahmed Qoreï risquait aussi un vote de défiance au Parlement, où le Fatah est majoritaire. Jusqu'au dernier moment, les députés se sont affrontés sous le nez des spectateurs étrangers. On se battait pour savoir si le gouvernement d'urgence était constitutionnel ou pas. «Ce gouvernement est illégal. Le président devait annuler son ordre», disait le député Fatah de Bethléem, Salah el-Tamari, résumant l'opinion des opposants. «Un gouvernement d'urgence ne résoudra aucun problème, et il est effectivement illégal», surenchérissait le député indépendant Ziad Abou Amr.

La constitution palestinienne ne fait pas mention d'un gouvernement d'urgence, seulement de «l'état d'urgence», également proclamé par Yasser Arafat.

Désemparé, le ministre et négociateur Saëb Erekat ne peut plus prévoir la suite des événements : «Nous sommes divisés. Il y a ceux qui veulent un gouvernement d'urgence, ceux qui ne veulent pas voter sur le gouvernement d'urgence, ceux qui veulent un gouvernement élargi. Il pourrait y avoir nomination d'un nouveau gouvernement, c'est une possibilité. Mais tout sera décidé dans quelques heures. Et j'espère que samedi, nous aurons un gouvernement. Et dans trois semaines en tout cas nous vous présenterons un gouvernement complet.»

MAIN TENDUE A ISRAEL

C'était avant la rumeur de démission d'Ahmed Qoreï. Le premier ministre désigné, qui n'a pas assisté à la séance du Parlement, s'est retiré chez lui et a fermé ses téléphones. Yasser Arafar, quant à lui, est resté enfermé à quelques mètres de là, dans le bâtiment qui abrite son bureau et son appartement. Une équipe de médecins égyptiens était à son chevet, s'ajoutant sans doute aux Jordaniens déjà sur place. L'Autorité palestinienne continuait hier à évoquer une grippe intestinale pour expliquer l'amaigrissement du président, et démentait un malaise cardiaque.

Plusieurs sources affirment que Yasser Arafat a bien souffert d'un problème cardiaque la semaine dernière. Le refus de nombreux députés de donner les pleins pouvoirs à un gouvernement restreint pourrait être lié à cette atmosphère de fin de règne, d'autant plus poignante que les Palestiniens ne gouvernent plus leurs territoires, presque totalement réoccupés par l'armée israélienne.

Ahmed Qoreï avait tendu la main à Israël, qui attendait de le voir «lutter contre l'infrastructure terroriste». Le premier ministre désigné proposait de négocier une nouvelle trêve, rejetée par le gouvernement d'Ariel Sharon. Si Ahmed Qoreï persiste à refuser de former le prochain gouvernement, le dialogue serait complètement rompu.

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