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Atlas Printing se fait un sang d?encre

10 janvier 2006, 20:00

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Ses cahiers neufs se glisseront par millions dans les cartables en cette semaine de rentrée scolaire. Son logo a été partie prenante de multiples réussites académiques. Premier fabricant local, Atlas Printing craint pour sa survie. Détaxes et produits chinois freinent sa croissance. La direction songe à se reconvertir dans l?importation dans un contexte pénible.

?La situation est morose. Avant la rentrée, nous avons constitué un stock pour répondre à la demande. Mais les gros clients, en l?occurrence les hypermarchés, ont décidé de s?approvisionner ailleurs dans le segment de la papeterie qu?est le sketch pad?, affirme Jean Luc Lim, directeur d?Atlas Printing.

L?avenir s?annonce sombre, en effet, pour cette entreprise qui a démarré ses activités en 1971 avec l?impression des factures et la fabrication de cornets destinés aux commerces de l?époque. Trois ans après, Atlas Printing se lance dans la production de cahiers, concurrençant Mauritius Stationery Manufacturers. En 1977, elle a consolidé sa présence sur le marché local. Face à une grave pénurie de papier, Atlas Printing diversifie ses sources d?approvisionnement en se tournant vers l?Asie.

Aujourd?hui, l?entreprise, installée dans la zone industrielle de Riche-Terre, emploie une cinquantaine de personnes. Elle brasse un chiffre d?affaires de quelque Rs 50 millions. Elle assure une production mensuelle moyenne d?un million de cahiers, pour 55 % de part de marché, le reste allant à ses trois concurrents et les importateurs.

Avant d?arriver à ce contexte de plus en plus difficile, Atlas Printing s?est adaptée avec brio aux exigences du marché. Le cahier est devenu un produit évolutif. Le design sobre des années 80, synonyme même de luxe pour la classe moyenne, cède sa place à des motifs bariolés. Des héros de bandes dessinées tels Spiderman, les Indestructibles, Blanche-Neige, La Belle au Bois Dormant sont ainsi mis en valeur en quadrichromie sur papier glacé, pour les élèves du cycle primaire. Passé ce niveau d?études, ses cahiers gagnent en sobriété et ce jusqu?en Form IV. Les étudiants en School certificate et Higher school certificate développent le goût des classeurs, et l?imprimerie Atlas sort des feuilles volantes pour satisfaire leur demande. Force est de constater qu?en dépit de ses efforts de modernisation de sa chaîne de production, l?entreprise est prise entre le marteau et l?enclume. D?une part, le coût du papier, couplé à celui du fret, plombe les finances. Et de l?autre, la compétition dans ce secteur s?annonce de plus en plus féroce à la suite de l?élimination progressive des barrières tarifaires.

Constante augmentation des coûts

La crise du papier est nationale. Le prix à la tonne est en hausse. Il augmente depuis janvier 2004, affirme Jean Luc Lim. Et le coût du fret est galopant. De fait, l?entreprise se verrait contrainte dans les semaines à venir à revoir ses prix de vente à la hausse. Avec les frais additionnels des placiers et des grossistes évidemment, ce sont les écoliers qui paieront les conséquences.

L?élimination des tarifs douaniers a été synonyme de maux financiers. Quand Atlas Printing acquiert une guillotine moderne à Rs 1 million, la direction compte catalyser la vente de son papier format A4. Or, le budget de Pravind Jugnauth, en avril 2005, génère un vent de panique. Car la baisse de la taxe a ouvert les vannes de l?importation. Aujourd?hui, cette guillotine, affectée à des tâches inadaptées, est sous-utilisée.

Pour la papeterie générale, la menace est égyptienne. Elle serait même pharaonique si aucune mesure corrective n?est apportée. Ces produits, bénéficiant de la circulation hors taxes dans la zone du Marché commun de l?Afrique de l?Est et sub-saharienne, sont de plus en plus privilégiés par les grandes surfaces.

La Chine bien que contenue par la barrière tarifaire s?annonce comme une tempête de classe IV. À titre de comparaison, une douzaine de cahiers Extra Large en provenance de la Chine est moins chère de Rs 14, sans taxes. ?Si la taxe passe à 20 %, nous sommes grillés?, fait ressortir Jean Luc Lim.

L?investissement, dit Jean Luc Lim, ne fait plus partie de ses plans d?avenir, étant donné la tendance qui se dessine. Son expérience douloureuse avec la guillotine l?incite à adopter l?attitude d?attentisme et prendre des mesures correctives. Fermer boutique et importer d?Asie est l?option dans l?air du temps. Et ce sera 50 personnes qui se retrouveront dans l?encre noire?

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