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Asterix et les Vikings

21 juillet 2006, 00:00

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Sans en avoir l?air, Astérix approche de la cinquantaine. Ce qui signifie plusieurs générations de lecteurs séduits dès l?enfance par le graphisme d?Albert Uderzo, puis, en devenant des adultes cultivés, par la finesse de l?humour de René Goscinny, le scénariste de 1959 à 1977. Un humour fait d?allusions historiques, de citations classiques transposées hors contexte et aussi de références au monde contemporain. Astérix est donc l?un de ces rares héros de BD à avoir ce qu?on pourrait considérer comme une identité à deux niveaux : l?un pour les petits, qui s?amuseront des dessins et de quelques gags, et l?autre pour les grands, voire les très grands enfants, ceux qui possèdent quelques références classiques et qui s?intéressent aux grands enjeux de leur époque. Du moins, les choses étaient ainsi jusqu?à la disparition de René Goscinny.

On retrouvera un peu de cet humour dans Astérix et les Vikings, signé de deux réalisateurs danois (le succès d?Astérix étant planétaire) Stefan Fjeldmark et Jesper Møller. Pour cause, le film est largement inspiré de l?album Astérix et les Normands, datant d?une époque où l?humour de Goscinny gardait encore une certaine simplicité. Les initiés reconnaîtront donc non seulement quelques personnages (outre les villageois) comme Goudurix, le neveu lutécien branché et pleutre du chef Gaulois, ou Grossebaf le chef Viking, mais aussi certains épisodes sortis tout droit de l?album qui sont parmi les meilleurs moments du film.

Bien entendu, tout cela datant un peu (les années 1960), certains aspects du récit original ont été remis au goût du jour. Ainsi, la chanson ?yéyé? de Goudurix devient un numéro de rap et il porte à sa ceinture un pigeon voyageur très efficace qui s?appelle SMS. Clins d??il à ?la modernité de notre époque? (P. Meyer), clins d??il aussi à certaines références bien connues des pays du nord comme Ikéa, la femme de Grossebaf et surtout, sa fille Abba( !). Nouveau personnage inventé par les scénaristes, cette demoiselle au tempérament fougueux et à l?esprit indépendant ressemble étonnamment à la chanteuse Bjork. Ce qui introduit dans le film quelques réflexions, notamment sur les préjugés quant aux rôles de l?homme et de la femme dans la société, en plus de permettre quelques plaisanteries sur les m?urs prénuptiales des Vikings. Ces prises de liberté, étant des réussites, sont donc bienvenues. D?autres le sont un peu moins, comme la création d?un chamane comploteur (Cryptograf) et de son fils grand, fort et bête ; les scénaristes n?arrivent pas à en tirer suffisamment parti. D?autres le sont encore moins, comme cette relation ?père ? fils? qui se développe entre Obélix et Goudurix, avec des moments de pure sentimentalité qui viennent entacher l?humour décalé de l?ensemble. Et puis, il y a ces ?passages obligés? que sont les bagarres, banquets, disputes entre Astérix et Obélix, etc. qui auraient gagnés à être repensés.

Cela dit, on peut se demander si les défauts que présente le film incommoderont le public auquel il est destiné, autant que les adultes l?accompagnant. Conçu pour un public de moins de douze ans, Astérix et les Vikings est un dessin animé à l?ancienne. Les adultes noteront quelques survols audacieux de caméra, mais des mouvements lourds et surtout un graphisme assez pauvre. Les enfants eux, noteront surtout que leurs héros et leurs personnages préférés sont là, sont correctement dessinés, qu?il y a des bagarres, des banquets et de la potion magique, comme dans la bande dessinée. Donc, ils aimeront. Les adultes aussi, mais, eux, apprécieront le fait que le film ne dure pas plus de 78 minutes.

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