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Artisanat : tout ce qui brille n?est pas d?or

2 octobre 2004, 20:00

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Beau ou laid, qui en décide ? On dit bien que les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. La preuve, pendant que certains sont friands de ces ronds en rotin qu?on accroche au mur et qu?on habille ensuite de fleurs artificielles, d?autres trouvent ça vilain. C?est ainsi que cette bonne femme en coquillages, qui a laissé dégouliner une colle marron séchée, finit son séjour dans une boîte reléguée aux tréfonds de votre garage, alors que le voisin lui a trouvé une place de choix sur son argentier. Et puis, il y ce petit verre à liqueur marron sur lequel on a inscrit « bon anniversaire » avec du Blanco, source d?une dispute entre vous et votre conjoint. On dit pourtant que tous les goûts sont dans la nature.

« Nous avons des pièces d?artisanat de collection, des maquettes de bateau uniques. Vous avez vu les tentes en vacoas qu?on trouve maintenant en petit format ? », soutient avec verve un porte-parole de la National Handicraft Promotion Agency (NHPA). Ce dernier défend bec et ongles la beauté de l?artisanat mauricien.

Il existe certes de belles choses. Les dessous de plats en fibre de coco, poupées vêtues de feuilles de bananes vernies, ou autres boîtes en papier mâché ornées de graines de filaos en sont des exemples.

<B>Trop simpliste et un rien vulgaire</B>

Si vous allez faire un tour au Craft Market du Caudan, vous découvrirez un artisanat souvent raffiné, même s?il n?est pas toujours original. Idem pour certaines boutiques du littoral destinées aux touristes. Entre galère et délires certains artisans réussissent quand même à tirer leur épingle du jeu. En y mettant les formes, et en misant sur la qualité.

D?un autre côté il y a le regard malheureux de cette femme qui a un stand de produits en rotin qui plie bagage, et vous avoue sans détour : « Pa tro marse saa, ou pas trouve monn fini ramase mo pa pe atann katrer. Mo panne vanne narien depi gramatin ». Il y a également toutes ces femmes qui fréquentent les centres sociaux et qui apprennent les ficelles de la broderie ou de la couture, avec l?espoir de gagner leur vie ainsi. Trop simpliste, un rien vulgaire, parfois dérisoire ou très ringard, notre artisanat est parfois envahi par des choses de mauvais goût.

Alors qu?on prône l?entrepreneuriat, et que beaucoup se tournent vers l?artisanat, il faut avouer que certains n?ont pas du tout des doigts de fées, voire même qu?ils devraient ou se perfectionner ou passer à autre chose. Des experts vous diront alors que « the sky is the limit ». D?autres estiment que l?artisanat mauricien n?est pas assez développé et qu?il reste encore beaucoup à faire. Où est-ce que ça coince ?

« Le problème des Mauriciens, c?est qu?ils copient trop. On ne sait pas s?inspirer de quelque chose pour créer », constate l?artiste peintre Nathalie Perrichon, qui anime parfois des stages de bricolage. Selon elle, il y a encore un long chemin à parcourir, car il ne suffit pas de changer les couleurs ou quelques petits détails pour innover. « Il faut beaucoup de recherche, mais je crois que le blocage vient du fait que l?artisanat est avant tout commercial. On crée pour gagner sa vie, et pas pour l?art. » L?artiste regrette de ce fait qu?à Maurice, on ne donne pas de subventions aux artisans. « Il faut avoir la tête reposée pour créer, mais si on doit récupérer l?argent des matières premières et faire des bénéfices pour vivre, c?est normal qu?on se contente de peu, du moment que ça se vend. »

Renu Padaruth, directrice du National Women Entrepreneur Council, concède également qu?il y a encore beaucoup à faire en matière de créativité. « Les Mauriciens sont limités. Aujourd?hui on ne peut plus se contenter de faire un bouquet pou passe passe letan. Les gens sont fatigués de voir les mêmes choses. Il faut découvrir ce qui se fait ailleurs, en s?en inspirer, sans pour autant plagier. On n?innove pas assez dans les formes. » Elle est toutefois d?avis qu?il faut mettre en avant ceux qui cherchent à être originaux. « Je connais une dame qui suit la tendance. Si je vous dis crochet, vous pensez au truc ringard. Mais elle fait des bikinis en crochet, des sacoches pour portables. Ce qu?il faut c?est la réflexion, l?imagination pour progresser. »

Pour Marie-Claire Lajoie, enseignante à la Craft Academy, l?artisanat est en devenir. « C?est en train de se faire. Déjà on ne mise plus que sur le sable et la mer, et on se tourne vers la flore, les épices. Il y a toute une sensibilisation qui se fait pour encourager la qualité et la créativité. »

Du côté de la NHPA, on tient en ligne de compte le fait que notre pays n?a pas tellement de ressources naturelles, que les Hollandais ont détruit notre bois d?ébène. On reconnaît également que ce qu?il faut maintenant, c?est apporter de la valeur ajoutée à nos produits. « Mais on ne peut pas empêcher quelqu?un de gagner sa vie. Il faut au contraire le féliciter d?avoir le courage de se tenir sur ses deux pieds. Nous devrions les former mais là aussi on est limité. On n?a pas les moyens de former tout le monde », plaide-t-on.

<B>Les gens reviennent vers le fait main</B>

Autre obstacle, la compétition. « Notre marché est envahi par la mass production des pays d?Asie. C?est moins cher, et c?est plus accessible puisque c?est ce qui marche », déclare Renu Padaruth. Même du côté malgache, ça semble saturé. Nayna, qui vend des produits

de la Grande île au jardin de la compagnie, avoue qu?à part quelques succès avec ses paniers colorés, ça marche « dousma, dousma ». « Il y a eu l?attrait pour l?artificiel, mais aujourd?hui les gens reviennent vers la nature, vers le fait main. C?est une tendance mondiale », affirme notre interlocuteur du NHPA.

Gageons qu?avec cette tendance et la nouvelle génération, notre artisanat ne fera qu?évoluer et se préciser. On pourrait peut-être réfléchir sur cette idée de Nathalie Perrichon qui est de mettre en place un système de contrôle de qualité.

<B>« Craft Market » : la qualité au tournant</B>

Prendre un morceau de bois, un morceau de fer, un morceau de corde et clic clac, ça vous donne un produit artisanal. Ce n?est pourtant pas ainsi qu?on conçoit les choses au Craft Market du Caudan. Les nombreux artisans n?ont pas le droit à l?à-peu- près. Traditions et modernité se côtoient presque toujours.

■ Maryse Grenande fait des paniers depuis 40 ans. Aujourd?hui elle les double pour ajouter à leur solidité et mélange les tons de vacoas pour attirer les clients qui font malgré tout la pluie et le beau temps. « Lavi la ki koumsa. Pas tou dimounn ki aste. Zot kapav passe en grande kantite. Touris plis interese, morisien pe rekoumans servi sa banne tant la. »

■ Poospabye Luximon est, quant à elle, une experte en rotin. Porte-verre, plateau, porte-lettre, vase.

Au fond de ses plateaux, elle place des vues de Maurice vitrées. « Tout letan, banne touris mem parfoi donn ou lide. Zot rode kalite, donc nou bizin donn zot sa, sinon travay la pa marse. » Bémol majeur, les Mauriciens trouvent parfois que c?est trop cher. « Nou nou konn nou lapenn ladan. Ou bizin koup rotin, perse, rabote, aste vitr. »

■ Marthe Nookiah écoule les poupées de sa belle-mère. Élégantes, elles sont habillées avec des vêtements traditionnels, mais aux coupes et matières audacieuses, telles que les feuilles de banane vernie. Toutes ces poupées portent des bijoux

et même des chapeaux ou des fichus sur la tête qui font souvent plus malgaches.

■ Georgina Lafranche vend les sculptures en fer forgé de son mari. Les bougeoirs prennent la forme de tulipes, d?hippocampes. Danc ce Craft Maket, on trouve des albums avec des couvertures en jute, et assortis de graines de filaos, d?épines d?oursins, de bijoux en coco, de coffrets laqués, bref un artisanat qu?on trouve ailleurs, mais cette fois avec une touche mauricienne.

■ Nirmala Oogarah a depuis cinq ans un stand d?artisanat à l?Orchard Tower. On y trouve des rideaux en coquillages, des abat-jour en coquillages, mais sa poule aux ?ufs d?or, ce sont ses colliers.

« J?importe ces coquillages et je les enfile. Les gens aiment ça parce que les coquillages sont des porte-bonheur. Si vous avez la foi, ils peuvent exaucer vos v?ux. »

<B>Définissons cet artisanat mauricien</B>

C?est là que les choses se corsent, que nos interlocuteurs cherchent leurs mots et ne trouvent pas parfois. Notre porte-parole de la NHPA avance tout d?abord qu? « il y a une définition à laquelle nous travaillons. Mais l?artisanat est un vaste domaine ». Il nous renvoie alors vers une brochure qui le définit comme des produits faits à la main, ou avec l?aide de procédés mécaniques, fabriqués sans restriction en termes de qualité, et qui font appel à des matières premières renouvelables.

Pour ce qui est de la touche mauricienne, notre interlocuteur considère que l?artisanat reflète le brassage de peuplement de l?île. « Nous sommes une nation de peuplement, d?Europe, d?Asie, d?Afrique, de Chine. Nous avons amené des traditions qu?on a adapté au caractère insulaire de Maurice. » Pour lui, le fleuron de notre artisanat est la maquette de bateau et puis cette mer, ces dodos, ces ségatiers qu?on retrouve déclinés sous plusieurs formes. « On ne doit pas oublier ces choses d?autrefois, comme la gargoulette pour garder l?eau fraîche, et qui est devenue aujourd?hui un objet de décoration. On a aussi des instruments de musique : la ravanne, la maravanne qui font partie de la culture mauricienne. » Renu Padaruth, du National Women Entrepreneur Council, se sent d?abord le besoin de se référer à la spécificité de l?artisanat africain, malgache et asiatique pour finalement conclure qu?à Maurice, « on fait un peu de tout. Il y a beaucoup de cultures. En plus nous sommes une île avec des coquillages, des pirogues, nous avons une flore avec des feuilles de canne, de bananes. C?est tout ce melting-pot qui fait notre artisanat ». Comme pour la cuisine ou la musique, il est difficile de dire que tel genre est plus mauricien que l?autre, souligne-t-elle.

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