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Arbitraire
Trois jours après avoir congédié Soorya Gayan, ex-directrice générale du Mahatma Gandhi Institute (MGI), le gouvernement reste muet sur les raisons de ce nouveau limogeage. Tant que dure le silence officiel, la sanction qui a été prise à l?encontre de cette dignitaire peut être considérée comme un acte arbitraire et abusif. Sur la base d?informations obtenues jusqu?ici, le seul motif de son licenciement tient au fait qu?elle soit l?épouse d?un ancien ministre MSM.
Sa révocation survient quelques jours après une grande victoire électorale des travaillistes. Cette affaire est donc susceptible de semer une psychose de l?insécurité dans le pays. Beaucoup de citoyens ont d?ailleurs ressenti une certaine peur devant le sort réservé à Soorya Gayan. Ils craignent qu?après son score de dimanche dernier, le PTr verse dans le triomphalisme et commette les dérives qui caractérisent les pouvoirs qui se sentent incontrôlés.
Certes, il est dans l?ordre normal des choses que des nominés politiques soient remplacés en cas d?alternance. Mais il est contraire aux normes de la bonne gouvernance qu?une personne qui a été sélectionnée par un panel d?interviewers, après un exercice d?appel à candidatures, soit renvoyée sans raison. C?est pourtant ce qui est arrivé à Soorya Gayan. Cette économiste, formée à l?une des universités les plus prestigieuses, la London School of Economics, occupait un poste de direction dans une institution académique. Elle n?est pas une simple activiste qui a obtenu une récompense dans un organisme parapublic après avoir collé des affiches pour un parti?
La politique du gouvernement sur la question des licenciements n?est pas lisible. Dans la plupart des cas, l?opinion publique ignore les raisons qui ont poussé le régime à sanctionner durement des fonctionnaires. De Ravin Udhin à Vijay Makhan, de Jyoti Jeetun à Kris Lutchmeenaraidoo, tous ont été révoqués sans que les raisons n?en soient données.
Si les nouveaux gouvernants veulent être perçus comme des dirigeants justes, ils doivent jouer la transparence et expliquer leurs décisions. Autrement, toutes les supputations sont permises. Dans le cas de Soorya Gayan, même en faisant de gros efforts d?imagination, on ne voit pas ce qui a pu être retenu contre elle. C?est une artiste aux talents reconnus et une gestionnaire dont le parcours est jalonné de brillantes réussites. Si elle avait été responsable d?un quelconque acte d?obstruction à l?application de la vision du ministre Gowreessoo dans le domaine de l?art et de la culture, le gouvernement le lui aurait fait savoir officiellement. Mais le régime se tait. Soorya Gayan aurait-elle vraiment payé la «faute» de son mari, Anil, lui-même coupable de délit d?opinion ?
Si c?est bien de cela qu?il s?agit, les mouvements qui se dressent en porte-drapeau du féminisme ont le devoir de réagir vigoureusement. Sauf, bien entendu, si les revendications du néo-féminisme se limitent à un combat contre la mise en valeur de la beauté féminine.
Les organisations syndicales ont également pour vocation de rester vigilantes afin de prévenir tout abus de pouvoir. Elles auront tort de vouloir attendre que le mal soit plus étendu avant de réagir. La situation peut se dégrader bien vite si elles n?exigent pas des explications dès les premiers actes suspects. Quand l?autoritarisme se manifeste et qu?il ne rencontre aucune velléité de résistance, la suite est prévisible : le gouvernement est amené à adopter un comportement mégalomaniaque. L?histoire récente de notre pays l?a démontré. Elle contient des épisodes sombres de prison politique et de censure de la presse.
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