Publicité
Apprendre par plaisir ou par obligation
Par
Partager cet article
Apprendre par plaisir ou par obligation
Vassen Naeck, ?Senior Lecturer? au MIE affirme, dans un entretien (voir ci-contre), que ?l'enfant doit apprendre par plaisir et non par obligation?. Cette ?recommandation? implique qu'il existe pour tout élève un mode d'apprentissage qui alternerait entre plaisir et obligation. Puisqu'un choix est possible, il l'invite à le faire par plaisir. Cela va de soi, qu?il ne voulait pas signifier que l?élève peut, au seul nom du plaisir, fuir le poids des obligations qu?impose l?exigence du système éducatif auquel il est étroitement rattaché. Il est vrai que le temps où l?apprentissage scolaire se faisait avec sévérité dans l?esprit d?un devoir à accomplir est quelque peu révolu. Il est vrai aussi que les parents d?aujourd?hui tendent à satisfaire, souvent à outrance, les moindres caprices de leurs enfants, sous prétexte que ces derniers réussiront mieux ce qu?ils adorent faire. Mais ici, la recommandation de Vassen Naeck n?est pas de fuir ses obligations, mais d?en faire un plaisir.
Seulement, pour assurer un apprentissage par plaisir, il faut que l?enseignement même, dans toute sa dimension intégrale, soit source de plaisir. Autrement dit, la responsabilité n?incombe pas qu?à l?élève. Tous les actants du système intégral de l?éducation, de l?élève au ministre de l?Education, en passant par les parents et l?enseignant, entre autres, doivent apporter leurs contributions personnelles. Ce qui veut dire que toute absence de plaisir chez l?élève en question viendrait d?une rupture quelque part dans la chaîne communicationnelle de ce système. Car, l?apprentissage en lui-même ne saurait être un élément isolément déficitaire. C?est le système entier qui aurait engendré la faille. L?activité de l?élève n?est donc pas séparable de celles d?autres actants de l?enseignement. Du coup, le mode sur lequel est conduit l?apprentissage devient évaluation de l?intégralité du système éducatif. Il devient juge de son propre système en signalant que la faille vient de l?intérieur.
Si le plaisir était assuré, l?apprentissage serait comblé. Autant dire, le système serait parfait. Seulement voilà : le plaisir ne peut être garanti dans l?absolu. Tous les vingt élèves d?une classe ne peuvent ressentir le même intérêt pendant la même période de temps devant un même sujet au tableau. Pour que cela soit ainsi, il faudrait pouvoir obliger tous les élèves à un même degré de satisfaction. Autrement dit, il faudrait faire du plaisir une obligation, une contrainte ? ce qui s?oppose à l?intention initiale. Cela veut dire que le plaisir ne peut exister dans l?absolu, sans devenir obligation à laquelle il s?oppose.
Il y a donc, en toutes circonstances, des moments où la joie n?accompagne pas l?apprentissage. Mais, puisque l?apprentissage doit se faire malgré tout, la nécessité de la réussite scolaire l?impose, l?absence de plaisir persiste. Celle-ci devient obligation. Il y aura donc toujours une part d?obligation dans l?apprentissage. On ne saurait débarrasser l?enseignement de cette dualité dans laquelle il est constamment enfermé. L?apprentissage n?est donc pas réductible à un mode unique.
Cela dit, entre le plaisir et l?obligation, aucun choix fondamental ne s?impose. Ce qui est réclamé, c?est plutôt le pragmatisme : là où l?apprentissage fait appel à un mode qui privilégie l?obligation, la demande ne doit pas être esquivée. De même pour le plaisir. En réalité, on ne peut concrètement dépasser cette dualité dans laquelle est enfermé l?apprentissage. L?obligation et le plaisir sont les deux faces d?une même pièce. Seule la liberté d?approche compte. Mais cette liberté doit venir de l?élève lui-même.
A ce moment-là, apprendre par plaisir sera tout aussi valable qu?apprendre par obligation. Parce que l?obligation elle-même viendrait de l?élève, c?est-à-dire librement. Donc par plaisir. L?obligation sera librement imposée par le principal concerné lui-même. Elle sera authentique. Ce qui laissera à l?élève une autonomie de penser. N?est-ce pas là une manière d?assurer chez l?enfant l?éveil d?un esprit critique qui lui permet une meilleure entrée dans l?univers de la culture tout en lui apprenant à respecter, par plaisir, l?obligation comme devoir envers la société ?
Publicité
Publicité
Les plus récents