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APE : les ACP risquent d?y laisser des plumes
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APE : les ACP risquent d?y laisser des plumes
La négociation d?un accord de partenariat économique (APE) avec l?Union européenne ressemble fort à une avancée en terrain miné pour le groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). C?est ce que laisse entendre le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Jayen Cuttaree, qui intervenait lors d?un débat organisé dans le cadre de l?Assemblée paritaire Union européenne-ACP qui se tient actuellement à Addis Abeba en Ethiopie. Le commissaire européen au commerce, Pascal Lamy, assistait au débat.
Tout au long de son intervention, Jayen Cuttaree a relevé les multiples embûches que comportent ces négociations pour les pays ACP. Un accord de libre-échange avec l?Union européenne comprend des risques et peut avoir un impact négatif sur les pays ACP en général et sur les pays africains en particulier, estime le ministre du Commerce international.
Avec un APE, les Etats ACP n?obtiendront pas de préférences additionnelles ou un accès amélioré sur le marché européen. En revanche, ils auront à réduire les droits de douane sur les produits européens. Les conséquences peuvent être sérieuses, entraînant une détérioration du niveau de vie et une aggravation du problème de la dette, prévient Jayen Cuttaree.
?Certaines études, y compris celles de la Banque mondiale ont estimé que l?impact net des APE sera probablement négatif. La négociation et l?administration de ces APE impliquent également des coûts directs conséquents pour les ACP. Ce qui soulève la question fondamentale : qui bénéficie de la libéralisation ??, poursuit le ministre.
Les ACP acceptent qu?un des objectifs des APE est l?intégration des ACP dans l?économie mondiale. Toutefois, pour y arriver, plusieurs conditions doivent être réunies.
Un APE doit avant tout aider à la restructuration économique des pays concernés afin qu?ils développent les capacités de production et d?exportation qui leur permettraient de tirer avantage de l?ouverture des marchés et de s?intégrer dans l?économie mondiale.
La restructuration économique nécessite des ressources financières additionnelles. A ce chapitre, le problème de la dette est crucial. ?A moins que ce problème ne soit résolu d?urgence, nous ne pourrons pas parler de la viabilité des APE quand la dette est elle-même invivable?, déclare Jayen Cuttaree.
Il réclame aussi des budgets additionnels pour aider les ACP à se mettre à niveau avant d?entrer dans un APE avec l?Europe. Pas question de se leurrer : les traditionnels Fonds européens de développement n?ont jamais été conçus pour financer le type d?ajustement qu?implique un APE. Il faut d?autres fonds avec des mécanismes de déboursement plus simples et rapides, insiste Jayen Cuttaree.
Le ministre a également évoqué les dangers que représente la proposition européenne sur les produits industriels. L?élimination des quotas sur le textile-habillement signifie une concurrence exacerbée pour les pays ACP. Il ne leur resterait que les droits de douane comme avantage. Or les propositions de l?UE visent justement à réduire substantiellement les tarifs douaniers. Ces propositions représenteraient la mort de l?industrie de textile-habillement dans les pays ACP, surtout par rapport à des géants comme la Chine. ?Ce n?est dans l?intérêt de personne?, dit-il.
Jayen Cuttaree déclare apprécier la compréhension de Pascal Lamy à ce sujet et espère que cela se traduira par des actions concrètes pour tenir compte de nos préoccupations..
De plus, les conserveries de thon des ACP sont aussi menacées. La réduction de moitié des droits de douane européens en faveur de la Thaïlande, des Philippines et de l?Indonésie a affecté négativement les exportations des ACP vers la Grande-Bretagne.
?Nous devons revoir toutes ces questions car sinon les futurs APE risquent d?être vidés de tout traitement préférentiel avec le risque que ce soit les ACP qui finissent par accorder des préférences commerciales à l?UE. Je ne pense pas que ce soit l?intention de l?UE. Mais je pense qu?il est urgent, à ce stade, d?effectuer une évaluation de l?impact d?une réduction tarifaire sur les pays ACP?, poursuit Jayen Cuttaree. Il ajoute que les ACP suivent également de près l?évolution de la réforme de la politique agricole commune pour veiller à ce que les acquis de Lomé soient maintenus concernant les commodités.
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