Publicité
Anxiétés chinoises
?Économie chinoise a des forces, elles sont industrielles. Elle a des faiblesses, elles sont financières. Le mini-krach de la Bourse de Shanghaï, qui a perdu brutalement 9 % mardi 27 février, s?est répercuté très vite aux autres places boursières parce que la Chine est devenue un grand moteur de la croissance mondiale et que ses faiblesses financières sont connues et redoutées.
La première de ces faiblesses est le risque de surévaluation, l?indice ayant grimpé de 130 % en 2006, puis encore de 14 % depuis le début de l?année. Cet excès a rendu nerveux les opérateurs, et l?éventualité d?un resserrement des contrôles de liquidités par le gouvernement de Pékin a suffi à provoquer la chute. Après un rebond mercredi, l?indice de Shanghaï a fléchi à nouveau jeudi 1er mars.
Plus profondément, les marchés boursiers chinois fonctionnent mal parce que le poids de la puissance publique y est excessif. Les trois quarts des sociétés par actions sont détenues par l?Etat. Seul un tiers des actions des firmes était jusqu?alors négociable ? une proportion qui vient d?être relevée à 45 % ?, le reste étant détenu par le ministère des Finances. C?est dire, au passage, que c?est l?Etat qui s?appauvrit le plus lorsque la Bourse baisse... On distingue en outre des actions A, réservées aux épargnants chinois, et des actions B, en dollars. Les Bourses sont aussi affligées de multiples malversations, d?ententes illicites et de comptes truqués. L?autorité de surveillance est à la peine pour domestiquer ce marché qui, bien qu?en apparence contrôlé par l?Etat, est aisément dévoyé par les corporations publiques.
La Bourse chinoise a néanmoins étonné les observateurs par sa récente vitalité. Qu?on se souvienne des lamentations rituelles sur l?incapacité de la Chine à se doter d?un marché de capitaux digne de ce nom. Là comme ailleurs, Pékin a surpris, en réformant en douceur et en déverrouillant à la marge. La menace d?un éclatement de la bulle immobilière a fait le reste. Devant l?imminence de mesures de refroidissement, les fonds spéculatifs ont fondu sur les places de Shanghaï et Shenzhen, seuls placements alternatifs.
Cette frénésie place Pékin devant une douloureuse contradiction. Laisser faire risquerait d?alimenter une nouvelle bulle, tout aussi périlleuse que l?immobilière. Mais intervenir par souci de moraliser cette nouvelle ?économie casino? pourrait faire souffler un vent de panique et précipiter un retournement de cycle. Or chacun de ces deux cas de figure tient du scénario cauchemar pour le gouvernement. Car la Bourse en Chine est un phénomène populaire. Retraités, chômeurs et ménagères boursicotent allégrement des journées entières. Une crise boursière en Chine est fatalement une crise sociale. Dangereuse fuite en avant ?
© Le Monde 2007
Distribué par The New York Times Syndicate</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents