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Ankara ne juge aucun cas de grippe aviaire critique
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Ankara ne juge aucun cas de grippe aviaire critique
Deux adolescents de l’est de la Turquie ont succombé à la maladie la semaine dernière. Il s’agissait des premiers décès dus à la grippe aviaire enregistrés hors de Chine et d’Asie du Sud-Est. Leur soeur, décédée, pourrait aussi avoir été victime de la grippe aviaire et des dizaines de Turcs se sont précipités dans des hôpitaux pour y subir des tests.
“J’ai le sentiment que ce qui se passe en Turquie peut être contrôlé assez facilement”, a déclaré par téléphone d’Ankara Guénaël Rodier, chef d’une équipe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) enquêtant sur place. Un autre responsable de l’OMS a également dit à la presse que l’analyse génétique d’échantillons prélevés sur des humains et des animaux affectés montrait qu’ils étaient très similaires, ce qui laisse penser que des volailles en sont la source.
Les victimes contractent la maladie par contact étroit avec des volailles infectées. Les experts redoutent que le virus hautement pathogène H5N1 ne subisse une mutation suffisante pour se communiquer d’homme à homme et provoquer une pandémie susceptible de tuer des millions de personnes. La série de cas recensés en Turquie représente la première détection du virus hors de l’Asie orientale depuis sa réapparition fin 2003. La grippe aviaire a tué au moins 76 personnes depuis lors.
La Turquie a annoncé mardi un nouveau cas chez un patient dans la province centrale de Sivais mais les autorités ont indiqué qu’aucune des personnes touchées par le virus n’était dans un état critique.
<B>Volailles dissimullées</B>
“Jusqu’ici, le H5N1 a été détecté dans 15 cas et deux de ces personnes sont mortes. Nous n’observons aucun nouveau cas dans l’Est, la tendance évoluant vers la Turquie centrale”, a déclaré à Reuters Turan Buzgan, responsable du ministère de la Santé. Le Premier ministre Tayyip Erdogan a dit que la crise était maîtrisée. Des experts sanitaires considèrent l’épidémie turque comme la plus sérieuse depuis celle de 1997 à Hong Kong, où l’on avait enregistré 18 personnes contaminées et six décès avant de maîtriser la situation.
L’épidémie assombrit l’Aïd el Kébir, fête musulmane durant laquelle sont sacrifiés moutons ou vaches. Dans un communiqué diffusé mardi, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) note que la neige et le froid contrarient la lutte contre la grippe aviaire en Turquie et elle engage la communauté internationale à fournir une assistance à la Turquie. Quatre personnes présumées atteintes de la maladie ont été hospitalisées dans la ville d’Aydin, proche du littoral très touristique de la mer Egée.
Dans les pays voisins, on aspergeait de désinfectants les voitures en provenance de Turquie et l’on vérifiait les bagages pour prévenir toute propagation de la grippe aviaire. Les autorités turques ont envoyé des équipes de vétérinaires en combinaisons protectrices dans différentes régions pour y procéder à l’abattage de volailles, méthode considérée comme la plus sûre pour contrôler la maladie. Le maire de la localité orientale de Dogubayazit, d’où étaient originaires les enfants morts de la maladie, a déclaré que beaucoup d’éleveurs dissimulaient leurs volailles par méfiance à l’égard des promesses officielles d’indemnisation.
Des faubourgs d’Ankara et d’Istanbul ont été en partie bouclés pour l’abattage de volailles. Les habitants qui évacuent les zones concernées font l’objet de décontaminations. Selon les autorités, de 12 à 23 personnes examinées à Istanbul ont subi des tests négatifs. On craint que le virus ne frappe cette ville de 12 millions d’habitants qui est la capitale commerciale du pays et l’une des portes de l’Europe et de l’Asie. Les autorités ont intensifié une campagne d’information en exhortant les populations à se conformer aux règles d’abattage, en particulier dans les régions pauvres du Sud-Est à majorité kurde.
<B>Paul DE BENDERN</B>
PROBLÈMES
<B>Colère et confusion dans une ville</B>
Mukaddes Kubilay, conseillère municipale kurde dans l’est de la Turquie, est en colère. A ses yeux, les autorités d’Ankara ont constamment négligé sa province et l’ont rendue ainsi plus vulnérable à la grippe aviaire qui la frappe aujourd’hui. “Les responsables de l’Etat disent ne pas faire de différence entre les Turcs et les Kurdes mais nous sentons bien la discrimination ici”, dit-elle. La plupart des habitants de cette région reculée, proche de la frontière iranienne, sont de souche kurde. Beaucoup de femmes et certains hommes y parlent à peine le turc, ce qui ajoute aux problèmes de communication avec les autorités dans la lutte contre la propagation de la grippe aviaire. “La situation est de 20 à 30% pire qu’en d’autres endroits touchés par la maladie. (Les autorités) punissent la population”, dit Kubilay. “Comment les gens peuvent-ils survivre quand leurs poulets sont abattus? Que vont-ils manger? Le gouvernement doit trouver des solutions de rechange pour la région.” Depuis le 1er janvier, la grippe aviaire a tué trois personnes en Turquie - trois enfants d’une famille de la ville de Dogubayazit. Une dizaine d’autres personnes ont subi des tests positifs dans le pays, dont la moitié dans l’Est.
La maladie se propageait mardi dans d’autres régions, un nouveau cas ayant été confirmé chez un patient de la province centrale de Sivas. Six personnes sont soignées dans un hôpital d’Ankara après des tests positifs au virus de la grippe aviaire et plus de vingt autres sont hospitalisées à Istanbul. Le gouvernement dément la négligence dont on lui fait grief et dit avoir commencé à abattre des volatiles partout où le virus a fait apparition. L’abattage a débuté mardi dans le Sud-Ouest prospère qui était épargné précédemment. Dans l’Est, le maire de Dogubayazit, Rauf Ulusoy, rapporte que nombre d’habitants dissimulent leurs volailles parce qu’ils mettent en doute les promesses officielles d’indemnisation. “Beaucoup mentent à nos vétérinaires, nous devrons peut-être en venir à infliger des amendes à ceux qui refusent de coopérer”, dit-il. Un jeune chômeur de 18 ans déambulant dans le souk de la ville dit ne pas savoir grand-chose de la grippe aviaire. “J’ai entendu dire qu’elle venait du Nigeria”, déclare-t-il. L’Afrique n’est pas touchée par le virus de la grippe aviaire, qui sévit surtout en Asie du Sud-Est et en Chine. La maladie a aussi touché des volailles en Roumanie et en Croatie.
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