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Anges gardiens et démons
«Sans un service de videurs (bouncers), je dois fermer mon établissement. Ce service me coûte Rs 44 000 par mois. Je paye pour assurer la sécurité de mes clients et mes équipements.» Tels sont les propos de Bryan, le propriétaire du Ritz. Une boîte à Baie-du-Tombeau réputée pour ses pole dances et qui attire une clientèle mixte Mauriciens-étrangers.
«Tous les soirs, les deux videurs fouillent les clients. Et ce sont des armes blanches de tout genre et souvent des revolvers qu?on découvre sur certains clients. On leur demande de déposer ces armes à la réception et de les reprendre quand ils sont sur le point de partir», explique Brian. Il ajoute que seuls des videurs costauds arrivent à effectuer ces types de fouilles et «convaincre» les porteurs d?armes de se désarmer.
A Grand-Baie, autre son de cloche. «Quand vous appelez la police, ils mettent souvent plus d?une heure à arriver. Dans ce laps de temps, des malfaiteurs peuvent démolir entièrement tous les effets et équipements d?un restaurant. Croyez-moi, les videurs que je paye entrent en action en moins de cinq minutes et règlent très vite la situation», explique un propriétaire de bar.
Apparemment, la personne qu?il emploie est un freelance qui travaille en collaboration avec tout un groupe de videurs de jour. «Son salaire dépasse largement les Rs 10 000. La plupart du temps, il n?est pas dans le bar. Mais du moment qu?il y a un pépin, je l?appelle. En moins de cinq minutes, il arrive avec deux voitures remplies de videurs.» Et c?est de façon spectaculaire, digne d?un film d?action. «Arrivée des véhicules à grande vitesse, freinage brusque, crissement des pneus, ouverture des portières avant que les véhicules ne soient entièrement stoppés, débarquement d?une dizaine de costauds au crâne rasé, vêtus de complets noirs, portant verres fumés, etc. Cela suffit à dissuader les clients au comportement répréhensible», nous affirme-t-il.
Il y a, aujourd?hui, plus de 300 videurs qui travaillent rien que dans la région de Grand-Baie, le soir. S?ils n?appartiennent pas tous à un même groupe, ils ont tous le même mode opératoire. Ils sont à un ou deux sur les lieux qu?ils sont payés pour protéger. En cas de pépin, ils font appel aux autres qui arrivent très vite.
<I>«Des groupes de videurs agissent aujourd?hui comme des ?milices armées?. Ils sont constitués de ?tapeurs? et autres récidivistes.»</I>
Aujourd?hui, la plupart sont armés. Armes blanches ou armes à feu non-déclarés. La police en a souvent saisies lors de perquisitions chez eux. D?autres videurs en ont utilisées lors des récents hold-up. Et leur mode opératoire a depuis longtemps dépassé les frontières des établissements pour être utilisé sur des citoyens dans les quartiers résidentiels.
<B>Reglement de compte</B>
C?est en 2006 que le public mauricien en fait, pour la première fois, l?amère expérience. Une bande de videurs, presque 80 personnes, débarque dans un quartier résidentiel à Beau-Bassin pour un règlement de compte avec un certain Manan Fakoo. Des coups de feu seront tirés ce soir-là.
Or, de tels incidents allaient se répéter dans différentes régions du pays la nuit, avec arrivée d?une vingtaine de voitures bourrées d?hommes armés, qui passent ensuite à l?action, maniant sabres et armes à feu. De cité Barkly à la Plaine-Verte, au point où le commissaire de police (CP) affirmait, la semaine dernière, que des groupes de videurs agissent aujourd?hui comme des «milices armées». Ils sont constitués de tapeurs et autres récidivistes et ne sont nullement enregistrés. C?est cette situation que le CP va devoir très vite régler.
De fait, dans la plupart des pays, les videurs appartiennent à des compagnies enregistrées et un organisme spécialisé s?occupe de leur délivrer leur permis de videur après des examens. Tous les aspirants videurs ont ainsi à suivre des cours.
En Grande-Bretagne, la Security Industry Authority est responsable de la réglementation des videurs, qui sont appelés, là-bas, doormen. Le British Institue of Inkeeping Awarding Body est un des organismes qui assurent leur formation.
Chose que Philippe Harel, directeur d?une compagnie de videurs de Grand-Baie tente de faire seul (voir encadré). Surtout à un moment où le monde des videurs à l?étranger change, avec l?utilisation des équipements de protection électronique et l?arrivée de plus en plus de femmes dans ce métier réservé dans le passé uniquement aux hommes.
«Un bon videur est celui qui rétablit l?ordre sans jamais utiliser la violence», dit une des brochures de la Security Industry Authority. Ce n?est pas encore le cas à Maurice, où un animateur d?une radio privée a déjà été agressé dans une discothèque sans intervention aucune des policiers mandés sur les lieux.
QUESTIONS À?
Philippe Harel, directeur d?une compagnie de videurs</B>
● <B> A la tête d?un groupe de 300 videurs, vous êtes très craint à Grand-Baie où vous habitez. Des gens de la localité ont même refusé de me donner votre adresse par peur de représailles de la part de vos hommes?</B>
Je suis très surpris. C?est là toute une question de perception. Surtout après ce que publie souvent la presse à propos des bouncers, connus aussi comme videurs, gros bras ou tapeurs. C?est une image très négative qui a été projetée par la presse.
Je suis un ex-policier, j?ai fait une excellente, quoi que courte, carrière à la Special Mobile Force (SMF), j?ai un casier judiciaire vierge. J?ai mon Higher School Certificate et j?ai fait des études de gestion. Aucun des bouncers employés par ma compagnie n?est armé. Je n?encourage aucun de mes hommes à avoir recours à la violence. D?ailleurs, je ne recrute que ceux ayant un casier judiciaire vierge.
Je m?efforce aussi de professionnaliser le métier de videur à travers l?expérience que j?ai eue à la SMF.
● <B>Quelle image avoir des «bouncers» quand ils sont mêlés à de violents événements ? L?affaire Enigma démontre un comportement intolérable de leur part...</B>
Comment savez-vous que ce sont des videurs qui sont responsables des agressions lors des incidents à Enigma à Quatre-Bornes ? Je n?ai pas ce renseignement. Quoi qu?il en soit, une enquête est en cours. Mais il faut savoir que c?est dans la voiture d?un bouncer que les blessés ont été transportés à l?hôpital.
Quant aux hold-up, un videur qui en commet un n?est plus videur. Je suis outré de ces accusations et allégations. Les bouncers sont des pères de famille. Ils ne constituent nullement un danger pour le pays. Il y a des gens de toute communauté parmi mes hommes. Le danger vient d?ailleurs, de ces gens qui se comportent mal et qui ont une réaction communale quand ils sont mis à la porte par un bouncer. «To fer dominer are mwa. Ene ti moman mo ale rod mo bann mo vini la.»
Je crois qu?il est temps qu?on porte un regard différent sur les bouncers et qu?on reconnaisse notre contribution à l?économie, au nignt life et au tourisme en général.
● <B>La «night life» a-t-elle une clientèle habituelle et particulière ?</B>
Non, on y trouve des gens de toutes classes sociales, de toutes communautés, de tous les groupes ethniques. Il y a de nouveaux visages toutes les semaines.
● <B>On allègue que certains «bouncers» sont des fournisseurs de drogue dans les discothèques et sont mêlés à des trafics?</B>
Allégations fausses ! Je dirai à ceux qui ont des renseignements de ce type de les donner aux autorités.
● <B> Combien touchent en moyenne vos hommes ?</B>
Ils sont payés entre Rs 800 et Rs 1 000 par soirée. Ils travaillent trois soirées par semaine. Pour les grands concerts, nous assurons la sécurité, en étroite collaboration avec la police.
● <B>Comment expliquez-vous que plusieurs videurs soient couverts d?or ? Comment arrivent-ils à se payer toutes ces chaînes, chevalières et gourmettes en or avec leur salaire ?</B>
La plupart des bouncers ont une autre profession. Et puis, les énormes bijoux qu?ils portent ne sont pas nécessairement en métal précieux.
● <B>Deux ans que vous êtes dans ce métier. Considérez-vous avoir réussi ?</B>
Oui, certainement. Mais je n?ai pas encore réalisé mon rêve. Il le sera quand j?arriverai à donner au métier ses lettres de noblesse. Les bouncers sont là pour protéger les gens, pas pour déstabiliser la paix sociale.
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