Publicité

Anand Kusruthsingh, un oncle surprotecteur

12 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Comment un homme si intelligent pourrait-il se livrer à de si basses man?uvres - faire défigurer un autre ? La question hante tous ceux qui ont côtoyé Anand Kusruthsingh, 49 ans, inculpé d?avoir commandité l?agression de Pravin Buckory au début de la relation de celui-ci avec sa nièce.

Ces mêmes personnes, qui s?étonnent de ce comportement, reconnaissent cependant une nature très - trop - conservatrice et une attitude surprotectrice pour cette nièce orpheline de père qu?il avait prise sous sa coupe.

Anand Kusruthsing a un parcours professionnel remarquable. Diplômé de l?Indian Institute of Technology de Delhi, que fréquentent les meilleurs de la profession, il est nommé Principal Engineer à la Central Water Authority (CWA) et muté au siège de St Paul. Ses collègues ont de lui l?image d?un brillant et rude travailleur.

Ces compétences techniques le mènent à la Policy Unit créée en 1996 et dissoute en 2000. Esprit vif, il capte rapidement les points techniques et dégrossit les dossiers avec aisance. Il travaille à l?élaboration du projet Build, Operate and Transfer. A celui du Midlands Dam aussi. Sa réputation lui vaut de lier d?étroits contacts avec les associations d?ingénieurs étrangers.

Anand Kusruthsingh vient d?une famille très respectée. Son père, Ramsing, est un ancien haut gradé de la police, qui a longtemps été affecté au poste de Pamplemousses. Munhurry, son frère, est médecin.

Un homme taciturne qui socialise peu

Homme taciturne, Anand Kusruthsingh socialise peu. Ses stricts principes de vie surprennent. Végétarien, il ne boit pas et ne fume pas.

Marié et père de deux garçons, c?est un père de famille attentionné. Depuis le décès du père de sa nièce Meenakshi, il semble vouloir jouer ce rôle auprès d?elle. Il n?aurait pas supporté pas qu?elle entretienne une relation avec Pravin Buckory, un « simple employé » du Central Electricity Board. C?est ce qu?a confié aux enquêteurs une source proche d?Antoine Chetty, ancien bras droit du notaire Vinay Deelchand. Une aversion telle qu?il est soupçonné aujourd?hui de deux délits à l?encontre de Pravin Buckory.

L?agression au cutter, qu?auraient exécutée Antoine Chetty et Mario Vythilingum, aurait en fait été le plan B. Il a été ourdi entre le commanditaire et les exécutants, contre récompense de Rs 80 000. Le plan A aurait consisté à placer des graines de gandia dans la voiture de Pravin Buckory. Mais il a déjoué la man?uvre en découvrant le pot aux roses et en consignant une déposition à la police.

L?ancien bras droit du notaire Deelchand affirme qu?Anand Kusruthsingh lui aurait également demandé d?utiliser un téléphone se trouvant dans la boutique des parents de Pravin Buckory pour lancer des menaces contre lui. Et pour se dédouaner de l?agression, le Principal Engineer de la CWA, toujours d?après Antoine Chetty, se serait prêté de bonne grâce à une agression au cutter pour que le petit ami de sa nièce en porte le chapeau. Tout ceci n?a pas empêché le couple de se marier.

L?agression de Pravin Buckory a semé la division au sein de la famille d?Anand Kusruthsingh. Son épouse et la mère de Meenakshi Gowrisungkur sont s?urs. Une partie de la famille a pris position pour la jeune fille et l?autre pour son oncle.

La semaine écoulée a été agitée pour Anand Kusruthsingh. Après avoir été identifié par ses dénonciateurs, Antoine Chetty et Mario Vythilingum, à la prison de Beau-Bassin, il a été arrêté mardi sous une accusation provisoire de « giving instructions to commit a crime, to wit serious assault ». Il a passé une nuit en cellule.

Mario Vythilingum est un autre homme de main du notaire Deelchand. La confrontation, selon Me Ravin Chetty, un des avocats d?Anand Kusruthsingh, aurait été réclamée par son client au lieu d?une parade d?identification.

Il a toutefois été relâché le lendemain après avoir fourni une caution de Rs 10 000 et signé une reconnaissance de dettes de Rs 20 000. Il devra à nouveau comparaître en cour le 31 mars.

Instructions pour prolonger les horaires d?ouverture

Cette libération a été diversement commentée. Il se chuchotait au tribunal de Rose-Hill que des instructions avaient été données en haut lieu pour que les départements du tribunal prolongent leurs horaires d?ouverture le jour de la comparution d?Anand Kusruthsingh. Ce, pour que ses avocats puissent compléter les procédures relatives à sa remise en liberté sous caution. Samad Goolamally, avocat d?Antoine Chettty, a lui trouvé que les chefs d?accusation retenus par la police contre Anand Kusruthsingh ont permis sa remise en liberté sous caution.

Depuis sa libération, le mutisme semble avoir frappé le principal intéressé, de même que ses proches. Le silence est aussi de mise du côté des Buckory. Sur conseils de leurs avocats respectifs, les deux camps éviteraient etde faire des déclarations qui pourraient leur nuire plus tard ou même apporter de l?eau au moulin du camp adverse lors de la préparation de leur défense.

Même si Anand Kusruthsingh a retrouvé la liberté de mouvements, il ne peut quitter le pays. Il n?était d?ailleurs pas au bout de ses peines en fin de semaine, puisque la direction de la CWA l?a suspendu de ses fonctions. La décision a été prise jeudi. Le conseil d?administration de ce corps para-étatique en sera d?ailleurs informé demain.

Le cas Kusruthsingh au Parlement en 1997

Les tribulations d?Anand Kusruthsinh n?avaient pas laissé la classe politique insensible. Rajesh Bhagwan et Paul Bérenger, alors députés de l?opposition, avaient, le 11 novembre 1997, interrogé le chef du gouvernement sur la question. L?interpellation de Rajesh Bhagwan portait sur une plainte déposée le 16 octobre par Pravin Buckory. Ce dernier avait affirmé que, le 9 octobre 1997, une personne se déplaçant à mobylette lui avait lacéré la joue gauche avec un objet tranchant. A la suite de quoi, il avait passé une nuit à l?hôpital.

Selon cette déposition, le blessé n?était pas en mesure d?identifier son agresseur, mais soupçonnait Anand Kusruthsingh d?être mêlé à l?affaire.

Paul Bérenger, qui avait ensuite pris le relais, avait demandé si le Premier ministre avait été avisé des dépositions consignées, avant l?agression, par Pravin Buckory et sa mère, accusant Anand kusruthsing de harcèlement à leur égard. Navin Ramgoolam avait promis de se pencher sur ce dossier, tout en avouant que cette situation renforçait sa conviction sur la nécessité de réformer la police. Il avait ajouté qu?il serait surpris d?apprendre qu?une personne dénoncée à la police puisse continuer à proférer des menaces. « I must say that I woul find it very surprising if, for example, the person has made a complaint against s specific person and that person will still go on and do the same threat. »

Publicité