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Amédée Maingard et notre savoir-faire, même militaire

23 décembre 2007, 00:00

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Est actuellement disponible en librairie, le livre que Paul Mc Cue consacre à l?agent secret Amédée Maingard de la Ville ès-Offrans. Que ce Mauricien, exemplaire à tant d?égards, ait été autant apprécié et honoré par la Grande-Bretagne que par la France, voilà qui ne peut guère nous étonner, à nous qui sommes tant habitués à voir des Anglais appréciant des compatriotes en raison de leurs connaissances de la France profonde et des Français, ébahis devant notre capacité de comprendre et assimiler les mille et une traditions millénaires britanniques.

De même, Anglais comme Français ont du mal parfois à comprendre notre aisance à passer mentalement d?un continent à un autre et à nous livrer, au pied levé, à de savantes synthèses où se mélangent harmonieusement des intuitions inspirées autant par le christianisme, l?islam, l?hindouisme que le bouddhisme. Faire montre de toutes ces qualités quand on a tout juste une vingtaine d?années, dans la France occupée par l?armée allemande et tristement quadrillée par la Gestapo d?Hitler et les collabos des milices à la solde du gouvernement de Vichy, voilà qui dépasse l?entendement.

En ces jours donc de terreur, de délations, de tortures et de morts dans les conditions les plus cruelles, l?heure n?est pourtant guère au paraître. La priorité est plutôt de survivre, comme on peut, avec les moyens du bord, heure après heure, jour après jour, sans jamais céder à la panique. En toute occasion, en revanche, il convient urgemment de conserver sérénité et sang-froid, même en recevant la pire des nouvelles, même quand tout s?écroule autour de soi, sans même savoir s?il faut ou non tout recommencer à zéro.

À lire les pages que Paul Mc Cue consacre à Amédée Maingard, l?agent secret Samuel pour les services d?espionnage SAS de sa Glorieuse Majesté, on revit intensément ces heures sombres de la Seconde Guerre mondiale quand tout semble sourire aux objectifs meurtriers d?Adolphe Hitler, quand Londres est bombardée nuit après nuit et quand l?armée de Rommel arrive pratiquement aux portes d?Alexandrie, à quelques encablures seulement du pétrole de l?Arabie saoudite.

Amédée Maingard n?est heureusement pas le seul Mauricien à s?être illustré sous les drapeaux pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils sont des milliers à avoir, comme lui, interrompu des études supérieures prometteuses ou une carrière professionnelle locale ou internationale, qui ne l?était pas moins, simplement pour participer à la défense du monde libre que menacent alors dangereusement les menées totalitaires d?un fou nommé Adolphe Hitler.

En s?engageant aussi spontanément sous les drapeaux, ils ne réclament, bien sûr, aucun privilège particulier sinon celui d?être jugés digne de contribuer à la défense de leur patrie et du monde libre. Pour cela, ils ont tout sacrifié y compris les contacts les plus chers avec leurs parents et proches, restés à Maurice et qui resteront sans nouvelles d?eux, pendant des mois, sinon des années, alors que les télégrammes leur apportent, jour après jour, de ce conflit mondial qui embrase pratiquement toute la planète, des informations les unes plus inquiétantes que les autres.

Confiance et désir d?émulation

L?immense avantage du livre de Paul Mc Cue sur Amédée Maingard est de porter un regard européen sur la carrière militaire d?un Mauricien que rien en particulier ne prédispose à la carrière militaire et a fortiori au métier d?espionnage et de contre-espionnage. Dans toutes les tâches et missions qui lui sont confiées, l?agent secret Amédée Maingard, dit Samuel, excelle et renforce le sentiment de confiance et de désir d?émulation autour de lui.

Les ordres de mission qui lui parviennent de ses supérieurs hiérarchiques sont multiples et de tous azimuts. Tour à tour, il doit organiser des services de renseignements souvent secrets et confidentiels afin que l?état-major militaire allié soit parfaitement au courant de ce qui se passe sur le territoire français occupé.

Frères d?armes

À d?autres moments, Samuel et ses équipiers sont chargés d?opérations de repérage. À l?heure décisive, les précieux renseignements, fournis par leurs bons soins, permettront à l?aviation alliée de frapper à coup sûr et le plus rapidement possible, afin que les officiers allemands ne comprennent pas ce qui se passe sur leur tête.

Amédée Maingard aura encore la tâche d?arbitrer les conflits, de plus en plus nombreux, opposant les cellules gaullistes et communistes, au fur et à mesure qu?on se rapproche du jour de la Libération de la France. Là encore, on peut compter sur les ambitions politiques des uns et des autres pour empoisonner les relations les plus cordiales, existants auparavant entre frères d?armes et compagnons des jours mauvais. Sa position d?arbitre est des plus délicates, car il est aussi le distributeur d?armes, de munitions, d?équipements, de ressources financières. Comme il est facile alors pour que le doute et la suspicion s?infiltrent dans l?esprit de certains. Ils se mettent alors à douter et à penser que les autres reçoivent davantage qu?eux.

Amédée Maingard doit faire appel à toutes ses qualités humaines pour surmonter ces crises et ces conflits, les uns après les autres. Il ne tardera guère d?ailleurs à prouver à tous son extrême intégrité et impartialité. L?heure du doute passée, tous reviendront à lui avec une confiance renouvelée, encore plus disposés qu?auparavant à accepter par avance ses verdicts et décisions. Tous savent qu?il n?agit jamais sans avoir pesé le pour et le contre pour chacune des parties concernées et qu?il décide toujours en justice et en vérité pour le bien de tous.

Plus tard, à Maurice, de retour dans son pays natal, il n?hésitera jamais à faire appel à ces mêmes qualités humaines quand il lui faudra assurer les premiers pas de notre industrie touristique, de notre compagnie aérienne et de notre aviation civile. Là encore, ses nombreuses qualités humaines lui permettront de vaincre les premiers ressentiments de jalousie et de méfiance mutuelle et permettre aux secteurs précités de connaître le développement économique que l?on sait.

Comportement héroïque

Le livre de Paul Mc Cue est donc à lire et à méditer. Non pas pour cultiver, en notre esprit, on ne sait quel culte passéiste. Mais pour nous inspirer du comportement héroïque et exemplaire d?un Amédée Maingard, pour mener, comme lui, les hommes, qui nous sont confiés, sur la voie de l?excellence, de la Libération et de la Victoire. Notre île Maurice sort définitivement grandie et victorieuse de la publication d?un livre d?un tel carat.

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