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Alimentation rapide : Quand les microbes se vendent à petit prix dans les rues de Port-Louis
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Alimentation rapide : Quand les microbes se vendent à petit prix dans les rues de Port-Louis
Intoxication alimentaire. Ces deux mots ont fait l’actualité durant la semaine écoulée. Pourtant les Mauriciens continuent à s’alimenter dans les rues dans une absence d’hygiène ahurissante. Reportage.
Il est 14 heures. Les rues de Port-Louis sont grouillantes. Les nombreux passants se frayent un passage entre les véhicules fumants, les marchands de colifichets et ceux qui déjeunent à même le trottoir.
Nous sommes non loin de la Gare Victoria, la plateforme du transport en commun vers les villes des Plaines-Wilhems et le sud de l’île. Les fournisseurs du prêt à manger, sur place ou à emporter, sont installés entre deux véhicules en stationnement ou sur un coin de trottoir non loin des toilettes publiques nauséabondes ou des poubelles débordantes.
Ces conditions d’hygiène exécrables ne découragent pas, pour autant, certains Mauriciens qui persistent à s’alimenter auprès de ces marchands de nourriture. 
«Dhall puri, roti chaud !! », hurle un de ces marchands installés, juste à côté d’une poubelle remplie. Sa clientèle est là devant son  tricycle. Une longue file d’attente, composée principalement d’employés de bureau.
Le service est rapide, voire machinal. D’abord, le marchand attrape le dhall puri à mains nues, le place sur un papier, plonge sa cuiller dans un bol de gros pois, le même ustensile est utilisé pour le rougaille et le piment. Après avoir livré la nourriture, le marchand recueille l’argent, rend la monnaie et répète aussitôt l’exercice avec le client suivant. Il lui arrive parfois de satisfaire une petite démangeaison en frottant son menton, d’un geste rapide, à son épaule, tout en continuant d’assurer le service.
Un receveur d’autobus de la Compagnie Nationale de Transport (CNT), se fait servir. Il se régale. Nous l’abordons. Non, cela ne le dérange pas de manger à quelques mètres de la grosse fumée polluante dégagée par les autobus qui s’apprêtent à démarrer.
«Du moment que la nourriture est dans une vitrine et qu’elle est chaude, cela ne me dérange pas de manger ici. Par contre, je ne mange pas n’importe où et je suis conscient qu’il faut faire attention à ce que l’on consomme. D’ailleurs je refuse que mes enfants achètent de la nourriture dans la rue », affirme le receveur.
Le marchand, lui, est très serein. Il estime que ses clients lui font confiance, puisqu’ils reviennent régulièrement lui acheter ses galettes. «Je fais ce métier depuis plusieurs années et mes clients ne se sont jamais plaints », affirme-t-il pour se justifier.
Un peu plus loin, près du marchand de nouilles, c’est le même scénario. Des papiers ayant enveloppé de dhall puri  traînent ça et là, des bols sales et vides sont entassés dans un bac. Ils sont semble-t-il  destinés à la vaisselle. Mais on il n’y a aucun point d’eau à proximité, sauf les robinets des toilettes publiques.
Le vendeur sert allégrement ses clients, sans porter des gants... Après les nouilles frites et les boulettes, les mangeurs peuvent  se désaltérer en commandant  une limonade placée dans un conteneur en vitre. Une sorte d’aquarium placé sur une étagère en fer forgé.
Ceux qui ne sont pas habitués à ces scènes sont ahuris. Comment peut-on vendre de la nourriture dans ces conditions ?  Pourtant, la loi est claire concernant la vente, la préparation, la cuisson, le transport le service de la nourriture destinée à la consommation. Toute personne se livrant à une de ces activités doit faire preuve d’une hygiène irréprochable, porter de vêtements propres et des gants quand elle travaille.
Et en ce qui concerne les marchands ambulants, la section 18 du Food Act stipule qu’ils doivent garder leur véhicule irréprochable. On s’imagine que l’inspection systématique et quotidienne des débits de nourriture sur les trottoirs est impossible. Les marchands sont tellement nombreux et l’inspectorat n’a pas un personnel pléthorique.
Darwin Ramasawmy, le Principal Health Inspector affirme que c’est la responsabilité du consommateur de choisir sa nourriture, même si des inspections sont faites de temps à autres par les officiers du ministère de la Santé.
«Les autorités font leur travail mais en cas d’intoxication alimentaire, le consommateur est en grande partie responsable. Il doit savoir qu’une nourriture qui est exposée au soleil, surtout avec le climat tropical de Maurice, à la pollution des rues ou aux insectes, grouille de microbes. Ce sont des choses de base qu’on doit savoir», souligne-t-il.
L’inspecteur sanitaire ajoute qu’il constate un laisser-aller de la part des Mauriciens. Il fait ressortir que c’est possiblement le faible prix de la nourriture ou le manque de temps qui poussent les gens  à consommer de la nourriture disponible dans les rues.
«Il suffit de regarder le marchand pour savoir si la nourriture qu’il propose est saine. Le vendeur doit avoir une bonne hygiène corporelle », poursuit-il. Toutefois, à force de consommer de la nourriture exposée à toutes sortes de pollution, il se pourrait que les Mauriciens aient développé une résistance à certains microbes.
«Les gens sont peut-être immunisés contre certaines bactéries mais il faut savoir que le système immunitaire subit et résiste tant qu’il peut. Dans le long terme, cela se fera sentir », prévient Darwin Ramasawmy.
La mise en garde du responsable sanitaire tombera, sans doute, dans les oreilles des sourds, car les Mauriciens se remettront à consommer leurs mines, boulettes, halim, dhall puri ou briani à même le trottoir.  La culture de l’insouciance s’installe… 
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