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Alain Gordon-Gentil sur les pas de Gandhi

24 juillet 2005, 00:00

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Une bonne centaine d?intellectuels et d?amateurs d?activités culturelles, dont l?ambassadeur de France, Dominique Renaux, sim-ple spectateur parmi les autres, ont ovationné Alain Gordon-Gentil à la fin de la projection, en grande première mondiale, de son film mettant en exergue la pérennité de l?âme de Gandhi et sa survivance à jamais dans l?esprit de ses disciples, de ceux brûlant d?envie de mettre leurs pas dans ceux de cette Grande Âme.

Une vraie ode à ce gourou, antidote au monde hypermatérialiste et hyperégoïste qu?est le nôtre, sous toutes les latitudes et longitudes. C?était mardi dernier au cinéma Star, au Caudan. Une après-midi particulièrement mémorable.

Il convient d?abord de saluer l?intelligence avec laquelle Alain Gordon-Gentil construit son film. À le voir, on devine qu?il s?est rendu, en pèlerin de l?Absolu, sur les lieux de la naissance de la légende sacrée du gandhisme qui sont aussi ceux de la genèse de la décolonisation (désanglicisation) de l?Inde, de l?Indépendance de la Grande Péninsule, et au-delà de cet événement décisif l?accession de toutes les anciennes colonies européennes à l?autonomie, à la liberté et à l?indépendance politique en attendant celle, plus difficile, de l?indépendance économique.

Ne nous égarons toutefois pas avant même de mettre nos pas dans ceux de Gandhi, grâce au plaisir et au privilège de voir devant nos yeux émerveillés les belles images philosophiques et mystiques des Moussons intimes. Nous voilà déjà en train de tenir des discours politiques et économiques quand notre cinéaste improvisé, mais dont le coup d?essai se révèle à coup sûr un coup de maître, s?évertue à nous faire comprendre que le secret de Maître Gandhi, le sublime de sa mystique, c?est que la seule victoire qu?il convient de remporter, la seule conquête qu?il convient de réussir, c?est celle qu?on remporte et qu?on assure sur soi-même et sur ses mauvais penchants.

Gandhi : un art de vivre

Gandhi c?est avant tout un art de vivre, une philosophie personnaliste, nous exhortant à nous dépouiller chaque jour davantage de tout ce qui ne nous est pas essentiel et découvrir ainsi qu?on peut parvenir à vivre d?amour et d?eau fraîche. Des écailles, trop d?écailles, nous empêchent de voir et d?accepter le bien fondé de cette école de vie basée sur un dépouillement intérieur et extérieur et qui n?est pas sans faire écho à un autre appel, cette fois-ci davantage évangélique, au dépouillement également total pour « devenir mieux vêtu que lis des champs et que Salomon dans toute sa gloire ».

Mais à la différence de ces fleurs des champs « qui ne filent ni tissent » Gandhi est assez roué pour se mettre au rouet et énerver, comme des Chinois, le textile anglais. Les moussons intimes sont aussi un hommage à l?Inde millénaire, filmée avec un amour filial, seule capable de transfigurer la misère ambiante et la métamorphoser en potentiel de richesse, seule capable de nous faire comprendre que le sourire d?un enfant ou d?une jeune fille vaut tout l?or du monde et qu?un peuple qui sait sourire ainsi à la vie, aux espoirs de toute vie, est appelé à collectionner des sujets d?émerveillement et d?admiration.

Quelques spectateurs disaient à la fin du film : « Il faut connaître l?Inde. Il faut visiter l?Inde. » J?ai peur qu?ils n?aient rien comprise au film ni au message gandhien. Cette Inde si ravissante que décrit et dépeint si bien de l?intérieur Alain Gordon-Gentil est tout autant présente autour de nous à Maurice. Alain a, en fait, promené sa caméra dans notre bazar central, à la sortie de nos écoles et de nos usines.

Ses prises de vue brossent à merveille notre population bigarrée et si heureuse de vivre en une telle harmonie, et que l?on retrouve si facilement dans la plaine du Champ-de-Mars, lors d?une journée de courses, dans nos foires commerciales, dans nos kermesses, dans nos célébrations religieuses, dans nos fêtes conviviales.

Il ne sert donc à rien de vouloir visiter l?Inde de Gandhi si nous ne sommes pas capables d?apprécier, à sa juste valeur, le privilège inestimable de pouvoir vivre dans une île qui est en soi et en soie une Inde en miniature, plus indienne même que l?Inde, car toutes les composantes si complexes de l?Inde mystérieuse, échappant à toute compréhension humaine, se concentrent, ici, dans les 2 000 kilomètres carrés du territoire mauricien, dans cette goutte d?eau face à l?océan transcendant de l?essence identitaire de la Grande Péninsule.

Ces images si explicites

Merci surtout à AGG et à ses collaborateurs, Fareed Jangeer Kan, Mamode, Aresh, de nous avoir fait un film non objectif mais dans lequel ils ont su mettre tout leur c?ur, la passion gandhienne qui les habitent. Merci de nous avoir épargné une énième rétrospective de la geste gandhienne, vue de l?extérieur par des spectateurs grignotant, signe des temps, non plus des pistaches mais du pop corn.

Autant se vêtir avec du textile made in manche ester. Merci pour l?hommage rendu à vos semblables, ces sages ayant le mieux compris que pour comprendre Gandhi de l?intérieur, comprendre son âme, il faut vivre comme lui et s?imprégner de chacune des paroles qu?il continue de murmurer à nos oreilles.

Merci pour ces images si parlantes, si explicites et pourtant si sobres : une natte, un rouet, une table de travail, un verre d?eau, un esprit en éveil osant vivre la perfection divine par un total dépouillement de toute la pesanteur de la matière.

Quoi demander de plus ! Le film se révèle hagiographique mais avec une justesse de ton, une aura de véracité et d?authenticité qui suscitent l?émerveillement. Et dire qu?un sujet aussi transcendant est dédaigné par tant de cinéastes qu?on dit confirmés. Richard Attenborough peut aller se rhabiller.

À quand un film de la même amplitude, de la même noblesse sur l?autre vénérable Indienne qu?est Mère Teresa ?

Merci pour toutes ces maximes de sagesse et de bons sens puisées dans la philosophie gandhienne, et sobrement rappelées par le vécu des compagnons, des proches de la Grande Âme. « Veux-tu savoir si tu as pris une bonne décision ? Demande-toi si ce que tu comptes faire aidera ou non ton entourage et surtout les plus faibles que toi comptant sur ton aide ! » Une perle parmi tant d?autres qui impose, séance tenante, la publication du script des Moussons intimes.

Merci surtout pour la sobriété des trois coups de feu qui met un terme à la vie terrestre de Mahatma mais qui résonnent à nos oreilles comme les trois coups théâtraux signalant le lever du rideau et le début d?une nouvelle ?uvre, le début d?une éternité dans l?épanouissement de l?objectif ultime mystiquement atteint, le début d?une légende appelée à défier les siècles. Les Moussons intimes » sont la plus belle moisson spirituelle qui soit. Il n?y a plus qu?à dire bravo et merci. Du fond du c?ur. On en redemande.

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