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Alain Gordon-Gentil, ?la passion de la rencontre, c?est la seule technique?

23 juillet 2007, 00:00

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Le deuxième tome d??Apartés? sera lancé samedi. Comment s?est fait le choix des interviews contenues dans le livre ?

Il est tout à fait arbitraire. Le seul souci étant qu?il n?y ait pas dix professeurs qui parlent, par exemple. Le livre s?ouvre avec Ameenah Gurib Fakim, chercheuse. On retrouve Serge Lebrasse, Vinod Rughoonundun, Abhimanyu Unnuth, Navin Ramgoolam, mais aussi Michel Rocard et Rashid Ahrab entre autres. C?est très éclectique. Il fallait un florilège qui offre des lectures différentes.

Comment est née la formule de livre ?

C?est une idée de Jean Claude de l?Estrac. Quand les interviews paraissent, il y a des gens qui ne lisent pas, qui ont raté et mettre cela dans un livre, c?est les pérenniser. Depuis sept ans que Apartés existe, nous avons réalisé environ 350 interviews. La rubrique reprendra courant août.

C?est du boulot. Apartés demande de la disponibilité d?esprit. D?abord pour déterminer qui sera l?invité. Il faut être attentif à l?actualité locale et internationale, suivre la prise de parole des uns et des autres. Cela arrive qu?un mot, une phrase, soit le déclic d?une interview.

Quand j?ai proposé à Jean Claude de l?Estrac de faire une interview par semaine, la seule condition était qu?il n?y ait pas d?homme politique en fonction. Il y a eu deux exceptions : Navin Ramgoolam pour les 100 ans ( rires), les 100 jours, et Jayen Cuttaree, quand il était candidat au poste de directeur de l?Organisation mondiale du commerce. Nous avons fait ces dérogations parce que Ramgoolam donne très rarement des interviews de fond et quand il a accepté je n?allais évidemment pas lâcher cela.

Jayen Cuttaree, lui, fait partie de ces hommes politiques ? et ils ne sont pas nombreux ? à qui on peut parler de tout en dehors de la politique. Sinon, j?ai reçu des hommes politiques qui n?étaient plus en activité comme Hervé Duval.

En tout cela fait ?

Quarante et un en tout. (Alain Gordon-Gentil feuillette un exemplaire du livre. Tombe sur l?interview de Marclaine Antoine. Se souvient). Cette rencontre m?avait beaucoup bouleversé. Li ti fek sorti prizon?

Est-ce que la technique de l?intervieweur a évolué en sept ans ?

Je ne pense pas en terme de technique. Il n?y en a qu?une. C?est écouter les gens, c?est tout ce qui les amène à se confier. Il faut que la personne en face sente que je suis content de l?entendre parler, content d?être là. (Il raconte une interview vue sur une chaîne française, le moment où la caméra a zoomé sur l?intervieweur, qui, pendant que l?interlocuteur répond à une question, griffonne sur ses fiches). Comment voulez-vous que la personne parle? La passion de la rencontre, c?est la seule technique.

Il faut aussi que la personne sente que vous avez bossé avant de venir, que s?il a écrit huit livres, que j?en ai lu au moins cinq. Tous mes invités je les aime, j?ai envie de les voir.

Un jour Gaëtan ( ndlr : Duval) m?a dit : ?coco mo pa kone kifer to fer moi koze koumsa?. Il venait juste de me parler de son homosexualité. (Il feuillette à nouveau le tome 2. Ouvre à la page de Peter Herrly, ancien colonel de l?armée anglaise. Et lit une réponse de l?interviewé qui lui demande dès la première question : ?Mais vous, qui êtes vous ??) Il ne s?attendait pas à ce que je démarre immédiatement en lui demandant : ?Pensez-vous que depuis l?invasion américaine de l?Irak, ce pays soit devenu un pays plus sûr ??.

L?approche varie en fonction des gens, qu?ils soient artistes ou astrophysiciens. Mais si on regarde quelqu?un dans les yeux, on sait à quel type de personne on a affaire.

L?interview dure environ une heure, je ne la réécris pas, je fais seulement de l?editing parceque toute personne qui parle se répète, alors je coupe. L?authenticité d?Apartés, c?est sa tonalité.

Vous êtes aussi écrivain. Dans quels tons êtes-vous en ce moment ?

Je viens de terminer Légère approche de la haine qui est la suite de Quartier des Pamplemousses. Cela commence le 13 mars 1968, c?est très dur, je dirais même d?une violence inouïe. La première image c?est celle d?une voiture qui arrive à Port-Louis le jour des bagarres raciales. Il y a un coup de sabre, un corps coupé en deux, les réalités sont différentes?et puis voilà, je n?en dirais pas plus?

Alors parlez-nous de votre travail de réalisateur.

Avec David Constantin, on est en plein dedans. Nous faisons un film sur l?immigration indienne. J?ai eu envie d?y mettre Natacha Appanah et nous profitons de son passage à Maurice pour enregistrer son intervention. Parmi les autres intervenants on retrouve Vijaya Teelock, Vinesh Hookoomsingh, les fils de Manilall Doctor. Il n?y avait aucun écrivain. Natacha a fait un roman dessus ( ndlr : Les rochers de Poudre d?or). Ce n?est pas banal le choix d?un sujet pour un roman.

Moi je n?ai jamais voulu faire un roman contemporain. J?ai peur d?écrire comme un observateur, un journaliste. J?ai peur d?en faire une histoire sociale ni romancée ni romantique, alors que quand j?écris sur une période que je n?ai pas vécue, il y a toujours la part de l?imagination.

*Apartés Tome II, 343 p., disponible à partir de vendredi à Rs 350

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