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Akbar, Paul, Anil et les autres
L?été est chaud pour le régime. Même s?il peut trouver de bonnes raisons de relativiser l?échec électoral qu?il vient de subir à Piton-Rivière-du-Rempart, sa crédibilité est atteinte. En tout cas, l?autosatisfaction affichée jusqu?ici par ses principaux porte-parole n?est plus de mise.
On voit bien que l?alliance gouvernementale sera de plus en plus secouée par des revendications sectaires impossibles à concilier et des obstacles économiques difficiles à surmonter. L?année s?achève sur une note sombre, et à moins d?une modification majeure du climat psychologique, d?un sentiment de confiance retrouvée, il faudra craindre le pire. Pourtant ce pire n?est pas une fatalité. Au plan international, l?horizon s?éclaircit, ce qui met un peu de soleil dans l?attente inquiète de la reprise annoncée. Cela permet au président de la République d?annoncer une prochaine année porteuse des fruits des sacrifices consentis.
Le constat avait été dressé dès le départ : le succès de la mandature de Paul Bérenger sera essentiellement tributaire de ses réalisations économiques. Non pas celles qui affichent les bons chiffres de l?équilibre macro-économique, mais celles qui touchent à la vie quotidienne des gens et qui leur donnent le sentiment de progrès personnel et de perspectives motivantes. Cette perception est aujourd?hui absente. Les Mauriciens sont plutôt pessimistes quant à leur avenir. Ils subissent de plein fouet les conséquences de la remise en ordre économique nationale et les retombées du ralentissement de la croissance mondiale. Ils se croient au creux de la vague. Encore faut-il espérer que le creux n?est pas à venir !
Ce pessimisme ambiant n?est pas, comme l?a prétendu le Premier ministre, imputable aux médias. Il résulte de faits concrets sans doute relayés par la presse, mais surtout mal vécus par les citoyens. Il ne pouvait en être autrement. En trois ans, depuis l?arrivée au pouvoir de l?alliance MSM-MMM, la situation personnelle de milliers de Mauriciens s?est dégradée. Ce n?est pas forcément la conséquence d?une mauvaise décision économique ou d?incompétence gestionnaire. Mais le fait brutal est que le chômage a relevé sa hideuse tête. Depuis septembre 2000, le pays a enregistré une perte absolue de près de 13 000 emplois.
L?effet de percolation sociale d?un tel repli est traumatisant. Il l?est d?autant plus que les deux principaux secteurs qui ont porté pendant des décennies les espoirs de mobilité sociale et parfois de sécurité personnelle, l?industrie sucrière et la zone franche, ont perdu de leur lustre.
L?industrie sucrière n?avait pas d?autre choix que de dégraisser pour tenter de survivre et améliorer sa productivité ainsi que sa compétitivité. Cela s?est fait grâce à l?appui du gouvernement et au prix d?un lourd sacrifice économique pour cette branche d?activité. Mais les conséquences sociales n?en ont pas été moins pénibles pour les 8 000 retraités volontaires. Les conditions offertes sont certes avantageuses, mais la perte anticipée d?emplois a bouleversé des milliers de familles, surtout des régions rurales. Elles resteront une proie facile pour les démagogues qui donnent un nom à la dégradation de leurs conditions de vie.
Parallèlement, comment convaincre les jeunes Mauriciens que la zone franche textile est toujours un secteur d?avenir ? Même quand ils sont chômeurs et s?épuisent dans des petits boulots précaires, ils refusent les emplois qu?offrent les usines. C?est le paradoxe que le nouveau ministre de l?Industrie devra gérer en consacrant le temps et l?énergie que son prédécesseur n?avait pu trouver au chevet d?une industrie déclinante, momentanément dopée par un taux de change favorable.
Le secteur d?exportation ne sera pas le seul à subir les contrecoups de la libéralisation du commerce international. L?industrie locale va également souffrir de l?ouverture inévitable du marché intérieur à la concurrence mondiale.
Plus que jamais donc, les questions économiques devront être prioritaires à l?ordre du jour gouvernemental. À ce propos, le remaniement ministériel laisse une impression ambivalente. Certaines décisions sont logiques et lisibles, d?autres sont déphasées et incompréhensibles.
Le regroupement des Affaires étrangères et du Commerce international est sensé. Il donnera une cohérence à notre diplomatie économique, la seule d?ailleurs qui nous soit accessible. Jayen Cuttaree a acquis une expertise internationale qui lui sera utile dans cette nouvelle fonction. Il devra bénéficier du retour opportun de Vijay Makhan à la tête d?un mégaministère qui devra repenser ses objectifs stratégiques et calmer ses ardeurs idéologiques. Sushil Khushiram à l?Industrie est un point d?interrogation. Il est apparu comme un homme de réflexion et d?analyse, il doit voir à long terme pour donner un souffle nouveau à des opérateurs qui ont le spleen et s?estiment abandonnés par un gouvernement qui regarde ailleurs. Ce n?est pas la Chine qui pose problème. La part mauricienne sur le marché mondial du textile-habillement est dérisoire. Il est possible de la préserver et même de l?accroître en s?adaptant. C?est le défi lancé au nouveau ministre.
Et quant à sortir Bodha du Tourisme pour l?Agriculture en le remplaçant par Gayan, c?est le non-sens politique de l?année. La force de séduction de Gayan, raide et hautain, ne réside n?est pas dans son charme naturel. Lui demander de vendre le tourisme mauricien au Top Resa, c?est faire danser la Macarena à Tengur ! C?est Nana Patekar jouant du Govinda. Ce qui ne veut pas dire que Bodha était un comique au tourisme, loin s?en faut !
En revanche, l?expérience diplomatique de l?ancien ministre des Affaires étrangères et sa rigueur de juriste auraient été plus appropriées dans les négociations ACP ? EU sur l?avenir du sucre. Seules des considérations étroitement politiciennes ont pu faire dérailler à ce point un exercice censé recentrer l?équipe ministérielle sur les priorités de l?heure.
Ce remaniement annoncé dans l?urgence et visant manifestement à voler la vedette médiatique à la victoire des Travaillistes se retourne en partie contre Bérenger. Il est pris à son propre piège. À force d?avancer des pions sur son échiquier ethno-électoral, il a fait naître des vocations de représentation qu?il ne peut plus satisfaire. Ce choix est une impasse.
Il n?est pas celui de tous. L?express le croit, qui offre cette année en exemple à la nation celui des Mauriciens qui nous a paru le plus proche des valeurs que nous voulons honorer. En faisant d?Akbar Patel, notre Mauricien de l?année, les journalistes de l?express reconnaissent en lui des qualités que nous respectons : le sens du travail et de l?honneur, le dévouement et l?abnégation, la compétence et la modestie. Et par-dessus tout, l?amour du pays. Ce Mauricien existe, nous l?avons rencontré. Merci Akbar !
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