Publicité

A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE De Kubrick à Spielberg

19 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Dans un XXIe siècle, où la fonte des glaces a submergé la majorité des terres habitables et provoqué famines et exodes, les robots sont devenus une composante essentielle de la vie quotidienne et assurent désormais la plupart des tâches domestiques.

Pourtant, le professeur Hobby veut aller encore plus loin en créant le premier androïde sensible : un enfant capable de développer un vaste répertoire d'émotions et de souvenirs.

Peu après cette annonce, David, un robot de onze ans, fait son entrée chez Henry et Monica Swinton, un couple dont le jeune fils a été cryogénisé en attendant la découverte d'un remède pour guérir sa grave maladie. Bientôt abandonné par sa mère adoptive, David entame un périlleux voyage à la recherche de son identité et de sa part secrète d'humanité.

Le grand romancier de science-fiction Brian Aldiss écrivit la nouvelle Supertoys Last All Summer Long, il y a plus d?une trentaine d'années. Publiée par le magazine Harper's Bazaar en 1969, elle évoquait un proche avenir où un enfant robot tentait d'établir le contact avec sa mère humaine.

Une offre sans précédent

Stanley Kubrick acheta les droits de ce récit quelque dix ans plus tard et s'efforça durant les vingt années suivantes de le porter à l'écran. Au cours de cette période, il consulta fréquemment Steven Spielberg, avec qui il entretenait des liens amicaux depuis 1979, date du tournage des séquences anglaises des Aventuriers de l?arche perdue. La rareté de leurs face-à-face fut abondamment compensée par de longs et fréquents échanges téléphoniques

Steven Spielberg se souvient : ?On s'appelait le plus souvent pour prendre des nouvelles l'un de l'autre, savoir ce qui se passait, etc. Un jour, au beau milieu d'une conversation, Stanley me dit : "En fait, c'est toi qui devrais réaliser A.I. avec moi comme producteur." Et il rédigea sur le champ le premier carton de générique : "Une Production Stanley Kubrick. Un film de Steven Spielberg."

Surpris de cette offre sans précédent, Steven Spielberg demanda à Kubrick pourquoi il souhaitait lui passer le flambeau sur ce projet auquel il était depuis si longtemps attaché. "J'étais sous le choc ! "Mais pourquoi fais-tu cela, Stanley ?", lui ai-je demandé. Et lui me répondit simplement : "Je pense que ce film est plus proche de ta sensibilité que de la mienne"."

Sitôt après avoir reçu cette proposition, Steven Spielberg rejoignit Stanley Kubrick en Angleterre et découvrit les milliers de planches réalisées à sa demande par l'illustrateur de comics Chris Baker. Kubrick exigea de son ami le secret absolu ("sous peine d'être excommunié de (sa) vie"), et lui demanda d'installer une ligne de fax sécurisée afin qu'ils puissent communiquer directement en toute confidentialité.

Le producteur Jan Harlan, mis dans le secret, raconte :"Steven apparaissait à Stanley comme le mieux placé pour mener à bien le projet. Il n'aurait besoin que d'une vingtaine de semaines pour réaliser le film, alors que Stanley prendrait une année entière, durant laquelle son jeune interprète risquait de changer physiquement. Mais Stanley appréciait surtout les dons de Steven, qu'il considérait comme l'un des plus grands cinéastes de la nouvelle génération. Les deux hommes différaient certes par leurs personnalités, mais ils avaient un dénominateur commun : leur immense talent. Fort de l'étroite collaboration qu'ils avaient nouée sur le projet A.I., Steven était bel et bien le seul réalisateur à disposer de l'autorité morale nécessaire pour mener à terme l'entreprise à sa façon."

En dépit du progrès sur A.I., Stanley Kubrick n'en choisit pas moins de différer ce dossier pour réaliser Eyes Wide Shut, un projet qui remontait au milieu des années cinquante. Ce serait son dernier film. Après la mort de Stanley Kubrick, Jan Harlan et la veuve du cinéaste, Christiane, proposèrent à Terry Semel, alors directeur de Warner Bros., de relancer A.I., sous la direction de Spielberg. Bien qu'il n'ait pas rédigé de scénario depuis Rencontres du troisième type, Spielberg décida d'écrire lui-même A.I. : "Ce fut pourtant aussi douloureux que de me faire arracher à nouveau toutes mes dents de sagesse ! J'avais l'impression que le fantôme de Stanley m'observait. J'ai dû me dégager de son emprise pour ne pas être seulement l'interprète de Stanley et pouvoir investir mes propres expériences dans ce scénario. Je ne m'en suis pas moins conduit en archéologue face au monument qu'il nous avait légué, et je me suis attaché à le recréer fragment après fragment."

UN NOUVEAU DÉFI RELEVÉ POUR HALEY JOEL OSMENT

Haley Joel Osment interprète David, le premier prototype de "robot" sensible, adopté par Henry et Monica Swinton après que leur jeune fils, Martin, gravement malade, a été cryogénisé dans l'attente d'un hypothétique traitement. Le jeune acteur s'est imposé, auparavant, avec Sixième Sens, phénoménal succès de M. Night Shyamalan, qui lui a valu une nomination bien méritée à l'Oscar. Son personnage d'A.I. n'est pas moins remarquable, symbole d'une "machine sensible" aspirant à un statut humain et à l'amour d'une mère. En dépit de son jeune âge, il a su relever le défi de travailler avec le grand Spielberg.

"J'ai demandé à Steven à quel point David devait se comporter en robot. Nous avons décidé que sa conduite s'humaniserait et deviendrait de moins en moins mécanique au fil de ses expériences, de ses progrès et de ses découvertes. La plupart des caractéristiques physiques de David s'estompent ainsi graduellement, mais les nuances les plus discrètes demeurent jusqu'au bout." Haley Joel Osment aimerait que le public voie A.I. comme une provocation : « Ce film nous fait réfléchir sur ce qui, dans l'avenir, pourrait devenir possible, sur les éventuelles conséquences de nos actes actuels... Ce film parle de l'amour entre une mère et son fils, mais transposé dans un contexte mondial très complexe. A.I. nous fait comprendre que ce genre de chose est possible, que cela pourrait très bien arriver dans l'avenir. Il teste nos instincts humains et pose la question de notre futur. »

Publicité