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Affaire Subutex : Cindy Legallant identifie Sada Curpen

8 août 2008, 00:00

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C?est sans aucune hésitation que Marie Cindy Legallant a identifié Sada Curpen comme étant le commanditaire de 21 577 comprimés de Subutex à Maurice. C?était hier matin au quartier général de l?Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) aux casernes centrales.

«Li mem Sada Curpen», a déclaré la passeuse présumée aux enquêteurs. Elle désignait ainsi l?homme qui lui aurait donné les instructions pour transporter ces comprimés à Maurice. «Tou seki to pe dir menti», lui a aussitôt rétorqué le suspect Curpen.

Il est 9 h 30 hier matin aux quartier-général de l?ADSU. Sada Curpen, 33 ans, est là, en compagnie de son homme de loi, Me Raouf Gulbul. Il y a été conduit pour une confrontation avec Cindy Legallant, surprise en possession des 21 577 comprimés de Subutex, saisis par la suite. L?ADSU le soupçonne d?être le cerveau derrière cette opération.

Rs 1,5 m par livraison

Peu après, arrive Cindy Legallant, une nutritionniste de 31 ans. Elle doit dire aux policiers, en présence de son avocat, Me Gavin Glover, s?il s?agit bien de l?homme qui lui a donné des instructions pour transporter ces comprimés à Maurice.

L?exercice se déroule sans anicroche. Cindy Legallant désigne du doigt Sada Curpen : «Li mem Sada Curpen», comme celui pour qui elle avait récupéré ces colis de Subutex en France. Dans une précédente déposition, elle a déclaré qu?elle devait être payée Rs 1,5 million si la transaction avait abouti.

Après la confrontation, les deux suspects sont reconduits en cellule policière. Ensuite, Me Gulbul, avocat de Sada Curpen, a eu une séance de travail avec les hommes de l?assistant surintendant de police Sharir Azima. Ensemble, ils dressent un calendrier de travail pour la déposition du suspect, qui commence demain matin.

Entre-temps, l?inspecteur Ashik Jagai, principal enquêteur dans cette affaire, continue un travail de fourmi pour connaître les fréquentations de Cindy Legallant et pour tenter d?établir ses liens éventuels avec Sada Curpen.

Après la confrontation d?hier, des procédures seront enclenchées en début de semaine auprès de la Cour suprême pour que l?ADSU puisse avoir accès aux relevés des appels téléphoniques de Cindy Legallant, Sada Curpen et Bernard Gaëtan Roger Joly, 26 ans.

Ce dernier, habitant la rue Ducray à Ste-Croix, avait été arrêté dans le parking de l?hypermarché Jumbo de Riche-Terre. Il est soupçonné d?être venu prendre livraison des comprimés. Cindy Legallant a allégué avoir eu des directives de Sada Curpen de s?y rendre pour livrer le Subutex.

Admise en clinique

Recherché depuis le mercredi 23 juillet, date de l?arrestation de Cindy Legallant à sa descente d?avion dans l?aire de stationnement de l?aéroport, Sada Curpen s?est constitué prisonnier lundi matin. Il a nié toute implication dans l?affaire et a déclaré avoir connu Cindy Legallant au cours d?une soirée à la discothèque Les Enfants Terribles à Grand-Baie. La confrontation attendue depuis lundi n?avait pu se faire en raison de l?indisponibilité de Cindy Legallant. Celle-ci, qui se disait ne pas être en pleine forme, avait été admise en clinique mardi.

Le suspect Bernard Joly, qui a fait valoir son droit au silence, n?a pas donné de déposition. Le lundi 18 août, son avocat, Me Rodney Rama, présentera une motion devant le tribunal de Pamplemousses, demandant qu?il soit libéré sous caution. La motion de Cindy Legallant pour sa remise en liberté sera, elle, débattue mercredi prochain.

Me Gulbul, de son côté, a déclaré que le moment venu, il présentera une motion devant le tribunal de Mahébourg. Il estime que les droits constitutionnels de son client n?ont pas été respectés et que Sada Curpen n?aura pas un procès équitable (fair trial) dans une cour de justice en raison de ce qui se dit dans les milieux politiques.

Les trois suspects sont provisoirement accusés de possession de drogue même si la quantité saisie est énorme, fait ressortir un officier de l?ADSU. Le Subutex, produit prohibé, tombe sous le coup du Dangerous Drug Act (DDA). Mais il est considéré différent de la cocaïne ou de l?héroïne, classifiées dans la schedule 1 de la loi. Pour ces dernières drogues, une personne trouvée en possession d?une quantité importante est qualifiée de trafiquant et est passible de 45 ans de prison.

Pour ce qui est du Subutex, classifié dans la Schedule 2 du DDA, une personne trouvée en possession de ces comprimés est passible d?une peine de cinq ans de prison et d?une amende ne dépassant pas Rs 100 000.

Vinesen ABEL</B>

<B>Mieux comprendre la loi sur les drogues</B>

Le débat fait rage. Notamment avec la décision du gouvernement de procéder à une reclassification du Subutex comme une drogue dure. Et ce, malgré la position de l?Organisation mondiale de la santé (OMS). Qu?est-ce qui explique cette démarche ? La nuance se pose alors entre trafic de drogue et possession de drogue dans le cadre de sanctions légales.

Le Subutex, ou buprenorphine, est considéré comme un «médicament» pour traiter la dépendance à l?héroïne. Et une éventuelle reclassification du Subutex dans la même catégorie que des drogues dures permettra de sanctionner les délits de trafic de cette substance. Comme c?est le cas pour le trafic d?héroïne, sanctionné par des peines allant jusqu?à 45 ans de prison. Jusqu?ici, seuls ceux trouvés en possession de Subutex pouvaient être poursuivis, risquant une peine de cinq ans de prison.

<B>Carences de la loi</B>

En l?état actuel des choses, le Subutex n?est pas encore sur la liste des drogues dures à Maurice. Il est répertorié sous la schedule II du Dangerous Drugs Act au même titre que la méthadone. En reclassifiant le Subutex à la schedule I (catégorie des drogues dures tels l?héroïne, le gandia ou encore le cannabis), le gouvernement entend combler les carences du loi, le Dangerous Drugs Act.

Un éminent juriste, qui a requis l?anonymat, fait valoir qu?il «est important que cette drogue soit reclassée sous la schedule I. Surtout vu les dégâts qu?elle peut provoquer. Il faut toutefois trouver l?équilibre entre traitement et abus de cette substance». Un autre légiste est d?un avis contraire. «C?est ridicule de reclasser le Subutex. Nous devons être en ligne avec les recommandations de l?OMS. Toutefois, vu le nombre de Subutex qui arrive à Maurice, on peut conclure qu?il y a un trafic. La faille toutefois est que la loi ne prévoit pas de sanction pour le trafic et la distribution non autorisée (drug dealing). Pour cela, un simple amendement suffit. Ce qui peut être fait en 24 heures. On n?a pas besoin de deux ans pour le faire. Cela aurait dû être un des changements prioritaires à notre législation. Car il y a des gens qui meurent avec cette drogue.»

Cette substance était utilisée à Maurice à faible dose (0,2 mg) comme antalgique (pour calmer les douleurs). C?est également un médicament de substitution utilisé pour le traitement de la dépendance à l?héroïne.

Marché noir</B>

En 1998, son importation est interdite à Maurice, après l?avènement de la convention internationale de 1988 sur les stupéfiants. En France, elle est utilisée à 8 mg par voie orale pour traiter les toxicomanes.

Depuis l?interdiction d?importer le Subutex à Maurice, un marché noir s?est développé. Les drogués s?injectent cette substance par voie intraveineuse. Le danger est qu?en s?injectant un médicament destiné à la prise par voie orale, l?on court le risque que les amidons de maïs, présents dans cette substance, forment des caillots dans la circulation sanguine et bloquent les artères.

Cela peut provoquer une congestion pulmonaire, situation qui s?avère fatale dans de nombreux cas.

Kursley THANAY</B>

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