Publicité

Affaire Bassin-Blanc : Nitin Dawoojee parle de ?brutalités?

30 mars 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Une voiture rouge se fraie un chemin à l?avenue Seeneevassen, Quatre-Bornes. Nitin Dawoojee, le cousin d?Anshi, âgé de 30 ans, s?en extrait avec peine. D?un pas mal assuré, il avance vers une table installée dans le garage et s?y assoit. Il est alors 20 heures hier. Entouré de ses proches, il entreprend le long récit des dernières 24 heures cauchemardesques qu?il a vécues. Son cousin, Bipin Ittoo, n?a lui pas pu rentrer chez lui. Il a été écroué.

Tout commence peu après de 7 h 30 mardi, explique Nitin qui travaille comme conducteur de school bus. Comme à l?accoutumée, il quitte son domicile en compagnie de sa mère et prend deux élèves qui habitent un peu plus loin. Il poursuit tranquillement sa route lorsqu?il aperçoit dans le rétroviseur deux voitures qui essaient de le doubler. ?Monn ser lor mo gos pou les li pase me linn aret devan moi?, relate-t-il, visiblement éprouvé.

Trois policiers en civil seraient alors sortis du véhicule et l?auraient forcé à descendre de son minibus. Ils l?auraient embarqué sans rien dire et cela en dépit de ses protestations. Et se seraient dirigés vers Sodnac. Un quatrième individu, qui se trouvait dans le deuxième véhicule, se serait alors mis au volant du minibus et aurait pris la direction opposée. C?est lui qui conduira les deux enfants se trouvant dans le van à l?école.

Entre-temps, au domicile des Dawoojee, à l?avenue Seeneevassen, Palma, Quatre-Bornes, le téléphone n?arrête pas de sonner. Des parents veulent savoir pourquoi le transport tarde à passer. Les proches de Nitin, ne sachant quoi répondre, disent simplement ?li pe vini mem la?. Ils apprendront d?une institutrice par la suite, ?ki lapolis finn vinn kit de zanfan?. C?est le début d?une très longue journée. Une journée sans repos, pour savoir où avaient été emmenés Nitin et sa mère. Celle-ci a pu regagner son domicile plus tard.

?Mo finn trouv zetoil?

?La voiture s?est immobilisée à côté d?un champ de cannes et un homme, qui s?était caché le visage avec sa veste est venu nous rejoindre?, poursuit Nitin, sous les regards outrés de ses proches. Cet individu, explique t-il, lui aurait mis une cagoule sur la tête avant de le menotter. ?Zot finn komans zour mwa.? Le petit groupe reprend aussitôt la route pour une destination inconnue. Le trajet, estime Nitin, a duré environ une demi-heure.

Les policiers, affirme-t-il, l?auraient alors emmené dans une maison où ils lui ont demandé de dire ce qu?il avait fait le 11 novembre 2002, date à laquelle sont morts les amants Tagoresingh Sandooram et Anshi Ittoo. Il soutient leur avoir dit qu?il était retourné chez lui en compagnie de son cousin vers 15 heures, après avoir acheté des pièces de voiture. Mais non contents de ses explications, les policiers l?auraient forcé à se mettre à genoux et l?auraient frappé avant de lui poser la même question.

?Ils ont recommencé à plusieurs reprises?, lâche le jeune homme qui explique ne pas comprendre un tel déploiement de violence à son encontre. ?Zot dir mwa sa mem file case Bassin-Blanc la sa. Zot finn donn mwa kout sa lor latet. Mo finn trouv zetoil.? Ses ?tortionnaires?, allègue t-il, l?auraient par la suite emmené dans une autre pièce où ils l?ont complètement déshabillé, sans toutefois lui enlever sa cagoule. ?Il y avait un seau rempli d?eau dans cette pièce. Ils m?ont mis à genoux et m?ont plongé la tête dans le seau plusieurs fois?, relate le jeune homme, encore bouleversé par les ?sévices qu?il a subis?.

Les individus qu?il dénonce l?auraient ensuite fait s?asseoir sur une chaise, alors qu?il est toujours nu, pendant une vingtaine de minutes avant de l?emmener dans une pièce ressemblant à une salle de bains. ?Ils m?ont envoyé le seau à la figure et m?ont essuyé et rhabillé.?

?Ouvrir une plaie?

Entre-temps, soit vers 13 h 30, c?est Bipin Ittoo qui est appréhendé sur son lieu de travail, au Central Electricity Board, par la Major Crime Investigation Team (MCIT) de Curepipe, placée sous la responsabilité du surintendant de police, Prem Raddhoa. Et, à un moment donné, poursuit Nitin, les policiers l?auraient transporté dans un bâtiment où se trouvait son cousin. ?Zot finn tir mo kagoul ek zot finn pran lanket avek moi. Mo couzin ti dan enn lot pies. La port la ti ferme me mo finn tann zot zoure for?, explique Nitin. Après quoi, il aurait été transporté au poste de police de Midlands. Et de là, une voiture l?aurait raccompagné à une centaine de mètres de son domicile.

Bipin Ittoo, 26 ans, frère de la victime Antish Ittoo, est, lui, derrière les barreaux sous une accusation provisoire d?assassinat. Il a été présenté devant le tribunal de Souillac hier et sera maintenu en cellule policière jusqu?au mercredi 5 avril. Les enquêteurs estiment que sa version et ses alibis le jour de la disparition de sa s?ur et de l?amant de celle-ci, Tagoresingh Sandooram, ne sont pas convaincants.

Après sa libération, vers 17 heures, Nitin s?est rendu au poste de Quatre-Bornes en compagnie de son avocate pour consigner une déposition à propos de ces ?brutalités?. Ils étaient une soixantaine de personnes, proches et amis des deux jeunes hommes, à attendre son retour. Il n?est rentré que vers 20 heures, heure à laquelle a pu avoir lieu la rencontre avec la presse qu?ils avaient prévue pour dire leur mécontentement. Ils ont aussi fait part de leur intention de se rendre à la Commission des droits de l?homme pour dénoncer ces ?brutalités policières?.

?Au lieu de retrouver les véritables criminels dans cette affaire, les policiers persécutent maintenant la famille?, déclare Veerjeenand Dawooje, le père de Nitin. Pour Daya Ittoo, le père d?Anshi et de Bipin, les policiers sont venus ?ouvrir une plaie qui avait pris du temps à se refermer?.

Il explique qu?en entendant à la radio que la MCIT avait procédé à l?arrestation de Nitin et Bipin, il s?est rendu au poste de police de Quatre-Bornes pour s?enquérir de la situation. Il y est resté de 10 heures à 13 heures, appelant tous les postes de police de l?île pour essayer de savoir où ils étaient. Et d?ajouter : ?Aster la mo per mo sorti lor simin pangar bann gard la trap mwa.?

Les cadavres des amants Tagoresingh Sandooram et Anshi Ittoo, avaient été découverts à Bassin-Blanc le 14 novembre 2002, soit trois jours après leur disparition. L?arrestation du frère d?Anshi Ittoo, comme suspect dans cette affaire est un bouleversement inattendu, alors que l?enquête judiciaire instituée pour faire la lumière sur cette affaire a débuté devant le tribunal de Souillac la semaine dernière.

Publicité