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Administration municipale : Espoirs déçus et illusions brisées
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Administration municipale : Espoirs déçus et illusions brisées
Il y a un an, ils devenaient maires. Ils prenaient en main les rênes des cinq municipalités du pays. C?était un moment d?espoir pour beaucoup. On se laissait bercer par le vent de changement promis par le gouvernement central et qui soufflait à présent sur les administrations régionales. Un an plus tard, la désillusion règne de part et d?autre.
La majorité des maires sortants sont nouveaux dans le domaine. Ils en étaient à leur expérience initiatique. C?est justement pour cette raison qu?ils incarnaient l?espoir. L?espoir du renouveau, des idées fraîches, d?un management plus dynamique. Mais c?était sans compter avec le système. Un système qui donne très peu de liberté de gestion à ses lieutenants.
?Il y a eu des ingérences?
?Au départ, je me suis montré très ferme envers les marchands de rues. Si j?avais été libre d?agir comme je le voulais, j?aurais probablement eu des résultats. Mais il y a eu des ingérences venant de hauts lieux. On m?a fait comprendre que ces personnes sont de braves gens qui essaient de gagner leur vie plutôt que de dépendre de l?aide sociale. Il faut être solide pour ne pas craquer face aux pressions, surtout quand on est néophyte?, dit Christian Hurhangee, maire de Curepipe, à propos de sa gestion du dossier marchands de rues. Y a-t-il lieu d?en dire davantage ?
Quel recours a un maire en l?absence de ?synergie avec le gouvernement central?, comme le dit Varen Andee, maire de Beau-Bassin ? Rose-Hill ? Un conseil municipal dispose de beaucoup de leviers. Il suffit de savoir les activer, diront certains, pour élargir son champ d?autonomie. Certes. Mais alors, un an serait un trop court laps de temps pour réussir quoi que ce soit.
Port-Louis ? Les espoirs brisés
Sécuriser les rues de Port-Louis a été la grande priorité affichée par Reza Issack quand il est devenu maire de la capitale.?Nous voulons redonner vie à la ville. Pour cela, il faut que les gens se sentent en sécurité, libres et heureux?, déclarait-il à l?express peu après s?être installé à rue de l?Intendance.
Garde municipale et caméras de surveillance dans les artères principales de la ville devaient être les principaux instruments pour rendre la capitale plus sûre. Les rues allaient être débarrassées de marchands dits ambulants. Reza Issack voulait également s?attaquer au problème d?insécurité d?un angle social. Il avait envisagé une collaboration avec les organisations sociales et la police pour ?sortir les drogués de l?enfer?.
Un an après, le maire n?a rien de concret à présenter aux citadins par rapport à ses engagements. Les caméras de surveillance n?ont toujours pas été installées à La Chaussée, rues La Poudrière et John Kennedy et aux alentours des gares d?autobus, du marché central et de la mairie. La police municipale n?a pas été constituée. Les toxicomanes de la ville attendent toujours le salut municipal.
Reza Issack n?a même pas réussi l?élémentaire, c?est-à-dire, régler le problème des marchands de rues. Il était question de les caser à proximité du jardin de la Compagnie. Mais l?administration municipale est incapable d?obtenir des marchands qu?ils libèrent les rues de Port-Louis pour s?y installer.
En revanche, Reza Issack a pu tenir, dans une certaine mesure, le pari d?insuffler un souffle culturel dans la cité. Il a régularisé la situation du Musée de la Photographie en permettant aux Bréville d?occuper le bâtiment de Rue du Vieux Conseil. Il a également inauguré un cercle littéraire, initiative qui a le potentiel d?étoffer la personnalité de la cité. Le télédon, organisé en faveur des victimes du tremblement de terre au Pakistan, a été une autre tentative à une administration dynamique et proactive.
Reza Issack avait promis de ?réinventer? la municipalité. L?atrophie généralisée du système des administrations régionales a vite eu raison de sa verve. Du reste, il faut bien plus qu?un an pour amener des révolutions.
Beau-Bassin-Rose-Hill ? L?illusion perdue
Faire revivre la ville tout en pratiquant une administration rigoureuse. Tel était le pari de Varen Andee, le maire sortant de Beau-Bassin ? Rose-Hill. Un an plus tard, il estime avoir tenu sa gageure en dépit de frustrations majeures, induites principalement par la lenteur du gouvernement central à collaborer.
Varen Andee avait promis un bâtiment pour caser les marchands de rues. Il s?était engagé à rénover les toilettes publiques à la place Margéot, à faire construire des vestiaires sur la promenade Claude Cavalot et une foire maraîchère à Plaisance? Il avait également annoncé des fêtes populaires, notamment pour le Divali et la relance de tournois sportifs pour faire revivre Beau-Bassin-Rose-Hill.
La gestion rigoureuse des finances a porté ses fruits, dit-il. L?année financière 2005-6 n?est pas déficitaire. Dans deux ans, la ville pourra financer elle-même ses projets, prévoit-il.
S?agissant des services municipaux, réfection de drains et routes ainsi que l?éclairage des rues et ruelles ont requis une attention prioritaire, dit-il. Certains projets, mis en chantier par les administrations précédentes, ont pu être menés à terme. Parmi eux l?aménagement d?une gare d?autobus à côté du stade, du jardin Bam Cuttayen et du square Dar es-Salaam ainsi que la construction du centre municipal Hervé Duval.
Pour ce qui est des nouveaux projets, la National Development Unit a frustré les ambitions de Varen Andee de par sa lenteur. La municipalité attend toujours le feu vert de cet organisme pour la construction de toilettes publiques et d?une foire à Barkly. Elle attend que l?Environnement réagisse à son projet de réhabilitation du jardin à l?arrière du poste de police de Beau-Bassin.
Sur le plan social, un Office municipal des sports a été créé pour s?occuper de la relance des sports et gérer les infrastructures sportives de la ville. Un comptoir d?information a également été ouvert pour une relation plus proactive avec les citadins.
Quatre-Bornes ? Désenchantement qui perdure
Y a-t-il un maire au poste ? Les habitants de Quatre-Bornes et les visiteurs qui s?y rendent se posent encore la question. Un an de Suren Appadu à la municipalité ne leur a pas donné de réponse convaincante.
La cacophonie des jours de foire au centre-ville est désormais un trait permanent. Embouteillage, insalubrité, marchands ambulants? Cela fait des années que Quatre-Bornes ne mérite plus son statut de Ville des fleurs. Les choses n?ont pas beaucoup changé durant les 12 mois que Suren Appadu a été maire de la ville.
À sa décharge, il n?avait pas vraiment fait de promesses mirobolantes aux Quatrebornais. Un environnement plus propre et plus beau, des drains mieux entretenus, des rues mieux éclairées, des marchands de rues mieux contrôlés? Bref, le maire s?était seulement engagé à gérer la routine. Même là, le bilan n?a pas de quoi faire l?histoire.
Vacoas-Phoenix ? Le marchand de rêves sévit
Il allait faire bouger la gare d?autobus du centre-ville. Il allait construire une mezzanine sur la foire maraîchère pour accueillir les marchands ambulants. Centre social et gymnase à Belle-Terre, gymnases à Camp- Fouquereaux, Henrietta, Cinq-Arpents, La Marie, Solférino et La Caverne, écoles maternelles à St.- Paul, La Marie et cité La Caverne?
Hiren Jankee avait promis de faire de Vacoas un vaste chantier. Parallèlement à la construction de ces infrastructures sociales, les routes allaient être refaites. Les lampadaires allaient être ressuscités. Une chambre de commerces, fédération de femmes et un conseil d?étudiants allaient être créés pour encourager les citadins à participer à la vie municipale.
Un an plus tard, l?éducation préscolaire est gratuite. Quatorze centres sportifs ont rouvert leurs portes. Un student council a été créé, ainsi qu?une association féminine. La municipalité recrute 120 éboueurs afin de pouvoir offrir un meilleur service de voirie aux habitants.
Pour ce qui est du revival du centre-ville, la gare d?autobus est toujours là. Les immeubles de la principale rue commerçante sont toujours aussi délabrés. Mais Hiren Jankee est optimiste. Un troisième casino viendra bientôt diversifier l?offre aux noctambules. La foire maraîchère sera rasée prochainement pour faire place à un immeuble moderne et intégré?
Curepipe ? L?optimisme déçu
À Curepipe, c?est contre l?insalubrité que le maire avait déclaré la guerre en premier. Cette priorité de Christian Hurhangee était dictée par la logique. Si les rues et les drains sont propres et bien entretenus, rats et chiens errants, véritable fléau dans cette ville, cesseront de se multiplier à vitesse grand V. Du reste, Curepipe est une des régions les plus pluvieuses du pays. L?assainissement des drains n?y est donc pas un luxe.
Un an après, les conseillers de l?opposition dénoncent un ?climat d?affairisme? qui prévaudrait au sein du conseil municipal. ?Les sportifs ont été délogés du Forum pour faire de la place aux foires commerciales. Des centres communautaires flambant neufs à Casernes et à Angrais-Martial sont loués pour des réceptions privées. Les coûts pour la construction d?abribus à la gare Jan Palach et d?une clôture à Casernes ont enflé?, égrène Pradeep Ramdin, ancien maire.
À ce chapelet de récriminations, le maire de Curepipe oppose la sérénité d?un homme qui est convaincu d?avoir fait de son mieux. ?J?ai la conscience tranquille et les mains propres. Si l?opposition est en mesure de justifier ses accusations contre moi ou ceux de mon équipe auxquels j?ai délégué des responsabilités, qu?elle en saisisse les autorités?, dit-il.
Christian Hurhangee regrette de ne pas avoir disposé de moyens suffisants. ?J?ai dépensé Rs 6 millions sur les drains. Il m?aurait fallu dix fois plus pour rénover le réseau de la ville entière?, dit-il. Il explique qu?il a fallu rentabiliser le Forum et les centres communautaires pour générer des fonds puisque la taxe municipale n?a pas augmenté. Il rappelle qu?il a entamé des actions légales contre les marchands ambulants. Cependant, dit-il, il n?avait pas les pleins pouvoirs pour régler le problème?
Le maire de Curepipe n?a pu refaire le visage du centre-ville comme il l?avait souhaité. Il n?a pas, non plus, pu initier la réfection du marché municipal. Il est tout de même fier d?avoir obtenu l?ouverture d?une antenne du conservatoire François Mitterrand aux Casernes. Fier également d?avoir pu rendre la galerie Malcolm de Chazal disponible gratuitement aux artistes de la ville.
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