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Adam ou l?histoire d?une dérive
Son nom est désormais associé au terrorisme international. Osman Adam Khatib, 20 ans, d?origine mauricienne, avait pourtant l?air d?un jeune homme sans histoires. Et ceux qui le connaissent ne tarissent pas d?éloges sur lui : « serviable », « généreux » ou encore « bon vivant », tels sont les termes qui reviennent. Né en Grande-Bretagne d?un père mauricien, le jeune homme, qui se fait appeler Adam, était, selon ses amis, très engagé dans le social tout en menant une vie « normale » à Londres.
Ce fut en effet le cas, du moins jusqu?à ce qu?il croise la route d?un groupuscule islamiste radical qui est parvenu à le rallier à sa cause. Un choix qui aura mené Adam droit à la case « prison ». Le jeune homme est en effet l?un des 24 suspects appréhendés par la police britannique dans le cadre d?une opération antiterroriste. La police soupçonne que le groupe auquel appartient Adam s?apprêtait à faire exploser des avions de ligne à destination des États-Unis.
Aîné d?une famille de quatre enfants, Adam, né le 7 décembre 1986, menait une vie paisible. Son père, Ibrahim, avait quitté Maurice quelques années avant pour s?installer à Londres. Il y fera la connaissance de celle qui deviendra son épouse, Sarah, qui réside à Hackney, dans l?est de Londres. La petite famille a fait un déplacement à Maurice en 1987 et Adam y est revenu en 2004.
Engagé très tôt dans le social
Adam, se rappellent ceux qui le connaissent, s?engage très tôt dans le social. Il accumule les activités parascolaires et n?hésite pas à apporter son aide aux nécessiteux. C?est ainsi que son père et lui rejoignent la Mauritian Muslim Association de Londres.
Joint au téléphone, le président de cette organisation ? chargée de venir en aide aux nouveaux venus pour les aider à trouver un logement ou un emploi ?, Yusuf Hansa, se souvient bien d?Adam. « Adam et son père, Ibrahim, ont été membres de l?association pendant très longtemps. Adam a toujours été du genre à s?investir dans le travail social. J?ai été très surpris d?apprendre qu?il figurait parmi les suspects arrêtés par la police », explique Yusuf Hansa.
Adam, se rappelle-t-il, avait pour habitude d?apporter son aide à l?association en participant activement aux activités qu?elle organisait. « Son père et lui fréquentaient la mosquée située juste à côté du local de notre association mais tous deux n?y sont plus venus depuis un bon bout de temps déjà », fait ressortir le président de la Mauritian Muslim Association. Comme cette mosquée est située à quelques kilomètres de leur domicile, Ibrahim et Adam ont préféré se rendre dans un lieu de prière plus proche.
C?est pendant qu?il fréquente cette mosquée qu?Adam fait la connaissance de quelques « amis ». Ces derniers l?initient, au fil des mois, à un islam radical. Une idéologie qui ne semble pas laisser le jeune homme indifférent. Ses fréquentations l?amèneront à fréquenter assidûment la mosquée Masjid ?e?Bakr Trust, connue des services de police britanniques, pour prôner un discours virulent.
Un des amis du jeune homme, William Frank, a déclaré à la presse britannique que le comportement d?Adam avait sensiblement changé. D?ordinaire très à la mode, comme tous les jeunes de son âge, Adam délaisse ses vêtements branchés pour d?autres, plus traditionnels.
Pour William, il ne peut y avoir qu?une explication au changement d?attitude de son ami. « Il a dû être influencé par certains individus parce que ça a toujours été quelqu?un de généreux qui venait en aide à quiconque se retrouvait dans le besoin », a déclaré le jeune homme au Times. À ses amis, Adam explique vouloir suivre à la lettre les préceptes de l?islam.
Complètement métamorphosé
C?est ainsi qu?il s?envole, fin 2004, pour le Pakistan, accompagné de quelques compagnons. Il s?inscrit dans une madrasa (voir hors-texte), où il reste pendant six mois. Adam regagnera l?Angleterre à l?issue de ses « études », complètement métamorphosé. Il fréquente alors assidûment la mosquée Masjid ?e?Bakr Trust, évolue au sein d?un groupuscule extrémiste et s?éloigne peu à peu de ses anciens amis.
Samantha Phillips, une ancienne camarade de classe d?Adam, a expliqué au Daily Mail que le jeune homme venait en cours vêtu d?habits traditionnels et priait trois fois par jour. C?est au début du conflit israélo-libanais qu?Adam affirmera publiquement ses convictions. Il est de toutes les manifestations dénonçant l?offensive israélienne au Liban et affiche ouvertement son soutien au Hezbollah.
« Il avait même eu une altercation avec les forces de l?ordre lors de l?une de ces manifestations », laisse entendre un de ses amis, qui vit non loin de chez lui.
Adam a finalement été arrêté, il y a deux semaines, lors d?une opération antiterroriste d?envergure visant à intercepter des suspects qui auraient préparé des attaques contre des avions de ligne. Dès que la nouvelle de l?arrestation des 24 suspects a été rendue publique, les dirigeants de la Mauritian Muslim Association ont organisé une « réunion d?urgence » pour apaiser la communauté mauricienne établie dans la capitale britannique.
L?organisation compte en effet quel-que 830 familles dont au moins un membre est né à Maurice. « Je connais Adam depuis qu?il est enfant et même si je ne l?ai pas vu depuis longtemps, j?ai du mal à croire qu?il puisse être impliqué dans ces menaces d?attentats », confie Yusuf Hansa. Une opinion que partagent les proches du jeune homme.
Du côté de la famille Khatib à Maurice, la nouvelle de l?arrestation d?Adam a été très mal vécue. Même si certains éprouvent de la honte de voir leur nom ainsi « traîné dans la boue », d?autres n?hésitent pas à prendre fait et cause pour le jeune homme.
« C?est injuste de dire qu?il est un terroriste. La justice britannique n?a encore rien pu prouver », lance un membre de la famille, avant de souligner qu?il ne souhaite pas faire plus de commentaires.
Quoi qu?il en soit, l?implication de ce jeune homme d?origine mauricienne dans une organisation terroriste est un coup dur pour toute sa famille. Et un choc pour le pays.
Les « madrasas » pakistanaises en ligne de mire
Le séjour de six mois qu?a effectué Osman Adam Khatib, 20 ans, dans l?une des 13 000 madrasas du Pakistan vient une fois de plus remettre en question le rôle réel de ces écoles coraniques disséminées à travers le pays. Malgré les restrictions imposées par le Pakistan, ils sont des centaines, comme Osman, chaque année à se rendre dans ce pays en quête d?un islam « pur et dur ». Les madrasas pakistanaises, qui accueilleraient toujours des centaines d?étrangers, sont de fait perçues par la communauté internationale comme un vivier de combattants radicaux et d?apprentis terroristes. Après les attentats de Londres en juillet 2005, le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, avait promis de fermer celles qui enseignent « la haine sectaire et le militantisme » et de moderniser les autres en introduisant des matières telles que l?anglais ou l?informatique à un corpus qui se limite le plus souvent à l?apprentissage du Coran. Le général Musharraf avait aussi ordonné l?expulsion de tous les étrangers inscrits dans ces écoles, mais ses efforts ont échoué devant les pressions des religieux. Ainsi, plusieurs centaines d?étrangers bénéficient toujours de l?indulgence de certaines madrasas et continuent à y suivre des cours.
Trois des quatre auteurs identifiés des attaques de Londres avaient en effet effectué des séjours au Pakistan, entre juillet 2004 et février 2005, pour étudier dans ces établissements. La communauté internationale, qui somme le général Pervez Musharraf d?y mettre de l?ordre, avance que ces écoles coraniques sont en fait des « terreaux idéologiques » pour des futurs terroristes. Quelque 1 400 étrangers y étudiaient alors, dont une dizaine de Mauriciens. Les récentes menaces terroristes qui ont secoué la capitale britannique il y a deux semaines ne sont pas pour améliorer l?image des madrasas pakistanaises aux yeux du monde.
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