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Accusation d?état d?urgence et de révocation contre Jugnauth
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Accusation d?état d?urgence et de révocation contre Jugnauth
Le meeting du MMM à Belle-Rose et les ministres démissionnaires Ruhee et Seenyen ajoutent encore aux révélations de la semaine du 21 au 27 mars 1983. Anerood Jugnauth, accusant des activistes militants d?avoir recours à des comportements fascistes, Bérenger et Kailash Ruhee donnent la réplique. Ils accusent respectivement le Premier ministre d?avoir voulu décréter l?état d?urgence contre des syndicats, au début de 1983, et d?avoir menacé de révoquer les ministres MMM réunis en son absence.
Pour sa part, Anerood Jugnauth profite d?une parade policière aux casernes centrales pour faire part de ses inquiétudes quant à une montée du fascisme et à la création d?une milice populaire. Pour lui, il n?y a pas de doute possible : les activistes présents aux Q.-Bornes sont des fascistes et recourent à des agissements hitlériens pour berner la population. Il y a parmi eux des «fauteurs de désordre» notoires dont il connaît toutes les manigances. Certains veulent mettre sur pied des milices populaires pour imposer leur loi. On cherche à saper la confiance que la population a en la police. Il met en garde les brebis galeuses au sein de celle-ci et qui ne font pas preuve de la loyauté requise. «Votre conscience doit être votre seul guide», conclut-il.
Kailash Ruhee et Jocelyn Seenyen tiennent une conférence de presse pour présenter leur version des choses. C?est chose faite, le vendredi 25 mars 1983. Kailash Ruhee révèle qu?Anerood Jugnauth a menacé de révoquer ène par ène les ministres MMM réunis, le mardi 22 mars 1983, en son absence et celle de Kader Bhayat. Jugnauth avait convoqué tous ses ministres à 14 h 30 ce jour-là. Swalay Kasenally lui téléphone pour le prévenir que les ministres MMM seront en retard. Le Premier ministre les menace alors de révocation s?ils n?accourent pas tout de suite à son bureau. Les ministres réunis comprennent que les ponts sont coupés entre le Premier ministre et eux et que l?épreuve de force est inévitable. Ils décident alors de soumettre leur démission comme ministres.
Seenyen est hostile à des élections anticipées qui provoqueront une expérience traumatisante et auront des conséquences néfastes sur le plan économique. Elles doivent demeurer l?ultime recours après l?échec de toutes les tentatives d?apaisement et de réconciliation.
Ruhee et Seenyen expliquent que leur démission est une affaire de conscience. Depuis octobre 1982, ils savent qu?il leur est bien difficile de s?entendre avec la nouvelle orientation qu?Harish Boodhoo donne à son PSM. En s?accrochant à leurs fonctions ministérielles, ils n?auraient pas pu se défendre contre l?accusation d?opportunisme que l?opinion publique aurait été en droit de leur adresser.
Lors d?un meeting à Belle-Rose, Paul Bérenger accuse Anerood Jugnauth d?avoir voulu, au début de 1983, décréter l?état d?urgence au cas où l?UPSEE et la Mauritius Students Associations décidaient de mettre à exécution leur menace de grève dans le système éducatif. Il conteste les accusations de fascisme portées par Jugnauth contre des militants mais condamne les activistes qui l?ont insulté et qui ont malmené le camarade Lutchmeeparsad Ramsahok. Pas correk di tout ! Na péna pou maltraite aukène dimoune. Il demande aux militants de conserver leur sang-froid même s?ils ont la rage au c?ur.
Il explique ensuite les raisons qui motivent les douze ministres démissionnaires (Ramduth Jaddoo rentre du Zimbabwe et démissionne). La solidarité gouvernementale laisse à désirer en ce qui concerne la stratégie économique et budgétaire. Le PSM torpille certains projets dont la prise en charge de certaines lignes d?autobus par la CNT et la réintégration des travailleurs du transport en commun, licenciés en août 1979.
Il n?y a pas de béni-oui-oui parmi les démissionnaires, contrairement aux insinuations de Jugnauth. Chaque démissionnaire a eu le loisir de prendre sa décision en son âme et conscience, sans subir la moindre pression. Dans un premiers temps, les démissionnaires veulent soutenir Jugnauth en tant que backbenchers. Ils passent à l?opposition quand le Premier ministre commence à déverser leur bile contre eux. Bérenger trouve qu?il est tout à fait normal que l?OPR continue à travailler avec Jugnauth car ce parti n?a rien à voir avec la querelle opposant le Premier ministre à l?aile pro-Bérenger.
Jean Claude de l?Estrac trouve que la même maison ne peut abriter à la fois un constructeur et un démolisseur. Il ne s?agit pas d?un conflit de personnalités mais d?idées, de principes et d?idéaux. Les démissionnaires ne reconnaissent plus le militant chez Anerood Jugnauth. Il devient une perversion de militant qu?il fut. Fokeer rappelle que le PSM naît d?une dissidence au sein du PTr. Né dans la division, ce parti demeure un facteur de division.
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