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Accro au boulot

28 août 2008, 00:00

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Avoir un niveau d?exigence vis-à-vis de soi, être professionnelle et pragmatique, rester humble et placer la barre toujours plus haut, ce sont là quelques-unes des valeurs que Nelly Jirari, la quarantaine fraîche, porte fièrement en bandoulière. Des valeurs qui l?ont propulsée dans les plus hautes sphères bancaires, que ce soit d?affaires ou de détail.

Cette Réunionnaise, issue d?une vieille famille de l?est de l?île, est la benjamine de cinq enfants. C?est aussi la fille unique. Ce qui fait qu?elle est très gâtée par sa mère, fonctionnaire à l?Education nationale et par son père commerçant et exploitant agricole. Mais Nelly n?en abuse pas pour autant.

Elle, c?est une bûcheuse. Au moment où les jeunes de son âge se défoulent en boîte de nuit, elle étudie avec ardeur. Son baccalauréat économique obtenu, elle part pour la France et est admise à l?Université d?Aix en Provence où elle cumule une licence et une maîtrise dans le même sujet. Son diplôme d?études approfondies a trait à l?économie et aux finances alors que son doctorat porte sur la science de gestion.

Avançant vite, elle effectue un passage au département de finance du marché au Centre National de Recherches Scientifiques. Elle n?y reste toutefois pas longtemps. Elle s?envole pour les Etats-Unis, plus précisément à l?Université de San Francisco puis dans celle de Berkeley où elle obtient son Masters in Business Administration. Le type de finance qui a ses faveurs est celui de la banque d?affaires.

De retour à Paris, Nelly est parmi les 1200 à passer le concours pour intégrer la banque d?affaires Indo-Suez. C?est par la grande porte qu?elle y effectue son entrée, étant affectée au desk des commodités. Ses clients, les uns plus importants que les autres, sont dans le café, le cacao, le pétrole, le sucre. Ses responsabilités l?amènent à beaucoup voyager. Au bout de quelques années, elle se laisse débaucher par un groupe hollandais opérant la Rabo Bank, banque d?affaires classée triple A, soit parmi les premières. Là, elle s?occupe des grands comptes. Nelly fait alors la navette entre Paris, les Pays-Bas et Genève.

Mais autant elle est accrochée à son travail, autant Nelly sait aussi lâcher prise quand il le faut. Ainsi, quand elle rencontre le Marocain Younes Jirari, docteur en économie et qu?il lui demande sa main, elle met un bémol à sa carrière et le couple regagne la Réunion où Younes Jirari s?est vu proposer un emploi comme maître de conférence à l?Université de l?île. Cet interruption n?a pas été catastrophique pour elle. «C?était un choix délibéré. On ne peut se permettre de louper sa vie. Je ne gère pas une carrière. Je gère ma vie.

Nelly reste six mois à la maison avant de se jeter dans la mêlée professionnelle. Comme il n?y a pas de banque d?affaires à la Réunion, elle change drastiquement de secteur et prend un poste comme secrétaire général au sein d?un groupe immobilier. Mais réalise bien vite que le métier bancaire est celui qui lui sied le plus. Elle démissionne le jour où elle se sait enceinte pour se consacrer à son foyer. Ce n?est qu?au moment où sa fille Leila a un an qu?elle se laisse tenter par une offre du Crédit Agricole. Elle démarre à l?inspection puis assume bien vite la direction de tous les départements.

<B>Une sélection draconienne</B>

L?univers feutré et discret de la banque d?affaires ne lui manque pas. «C?est dans une banque au détail que l?on apprend vraiment les métiers de banque. Une banque d?affaires, c?est deux à trois experts. Une banque de détail, c?est 300 personnes et nettement plus stressant mais plus intéressant aussi».

Mais dès que Nelly sent qu?elle n?a plus d?espace dans son cube, elle a besoin de passer à autre chose. Et c?est son cas. Elle décide alors de faire le parcours des dirigeants. «C?est un parcours de sélection très draconien, quasi-meurtrier. Il n?y a au final que 20 inscrits sur liste d?aptitudes aux fonctions de dirigeants et donc, en sus de son travail, on est jugé et évalué pendant deux ans. On vous envoie par exemple dans une filiale en France à charge pour vous d?y développer tel ou tel projet. Le rapport que vous rédigez est déterminant et si son contenu est bon, il est appliqué».

Malgré le côté épuisant dudit parcours et ses contraintes en terme de déplacements outre-mer réguliers, Nelly réussit son inscription sur la liste d?aptitudes. Elle pourrait prétendre à n?importe quel poste de direction générale en France mais elle sacrifie volontairement sa carrière pour rester à la Réunion avec sa mère devenue veuve. «Je vous l?ai dit, je vis ma vie avant de vivre ma carrière. C?est une question d?équilibre et un choix de vie».

Heureusement pour elle que le Crédit Agricole décide d?ouvrir à la Réunion une filiale de sa banque d?affaires, la Calyon. Et c?est à Nelly qu?est confiée la responsabilité d?implanter cette filiale qui sera aussi responsable des opérations de l?océan Indien. Elle retrouve donc son «ancien métier», y compris d?anciens collègues de l?Indo-Suez qui a été rachetée par le Crédit Agricole. Au bout d?un certain temps, Nelly sent qu?elle stagne car le plus gros de son équipe est en France et les enjeux ne sont pas les mêmes. Elle hésite avant d?accepter le poste offert par la Caisse d?Epargne qui est celui de directeur général de la Banque des Mascareignes de Maurice.

Nelly se laisse séduire par le défi que cela représente car la Banque des Mascareignes est dans le rouge. La fermeture ou le rachat par un autre groupe guette l?institution. Nelly décide de relever le défi et vient s?installer avec sa famille à Maurice. Elle prend son nouvel emploi le 1er septembre 2007. Et réussit à remettre la banque sur les rails au 31 décembre 2007. Son secret ? «Le professionnalisme et le pragmatisme. J?ai apporté une gestion plus financière de la banque. J?ai commencé à faire comprendre aux salariés qu?une banque n?est pas une administration et qu?il faut travailler avec un esprit commerçant». Son équipe l?a comprise, d?ou les résultats susmentionnés.»

Ses horaires de travail sont de 8 à 20 heures. Il lui arrive aussi de travailler en week-end. «Je n?ai besoin que de quatre à cinq heures de sommeil». Elle ne néglige toutefois pas sa famille pour autant. C?est elle qui conduit Leila, 13 ans, à l?école et qui l?a fait réviser ses leçons dans la soirée. Mais Nelly ne se plaint pas. Cette vie lui plaît. «C?est un jeu et je ne me prends pas la tête ».

Le monde financier peut être un monde redoutable. C?est aussi un univers quasi-masculin. Mais Nelly dit n?avoir subi aucune discrimination du fait qu?elle soit femme et de surcroît de couleur. «On ne m?a jamais dit d?aller faire le thé ou de prendre des notes. Il faut être professionnelle, plus professionnelle que les autres».

Cela dit, elle a toutefois vu des femmes comme des hommes, entrés au bas de l?échelle et qui ont gravi les échelons, souffrir d?une forme de discrimination. «On leur rappelait toujours d?où ils venaient».

Bien dans sa tête et dans son cadre de travail, Nelly s?est fait la promesse de créer la surprise à la Banque des Mascareignes d?ici fin 2008. On peut compter sur elle?

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